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Répétition de "La Mouette", mise en scène Cyril Teste, collectif MxM

"Traduire, c'est revisiter un texte à l'infini, repartir du début quand on est à la fin"

7 min
À retrouver dans l'émission

Qu'implique la traduction des grands classiques de la littérature mondiale aujourd'hui ? Le point de vue d'Olivier Cadiot, auteur, dramaturge et traducteur, dont la traduction de "La Mouette" de Tchekhov sera interprétée sur la scène de Bonlieu scène nationale d'Annecy à partir du 15 décembre 2020.

Répétition de "La Mouette", mise en scène Cyril Teste, collectif MxM
Répétition de "La Mouette", mise en scène Cyril Teste, collectif MxM Crédits : Michel Labelle

Marie Sorbier recueille le point de vue d'Olivier Cadiot, auteur, dramaturge et traducteur, à la sortie d'une des premières répétitions de La Mouette d'Anton Tchekhov, dont il signe la traduction pour la mise en scène de Cyril Teste. Les premières représentations en public auront lieu à Bonlieu, scène nationale d'Annecy du 15 au 18 décembre 2020.

"La destinée de la pièce teinte la traduction"

Tombé en amour de la traduction du texte de Tchekhov, dont il avait déjà fait une version pour le metteur en scène Thomas Ostermeier en 2016, l'écrivain Olivier Cadiot nous explique comment son procédé est directement lié à l'adaptation scénique.

La plupart du temps, je fais des traductions qui sont dirigées vers un metteur en scène et pour le plateau. Dans ce cas de figure, je ne publierai pas la pièce. Elle est adaptée par et pour Cyril Teste, qui y a ajouté des extraits d'Une histoire banale, une nouvelle de Tchekhov. C'est donc un montage, ce n'est pas "La Mouette", c'est une "Mouette".                
Olivier Cadiot

Je ne suis pas traducteur professionnel. Je ne travaille pas  seul dans mon coin, ne publie pas les textes la plupart du temps, et les traduis toujours sur commande. Par exemple, Cyril Teste vient me chercher pour refaire cette traduction avec lui, et je peux donc la destiner pour ses intentions. Ca ne change pas profondément la traduction, mais ça la tord un peu. La destinée de la pièce teinte la traduction. Olivier Cadiot

Olivier Cadiot a débuté comme traducteur par un exercice unique : une retraduction intégrale de la Bible, parue en 2000 chez Bayard et dirigée par Frédéric Boyer. Ce dernier a associé un exégète à un écrivain pour chaque partie de la Bible. Ce furent les Psaumes pour Olivier Cadiot, ce qui représenta un travail de six ans en collaboration avec un exégète. 

C'est à ce moment là que j'ai attrapé le virus. Si je ne fais pas une traduction tous les deux, trois ans, ça ne va pas. J'ai besoin de m'occuper du texte de quelqu'un d'autre, ça fait beaucoup de bien quand on est soi-même écrivain. Ca m'a aidé dans l'écriture à aller toujours plus loin dans l'hyper-correction. Traduire, c'est revisiter un texte à l'infini, le relire pendant six mois, un an, repartir du début quand on comprend quelque chose à la fin.                
Olivier Cadiot

Les gens disaient que c'était épouvantable, que les écrivains allaient tirer ce texte vers eux. Curieusement, c'est l'inverse : quand vous êtes écrivain, vous pouvez vous empêcher d'écrire. Un traducteur professionnel a sans doute plus de tics, car il n'est pas habitué à se corriger à l'infini pour faire un livre. J'essaye effectivement de tirer le texte vers moi, mais je sais que j'utilise une méthode qui vient aussi de mon expérience de la littérature. Olivier Cadiot

Une de ses autres expériences les plus notables, nous dit-il, est son travail  sur La Nuit des rois, pièce traduite de l'anglais de Shakespeare au français, à nouveau pour Thomas Ostermeier. Pour ce faire, il est aidé de Sophie McKeown, spécialiste de la pièce. Une traduction parue aux éditions P.O.L. en septembre 2018.

Pourquoi traduire tout le temps ?

Alors qu'il s'apprête à entamer une nouvelle traduction de Shakespeare pour Thomas Ostermeier, Le Roi Lear, Olivier Cadiot nous donne sa vision de la traduction des grands textes aujourd'hui : 

Pourquoi traduire tout le temps ? Il y a des traductions qui sont déjà très belles, très intéressantes. Pourquoi recommencer ? Parce que je vais utiliser un matériau qui n'est pas exactement le même. C'est simple et modeste, et ça ne veut pas dire "mettre au goût du jour".                
Olivier Cadiot

Je crois aussi que je fais mes classes, que j'apprends. La Nuit des rois m'a pris huit mois, La Mouette aussi. Je m'exerce, je fais mes gammes, mais les auteurs ne rentrent pas directement, thématiquement dans ce que j'écris. Mais à force de croiser le fer entre des voix... Olivier Cadiot

Pour Olivier Cadiot, il faut s'empêcher d'être au goût du jour, et un enjeu majeur de la traduction est d'éviter de faire une actualisation contemporaine de l'oeuvre. 

S'il y a dans une pièce un ou deux mots où les gens tiquent, j'ai perdu l'opération. C'est lié à un vieux débat, s'il faut faire revenir le passé dans le présent. Une traduction doit tenir un certain temps, elle ne doit pas être moderne, mais elle raconte en même temps elle donne une information sur la manière dont les spectateurs et l'auteur écrivent, parlent et pensent. Le travail, c'est de régler cette contradiction tout le temps, ce qui est passionnant. Il faut nous amener très près du présent à travers le retour à l'ancien.                
Olivier Cadiot

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