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Graffiti sur les toits de Manhattan à New York, vue depuis le Manhattan Bridge.

Graffer en 2021, geste artistique ou provocateur ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Karim Madani, journaliste et écrivain raconte au micro de Marie Sorbier l’arrivée des graffeurs à Paris dans les années 80 et l’évolution de leur pratique. Il publie un roman aux éditions Marchialy sur le procès dit de Versailles qui a marqué l’histoire du graff et les mémoires collectives.

Graffiti sur les toits de Manhattan à New York, vue depuis le Manhattan Bridge.
Graffiti sur les toits de Manhattan à New York, vue depuis le Manhattan Bridge. Crédits : Crédits : Maremagnum - Getty

La naissance du graffiti

Le graffiti est né à Philadelphie au milieu des années 70 avant d’arriver à New York, à partir de 1977. À New York, le graffiti connaît un essor considérable avec une vague sans précédent d'artistes qui commencent à poser leur nom avant de faire des fresques. En effet, Taki 183 était un livreur de journaux et vivait à Washington Heights, dans le nord de Manhattan et cet homme d’origine grecque a commencé à taguer son nom « Taki 183 ». Le New York Times a écrit un papier en s’interrogeant sur son identité. Cet article commence à propulser le graffiti dans l'actualité. En 1977, la ville de New York est confrontée à une faillite budgétaire et une criminalité galopante. Le graffiti devient alors synonyme de criminalité.

Le graffiti se propage grâce aux fils de bonne famille dans les années 80

Le graffiti arrive en France comme le rap grâce à des esprits éclairés selon Karim Madani. Ce sont soit des franco américains, tel que le graffeur-boxeur, petit fils de la banque Léman ou Rockin’Squat alias Mathias Cassel, frère de Vincent Cassel, dont la mère a travaillé dans la presse à New York et à Paris. Ce n’est pas un phénomène de banlieue, de classe populaire propre aux fils d'immigrés souligne Karim Madani. Ironiquement et paradoxalement, le graffiti et le rap sont ramenés par des fils de bonne famille à Paris au début des années 80.  

"Le graffiti vandale" 

Jusqu’à l'avènement du street art, en 1996-1997, le graffiti vandale est un pléonasme, une tautologie. En effet le graffiti est vandale par essence dans la mesure où il est illégal. Jusqu'en 1995, il y a très peu de murs autorisés pour graffer à Paris à la différence des Etats-Unis.  

À partir du moment où on fait du graffiti, on est en marge, on est dans l'illégalité. Donc, graffiti vandale c'est un pléonasme.

"Paris sous les bombes" est le titre de l’album de NTM mais c’est aussi une réalité dans les rues de Paris. Karim Madani évoque le lien graffeur / terroriste que fait alors la police.

C'est une des choses dans l'écriture de ce livre que j'ai appris, et qui est totalement étonnante, absurde et aberrante à  savoir que dans un contexte post 2001, il y a deux tendances qui viennent de tomber, le rap et le graffiti et qu’une rumeur court dans les couloirs de la préfecture de police et même dans la direction du renseignement intérieur : derrière le graffiti se cache des activités djihadistes. Une thèse totalement farfelue. À l'époque, le monde était dans une paranoïa, une sidération suite aux attentats, ça pouvait tenir. Mais en vérité n'importe quel spécialiste du monde musulman pourrait vous dire que le fondamentalisme musulman ne supporte pas l'art, ne supporte pas la représentation de fresques, de visages sur des murs. Et cette liberté créative, qui est dans le graffiti, dans le hip hop est complètement antinomique de ce radicalisme musulman. 

Le procès de Versailles est spectaculaire dans la mesure où pour la première fois en France, il existe une brigade entièrement dédiée aux graffitis, semblable à la brigade new yorkaise qui opérait dans le métro. Mais il est aussi spectaculaire car les moyens alloués à la lutte contre les graffitis sont les moyens alloués à la lutte contre le grand banditisme et contre le terrorisme, à savoir la commission rogatoire drastique : mise sur écoute, moyens technologiques élaborés, garde à vue de 96 heures...Mais aussi au niveau des qualifications : les bandes organisées ou les organisations criminelles sont des qualificatifs qui peuvent paraître abstraits, mais ces qualificatifs peuvent priver de droits comme la détention pendant quatre jours ou encore des contrôles judiciaires rigoureux pour des jeunes de 16 et 21 ans qui font des graffitis dans le métro.  

Je discutais avec Fuzi UV TPK et on se disait que la génération des graffeurs d'aujourd'hui est complètement apaisée. Dans les années 1980-90, la plupart des graffeurs étaient soit schizophrènes, soit certains avaient un ego démesuré et une violence aussi, un jusqu'au-boutisme là dedans. Aujourd'hui, les graffeurs sont sur Instagram, ils font un petit tag, une petite phrase et poste leur photo sur ce réseau. L'avènement aussi du street art a changé la donne.

Il y a deux types de graffeurs selon Karim Madani. D’une part les vétérans qui ne sont pas adaptés et qui restent dans leur coin à contester et à dire que le monde est traître. Puis ceux qui sont en galeries,  comme André ou Wane.  Dans son ouvrage, il évoque ces artistes qui ont pratiqué le graffiti dans les métros parisiens et new-yorkais et qui, aujourd'hui, vendent des toiles à des centaines de milliers d'euros. La génération d’aujourd’hui n’est plus une génération de puristes extrémistes qui risqueraient la prison ou de graves problèmes financiers. Le graffiti est un peu comme le rap, il est plus ouvert qu'avant. Ces formes artistiques sont plus ouvertes aujourd’hui. 

Actualité : "Tu ne trahiras point" de Karim Madani, aux éditions Marchialy, disponible à partir du 20 octobre 2021.

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