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Lou Reed (1942-2013) sur scène en 1974.

« Lou Reed est plus un excitant ou un remontant qu’une source d’inspiration »

7 min
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Que reste-t-il de la transgressivité de Lou Reed ? L'album de Fred Nevché "The Unreal Story of Lou Reed", à paraître le 30 avril, interroge les traces que laissent derrière lui cette légende de la pop culture. Retour sur les aspects iconiques de Lou Reed avec l'écrivain et poète Christophe Fiat.

Lou Reed (1942-2013) sur scène en 1974.
Lou Reed (1942-2013) sur scène en 1974. Crédits : Gai Terrell - Getty

Le poète et slameur Fred Nevché axe son travail autour de la trace que laissent derrière eux certains artistes iconiques de la pop culture. Après Prévert, Marylin Monroe et Kurt Cobain, c'est à Lou Reed qu'il consacre un album en mots et en musique intitulé The Unreal Story of Lou Reed qui sera disponible dès le 30 avril 2021 sur le label IN/EX. L'écrivain et poète Christophe Fiat, auteur d'un des textes de l'album, revient au micro de Marie Sorbier sur l'imaginaire poétique du légendaire chanteur des Velvet Underground. 

Lou Reed est un poète qui a besoin de la musique rock pour faire entendre ses textes, alors qu'un véritable poète n'a pas besoin d'autre média que l'écriture pour diffuser sa parole. L'écriture se suffit à elle-même quand elle est lue.                                
Christophe Fiat

Christophe Fiat a été invité à participer à l'album de Fred Nevché car il a lui-même travaillé sur les icônes de la pop culture, notamment Courtney Love dans Héroïnes (Al Dante, 2005) et Stephen King dans Stephen King forever (Seuil, 2008) - cet ouvrage a par ailleurs donné lieu à une série de cinq épisodes dans les Fictions de France Culture, à retrouver ici

Lou Reed, que Christophe Fiat définit plus comme un "excitant" ou un "remontant" que comme une source d'inspiration pour son travail d'écrivain et poète, est une figure transgressive. C'est justement cet aspect subversif que Fred Nevché cherche à illuminer avec l'album The Unreal Story of Lou Reed. Pour Christophe Fiat, Lou Reed incarne avant tout une ambiance âpre et vénéneuse, une idée du punk consacrée dans son album de 1975 Metal Machine Music

Alors que Lou Reed commence à avoir du succès et de nombreux fans, il sort Metal Machine Music, un album fait uniquement de guitare. Pendant soixante minutes, on entend une apocalypse électrique. Ce sont des couches de guitare électrique qui se superposent, avec des effets de feedback, de saturation, de distorsion et de larsen. Lui-même revendique le fait que cet album est absolument inécoutable par quelqu'un de normal.                                
Christophe Fiat

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Geste artistique d'affranchissement, l'album Metal Machine Music est un refus affirmé de l'écriture, et une provocation envers l'industrie musicale de l'époque : l'album est non seulement invendable, mais rendu par les fans particulièrement déçus. Le label RCA Records finira par retirer l'album des ventes.  

Lou Reed prend à la fois le risque de se griller artistiquement et d'être en porte-à-faux par rapport à l'industrie musicale qui pourrait le laisser tomber. C'est un geste d'une absolue liberté. C'est sur ce Lou Reed-là que j'ai voulu travailler, celui qui dit "Je fais ce que je veux, peu importent les conséquences".                                
Christophe Fiat

Souvent associé à Andy Warhol suite à la collaboration de l'artiste avec le groupe The Velvet Underground, Lou Reed est un auteur warholien parce ce qu'il s'intéresse plus qu'à la démarche qu'au résultat, à l'expérience plutôt qu'à l'issue, estime Christophe Fiat.

Ce geste résonne étrangement aujourd'hui, où il est beaucoup de questions de résultats et de choses finies, clôturées. Lou Reed nous ouvre un espace, et c'est par cet acte qu'il est un artiste majeur, plus qu'un musicien, plus qu'une rockstar.                              
Christophe Fiat

Qu'est-ce qui fait d'un artiste un représentant de la pop culture ? L'accessibilité au plus grand nombre, si elle peut constituer un critère, n'est-elle pas contradictoire avec l'idée de transgression ? Pour Christophe Fiat, la pop culture touche à la religiosité, au sacré. 

Certains artistes se contentent de baigner dans cette ambiance et d'en profiter, mais d'autres prennent la pop culture au pied de la lettre, comme une sorte de nouvelle religion incarnée par les stars, dont le cinéma nous a donné le modèle. Quand ces derniers poussent loin cette expérience, ils dévoilent les limites de la pop culture, son scandale.                          
Christophe Fiat

Par "scandale", l'écrivain et poète entend l'idée artistique du scandale, et non pas l'outrage lié à des anecdotes de la vie privée. A ses yeux, l'idée de transgression est fondamentale dans le travail artistique, au moins comme dépassement des formes. Christophe Fiat est avec Charlotte Rolland co-fondateur de la revue mensuelle Cockpit.

On invite les artistes et poètes à poser les bases de travaux qui pourraient déboucher sur une forme de transgression. La transgression est aujourd'hui très mal vue et mal interprétée, il faut donc en inventer de nouvelles formes.      
Christophe Fiat

Lou Reed nous dit que transgresser, c'est être libre. C'est un appel à un désordre que les artistes peuvent se permettre, s'ils prennent le risque d'être sanctionné par les institutions, les maisons d'édition, les labels de musiques, les galeries... Christophe Fiat

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