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Photo prise en février 2019, dans le 13e arrondissement de Paris, visage de Simone Veil et des croix gammées : l'antisémitisme sur une boite aux lettres.

Penser l'antisémitisme comme une langue

6 min
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L’antisémitisme est un langage. Stéphane Habib, psychanalyste et philosophe revient au micro de Marie Sorbier sur la persistance de l’antisémitisme dans l’actualité et donne des armes pour le penser et donc le combattre.

Photo prise en février 2019, dans le 13e arrondissement de Paris, visage de Simone Veil et des croix gammées : l'antisémitisme sur une boite aux lettres.
Photo prise en février 2019, dans le 13e arrondissement de Paris, visage de Simone Veil et des croix gammées : l'antisémitisme sur une boite aux lettres. Crédits : Crédits : JACQUES DEMARTHON - AFP

Stéphane Habib, psychanalyste, philosophe a publié «  Il y a l’antisémitisme » aux éditions « Les liens qui libèrent », il explique au micro de Marie Sorbier pourquoi il faut penser l’antisémitisme comme un langage. 

Hannah Arendt a dit « Dès que le rôle du langage est en jeu, le problème devient politique par définition puisque c’est le langage qui fait de l’homme un animal politique. »

C’est une des raisons qui amène Stéphane Habib à définir l’antisémitisme comme une langue. En effet, il s’agit de circonscrire l'antisémitisme de la manière la plus stricte possible. Pour se faire, le psychanalyste cherche ce qui le singularise et ce qui permet d’établir un rapport de force avec lui.  Dans la structure et le langage, Jacques Lacan révèle que l’inconscient est structuré comme un langage puis va penser que structure et langage sont synonymes. Par définition la structure est le langage. 

Si l’antisémitisme est une structure, c’est donc également un langage ; une langue qui dit « tuer », « abattre », « mettre à mort des juifs » ou « des corps parlant juifs » comme tient à le souligner Stéphane Habib dans son livre. D’une part, il s’agit de circonscrire cette structure et d’autre part, combattre cet antisémitisme de la manière la plus efficace qu’il soit, c’est-à-dire par la politique.

Si on n'attrape pas l'antisémitisme comme une question politique, on se donne peu de chances de le combattre .

Définir l’antisémitisme comme un langage va permettre d’avoir plus de force de le combattre car en le faisant parler, en l’écoutant cela empêche toutes formes de diversions. C’est une question fondamentale dans notre monde contemporain. Dans le mot « diversion » il y a un phénomène ces dernières années, qui consiste à soutenir une thèse selon laquelle nous assistons à la présence ou à l’arrivée d’un nouvel antisémitisme ; nouveau par sa provenance, et que cette provenance est musulmane ou de l’islam radical et de l’islam politique. Le monde s’est détournée de la question de ce qu’était véritablement l’antisémitisme. 

Et pendant ce temps là, pendant qu'on se divertissait au sens littéral du terme, on continuait à abattre des juifs.

D’autre part, la thèse du nouvel antisémitisme soutient que ce qui était là avant est ancien, que tout ce qui est ancien est dépassé et que le nouveau dit la vérité de ce qui est l’ancien. Ainsi l’antisémitisme est devenu le nouvel antisémitisme. C’est pour cela, d’après Stéphane Habib, qu’il est important en politique d’avoir cette discussion, car aujourd’hui les mêmes qui soutenaient cette thèse et signaient des tribunes s’étonnent que l’ancien antisémitisme n’a pas disparu et qu’il est toujours là. Cela est la preuve d’une incompréhension de l’antisémitisme quand on croit sous une forme ou sous une autre qu’il peut disparaître et puis apparaître. 

L’ouvrage de Stéphane Habib se présente comme un manifeste ; « Il y a l’antisémitisme » sonne comme une sentence intemporelle. Dans l’histoire de la philosophie, le terme « Il y a »  a une place très particulière entre Martin Heidegger et Emmanuel Levinas. Stéphane Habib l’emprunte à Emmanuel Levinas. Dans un passage « Du temps et l’autre » de Levinas, le fait brut « Il y a » et non pas « Il y a quelque chose… » marque la massivité du « Il y a » ; il dit « Il y a » comme « Il pleut » ou « Il fait chaud ».  Ainsi dire « Il y a l’antisémitisme » c’est l’ancrer dans cette massivité brute, dans le fait qu’il n’y a pas la possibilité de discuter s’il y a ou s’il n’y a pas. À partir du fait qu’ « Il y a », il y a ce qu’appelle Stéphane Habib « faire avec ce qu’il y a » et ce qu’il y a c’est l’antisémitisme. « Faire avec » ne veut pas dire se résigner, au contraire, cela veut dire inlassablement combattre quelque chose qui ne s’arrêtera jamais.

Je ne crois pas du tout à la possibilité que cet antisémitisme disparaisse, quels que soient les évolutions, et je crois qu'il est important de ne pas croire ou de ne pas se bercer de cette illusion là.

L’antisémitisme ne réapparaît pas, il n’a jamais disparu, il est toujours là. Il prend des formes plus ou moins subtiles, mais il dit toujours la même chose « Mort aux Juifs » et il tue. Cet « Il y a » consiste à rentrer dans les polémiques et à essayer de chercher, un critère qui ferait que le déni ne soit pas possible, que la possibilité même du déni soit dérangée. Ainsi,  par le « Il y a », il n’y a pas la possibilité de le contester parce que devant l’antisémitisme les positions varient inlassablement dès lors que l’on essaie de le rendre manifeste, du déni à la dénégation. 

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