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En 2015, l'association Femicite collait des nouveaux noms de rue dans Paris pour dénoncer le fait que seulement 2,6% des rues de la capitale sont nommées après des femmes célèbres.

Simone de Beauvoir est-elle toujours un étalon ?

8 min
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A l'occasion de la parution d'un inédit de Simone de Beauvoir, "Les inséparables" (Editions de L'Herne), où elle témoigne de la grande amitié de sa jeunesse, nous nous demandons si l'héritage de sa pensée est encore revendiqué par les féministes d'aujourd'hui, avec l'historienne Sylvie Chaperon.

En 2015, l'association Femicite collait des nouveaux noms de rue dans Paris pour dénoncer le fait que seulement 2,6% des rues de la capitale sont nommées après des femmes célèbres.
En 2015, l'association Femicite collait des nouveaux noms de rue dans Paris pour dénoncer le fait que seulement 2,6% des rues de la capitale sont nommées après des femmes célèbres. Crédits : Thomas SAMSON - AFP

Alors qu'elle en avait entrepris l'écriture en 1954, Simone de Beauvoir abandonna le manuscrit d'un roman autobiographique qu'elle jugea trop intime. Soixante-six ans plus tard, il s'apprête à sortir en France, le 21 octobre, sous le titres Les Inséparables, aux Editions de L'Herne. Inséparables, c'est anis que qualifiait Simone de Beauvoir son amitié avec Elisabeth Lacoin, surnommée Zaza, décédée d'une encéphalite virale à l'âge de 21 ans. Cette amitié aurait été fondatrice dans l'éveil féministe de Simone de Beauvoir. 

Nous nous demandons justement ce qui de la pensée de Simone de Beauvoir perdure dans le féminisme contemporain, et si même l'héritage de l'auteure du Deuxième sexe est encore revendiqué par les féministes d'aujourd'hui. Pour ce faire, nous interrogeons l'historienne Sylvie Chaperon, spécialiste de l'histoire des femmes, du genre et des origines de la sexologie et enseignante à l'université de Toulourse-Le Mirail.

Je ne pense pas qu'on puisse dire aujourd'hui que Le Deuxième sexe est la bible du féminisme contemporain, car ce dernier, c'est bien celui des années 2020, ce n'est pas le féminisme des décennies 1950, 1960, 1970. Il n'est plus une bible, mais un jalon. C'est une étape essentielle dans la formulation du nouveau féminisme.  
Sylvie Chaperon

Néanmoins, aux yeux de l'historienne, Le Deuxième sexe reste obsolète par différents aspects, notamment dans le sens où Simone de Beauvoir écrivait à une période où le concept de genre n'existait pas, du moins pas tel que déployé aujourd'hui. 

D'un côté, elle est l'une des premières à démonter le fait d'attribuer aux femmes des caractéristiques du fait seul de leur physiologie et de leur biologie. Elle s'attaque à cette idée de façon très récurrente, mais en même temps, d'un autre côté, elle partage l'idée de son époque qu'il y a bien deux sexes, que la population se divise en hommes et en femmes, deux groupes liés à la reproduction de l'espèce perçus comme procédant d'une division naturelle.  
Sylvie Chaperon

Dans Les Inséparables, l'inédit à paraître le 21 octobre, Simone de Beauvoir raconte son amitié avec Zaza, dont la mort tragique hantera l'écrivaine au long de sa vie. Cette amitié était en réalité un véritable amour de jeunesse pour Simone de Beauvoir, jusqu'alors méconnu. Cette éducation sentimentale et sexuelle est-elle la pièce de puzzle manquante pour mieux comprendre la philosophe ?

Je l'espère, car tout un versant de la vie de Simone de Beauvoir nous échappe. La majorité des publications posthumes à son sujet, même de ses correspondances, sont orientées vers sa vie hétérosexuelle, alors qu'elle a effectivement eu une vie homosexuelle. Elle aimé des femmes, dont Zaza de manière très forte. Dans Les mémoires d'une jeune fille rangée, cela apparaît déjà comme une amitié amoureuse. Peut-être que le versant sensuel de cette relation nous échappe par autocensure.  
Sylvie Chaperon

Une réflexion que Sylvie Chaperon conclut d'un appel à la descendante de la philosophe, Sylvie Le Bon-de Beauvoir, pour faire publier les lettres qu'elle a pu échanger avec les femmes qu'elle a aimées au cours de sa vie. Ces correspondances avaient été jugées de manière particulièrement négatives d'après ce que Simone de Beauvoir écrivait dans des lettres à Jean-Paul Sartre, mais aussi dans son journal de guerre datant des années 1930-1940. 

Simone de Beauvoir a aimé des femmes, a été amoureuse d'elles. C'est pour le faire comprendre que j'aimerais voir cette correspondance amoureuse voir le jour. Sylvie Chaperon

Bibliographie

Les Inséparables, 2020

Les InséparablesSimone de BeauvoirEditions de L'Herne, 2020

Intervenants
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