LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Une fresque murale avec les célèbres héros de BD Black et Mortimer, à Angoulême lors de la 47ème édition de son fameux festival, en février 2020.

La BD toujours en mal de reconnaissance

9 min
À retrouver dans l'émission

Après la démission des parrains et marraines du projet ministériel "BD 2020" en soutien aux librairies fermées depuis le début du reconfinement, un état des lieux de la situation de la bande dessinée avec Benoît Peeters, auteur et vice-président de la Ligue des auteurs professionnels

Une fresque murale avec les célèbres héros de BD Black et Mortimer, à Angoulême lors de la 47ème édition de son fameux festival, en février 2020.
Une fresque murale avec les célèbres héros de BD Black et Mortimer, à Angoulême lors de la 47ème édition de son fameux festival, en février 2020. Crédits : Joel Saget - AFP

Après la démission des parrains et marraines du projet ministériel "BD 2020" -- initiative de promotion du 9ème art sur l'ensemble du territoire, pour manifester leur soutien aux librairies fermées depuis le début du deuxième confinement le 30 octobre 2020, nous faisons avec l'auteur et vice-président de la Ligue des auteurs professionnels Benoît Peeters l'état des lieux de la situation de la bande dessinée.

2020 devait être, selon les projets du ministère de la Culture, une année spéciale pour la bande dessinée. Les nombreuses conséquences de la crise sanitaire dans le domaine de la culture n'ont pas épargné les ambitions de l'année "BD 2020", qui se sont vues reportées sous la forme de nouveaux engagements. Une décision de circonstance, certes, mais déclenchée par la démission des marraines et parrains du projet, les auteurs Florence Cestac, Catherine Meurisse, Régis Loisel et Jul, après la fermeture des librairies due au confinement, "devant l'incohérence et les contradictions des choix politiques à l'égard de la culture et des métiers du livre en ce temps de pandémie", affirment-ils dans leur communiqué. 

BD 2020 : des promesses manquées, et reportées

Quelle était l'idée originale de cette année  BD 2020 ? 

La première proposition était celle d'une année de la BD. Ca faisait longtemps que la BD n'avait pas été pleinement reconnue institutionnellement. Les ministres de la Culture se sont succédés très rapidement en maintenant l'idée, également appuyée par le Centre national du livre et beaucoup de professionnels. Le projet était bien accueilli au départ. Mais qui pouvait imaginer que l'année 2020 serait ce qu'elle est aujourd'hui ?                      
Benoît Peeters

Les imprévus de 2020 ont conduit le ministère de la Culture a étendre l'année de la BD jusqu'en juin 2021, renommant ainsi le projet "BD 20-21". Dans le même temps, les quatre parrains et marraines du projet ont démissionné pour protester contre la fermeture des librairies durant ce deuxième confinement.

Je rejoins tout à fait les quatre grands auteurs et autrices qui étaient parrains et ont pris cette initiative. Tous les professionnels de la BD et du livre sont extrêmement heurtés par cette idée de non-essentialité du livre.                      
Benoît Peeters

Même si tout n'est pas à rejeter dans l'initiative BD 2020, précise le vice-président de la Ligue des auteurs professionnels, certaines réalités de la situation du secteur sont indéniables.

C'était une idée intéressante par rapport à des bastions de conservatisme, dans l'enseignement, dans des lieux institutionnels comme les grands musées qui ne font pas encore à la bande dessinée toute sa place. L'initiative reste en soi positive, mais ne peut pas masquer la détresse d'une grande partie du secteur, à commencer par les auteurs, dont on dénonce depuis longtemps la précarisation et l'indifférence des pouvoirs publics à leur égard. Ces questions se sont accentuées très gravement à cause du Covid.                      
Benoît Peeters

Le revendications du ministère de la Culture, passées "de l'invocation à l'incantation"

Dans ce contexte, peut-on estimer qu'il existe en France une politique culturelle d'ampleur pour la bande dessinée ? Selon Benoît Peeters, si la France s'est longtemps targuée d'une exception culturelle, le pays fait face aujourd'hui à une perte d'importance et de poids politique de la culture et de ses ministres. 

Face à la gravité de la situation qu'on essaye de leur présenter, on a le sentiment que, malgré la bonne volonté des ministres et des cabinets, la culture pert systématiquement les arbitrages qui la concernent. C'est ça qui est tragique en France aujourd'hui, pour la bande dessinée comme pour tous les autres professionnels de la culture.                      
Benoît Peeters

Avec la nomination de Roselyne Bachelot, on avait l'impression qu'il y aurait un poids politique plus grand. On s'aperçoit en fait que cela appartient à un passé lointain et que les invocations des Malraux et Jack Lang relèvent de l'incantation aujourd'hui.  
Benoît Peeters

Reconnaître la spécificité du métier d'auteur de BD

Comment alors lutter contre la précarité des auteurs et autrices de bande dessinée ?

Le combat mené par la Ligue des auteurs professionnels est d'obtenir une reconnaissance de la spécificité du métier d'auteur de bande dessinée. Ces professionnels voient leur "extrême précarité" masquée par les bonnes ventes de la bande dessinée. Une réalité illusoire, selon Benoît Peeters

En fait, le tirage moyen de chaque album a continuement baissé ces dernières années. Les revenus des auteurs n'ont cessé de se dégrader, au point où beaucoup songent à quitter ce métier devenu impossible à pratiquer.                    
Benoît Peeters

Au moment des mesures d'indemnisation de beaucoup de professions, la bande dessinée s'est heurtée à la non-reconnaissance de ses artistes en tant que professionnels. Nos métiers n'étaient pas pris en compte, et ne bénéficient pas d'un statut d'intermittent. Benoît Peeters

La bande dessinée est un domaine d'excellence extraordinairement créatif aujourd'hui en France. Il jouit d'une diffusion internationale formidable : le festival d'Angoulême est le plus connu dans le monde. J'ai l'impression qu'on ne prend pas suffisamment conscience de ce poids culturel. Cet âge d'or qu'on connaît sur le plan créatif est en trompe-l'oeil, car il repose sur des auteurs qui songent à quitter le métier. Ce domaine d'excellence n'est pas établi, c'est un écosystème extrêmement fragile. Benoît Peeters

Pour aller plus loin :

  • L'album de bande dessinée signé par Benoît Peeters, Schuiten et Jack Durieux La fièvre d'Urbicande, de la série Les cités obscures éditée par Casterman est disponible en librairies en click & collect.
  • La conférence de Benoît Peeters au Collège de France, qui marque les premiers cours sur la bande dessinée au sein de la prestigieuse institution, est disponible en réécoute ci-dessous :
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Intervenants
  • Ecrivain, spécialiste de BD, scénariste, éditeur et professeur à l’Université de Lancaster
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......