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Près d'un mois après l'explosion du 4 août qui s'était déclenchée dans le port de Beyrouth, c'est au même endroit qu'a démarré un incendie monumental, le 10 septembre. La résilience du trauma libanais.

Liban : "La résilience, c'est la pire des poisses"

7 min
À retrouver dans l'émission

Alors que s'ouvre l'événement artistique et solidaire "Paris-Beyrouth, 24h pour le Liban" vendredi 25 septembre, nous nous interrogeons sur la situation actuelle et l'avenir des artistes libanais avec Gilles Khoury, auteur et journaliste libanais, au micro de Marie Sorbier depuis Beyrouth.

Près d'un mois après l'explosion du 4 août qui s'était déclenchée dans le port de Beyrouth, c'est au même endroit qu'a démarré un incendie monumental, le 10 septembre. La résilience du trauma libanais.
Près d'un mois après l'explosion du 4 août qui s'était déclenchée dans le port de Beyrouth, c'est au même endroit qu'a démarré un incendie monumental, le 10 septembre. La résilience du trauma libanais. Crédits : Marwan Naamani - Getty

Près de deux mois après la tragédie qui a frappé Beyrouth, l’Institut du Monde Arabe et France Culture s’associent pour une programmation exceptionnelle à Paris, à Beyrouth et à l’antenne du 25 au 27 septembre. Emissions, magazines, débats, interviews et documentaires seront dédiés à la situation du Liban. La parole sera donnée à l’analyse politique et géopolitique mais aussi aux romanciers, journalistes et historiens.

Durant cet événement, plus de 60 artistes, intellectuels, activistes, libanais et amis du Liban vont se succéder sur une scène et un écran géants sous les moucharabiehs de la façade de l’Institut du monde arabe, en direct ou en vidéo, pour répondre par la beauté, la parole et les idées aux drames qu’affronte courageusement le peuple libanais.

Au micro de Marie Sorbier, le journaliste du quotidien libanais L'Orient-Le Jour Gilles Khoury nous explique où en sont les artistes libanais depuis le soulèvement populaire du 17 octobre 2019, et comment la situation a évolué depuis l'explosion du 4 août 2020.

Avant même le 17 octobre 2019, les artistes libanais faisaient face à énormément de défis pour pouvoir produire leurs œuvres, avec toutes les limitations qu'il y a à Beyrouth. Depuis le 17 octobre, nous sommes en pleines montagnes russes. Au début, les artistes, comme tous les Libanais ont renoué avec un espoir qu'on pensait perdu. Cela a donné de la matière pour crier et produire des œuvres. Les artistes avaient repris possession du centre-ville de Beyrouth, en peignant tous les murs. Après ce sursaut d'espoir et l'élan artistique fabuleux qui l'a accompagné, nous sommes tombés de haut. Plusieurs crises se sont empilées les unes sur les autres : une crise économique sans pareil, malgré laquelle les artistes ont continué à travailler alors que c'était devenu extrêmement compliqué sur le plan financier, et puis la crise sanitaire, qui a aggravé la chute lente et progressive de l'économie du pays.        
Gilles Khoury

Il faut aussi savoir que les artistes libanais avaient constitué une sorte d'ilot de créations dans les quartiers centraux de Beyrouth, où se situaient la majorité des galeries et de leurs ateliers. Ce sont ces mêmes quartiers qui ont été complètement ravagés par l'explosion du 4 août. C'est comme si toute une fourmilière créative s'était effondrée en l'espace d'une seconde. Aujourd'hui, encore, ils essayent de se relever.        
Gilles Khoury

"La résilience, aujourd'hui, on la vomit"

Cette résilience est devenue la pire des poisses. C'est une étiquette qu'on nous a collée. Nous en étions très fier pendant longtemps, c'était devenu notre mantra. Mais tout ce qu'il en reste aujourd'hui est une colère immense. Cette résilience qu'on a tant brandie, aujourd'hui on la vomit. Elle est le fond de commerce de notre classe dirigeante corrompue, qui justement compte sur notre résilience pour nous faire avaler les pires couleuvres. Maintenant, les Libanais et leurs artistes ne cèdent plus à ce discours et le rejettent complètement. Gilles Khoury

Reconstruire, mais reconstruire quoi ?

Reste-t-il néanmoins une volonté de reconstruire ?

Cette fois, il s'agit non pas d'une reconstruction mais d'une réinvention. La ville est en ruines. Il faut avant tout réinventer le système économique et politique. Et ensuite réinventer la ville elle-même. C'est à ce processus que vont participer les artistes. Gilles Khoury

En même temps, cette question du rôle que les artistes vont pouvoir jouer est prématurée. Il est difficile de parler d'avenir et de reconstruction aujourd'hui. Nous avons cru qu'avec l'explosion, une page se tournait malgré la douleur, le désarroi et l'horreur. On pensait à un sursaut de la classe politique. Or, la situation économique et politique n'a fait que s'aggraver depuis. Les artistes et l'ensemble des Libanais sont contraints d'attendre de voir quelle direction va prendre le pays, d'attendre de savoir si ça vaut le coup de reconstruire. Et avant tout, il faut digérer le trauma. Ensuite, le courage et la rage qui font partie de notre ADN nous aideront peut-être à nous relever. Gilles Khoury

L'avenir des artistes libanais en question : travailler sans se préoccuper de sa survie 

Je pense malheureusement que la survie des artistes libanais se trouve dans l'exil. C'est affreux à dire, mais c'est notre pays qui nous chasse de chez nous. Comme tous les Libanais, les artistes ont peur pour leur propre vie. Ceux qui peuvent partiront, aussi triste que cela puisse être. Il existe un meilleur ailleurs qui leur donnera la tranquillité qu'il leur faut pour travailler, sans se demander tous les matins s'ils survivront à la journée. Gilles Khoury

Intervenants
  • Auteur et journaliste au quotidien libanais L'Orient-Le Jour
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