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Matthieu Ricard : "Il faut une révolution altruiste !"

6 min
À retrouver dans l'émission

L'altruisme n'est pas une utopie de luxe. Matthieu Ricard, essayiste et moine bouddhiste nous explique que seul l'altruisme peut résoudre tous les grands défis de notre temps.

Matthieu Ricard
Matthieu Ricard Crédits : Eric Fougere - Corbis - Getty

Depuis deux ans, le contexte sanitaire mondial a tendu le lien entre les hommes, un lien déjà abimé par les crises économiques, écologiques et sociales à répétition. Matthieu Ricard, essayiste, photographe et moine bouddhiste depuis plus de 40 ans, défend le concept d’altruisme.

Être altruiste

« Heureusement qu’on peut encore être altruiste ! Il faut l’être, ce n’est pas un luxe mais une nécessité. »

Le grand défi, selon Matthieu Ricard, est de réconcilier les exigences de trois échelles de temps.

« Une mère africaine qui doit nourrir son enfant ne peut pas penser à l’environnement dans 50 ans ou à toutes autres considérations. Il y a aussi les investisseurs, avec une toute autre vie, qui vont très vite qui voient les comptes à la fin du mois sans avoir le temps de penser à d’autres considérations. Mais il y a également le temps moyen c’est-à-dire la durée d’une carrière, d’une vie, d’une famille. Ce qui est souhaité est de s’épanouir dans l’existence en accomplissant les aspirations qui nous sont les plus chères. Toutefois, cette notion d’épanouissement dépend d’une vie bien menée. Si un pays est le plus riche et le plus puissant et que tout le monde est malheureux, à quoi bon ? »

Le nouveau défi, selon Matthieu Ricard, est qu’avec 7 milliards d’êtres humains sur Terre et un pouvoir d’action considérablement plus grand nous déterminons aujourd’hui le sort des générations à venir, c’est-à-dire des milliards d’êtres humains ainsi que 8 millions d’espèces.

« Vous saviez et pourtant vous n’avez rien fait. »

« Les scientifiques savent ce qu’il faut faire pour l’environnement mais personne ne les écoute ; les décideurs n’osent pas décider. Il y a pourtant des personnes essayant de remédier à la pauvreté au sein de la richesse pour la justice sociale. »

La considération pour autrui

Existe-t-il alors un concept reliant leurs préoccupations ? Pour Matthieu Ricard, ce n’est sûrement pas l’égoïsme car dans ce cas-là, ce serait chacun pour soi. On ne penserait pas aux générations futures et la société serait au service d’une économie à court terme. Ainsi,  le seul concept permettant de relier ces trois échelles de temps et ces différentes préoccupations, selon Matthieu Ricard, est la considération pour autrui.

« S’il y a d’avantage de considération pour autrui vous aurez une économie solidaire, vous remédierez à la pauvreté au sein de la richesse, aux inégalités qui n’ont cessé d’augmenter depuis trente ans, et notamment depuis la crise du coronavirus. Il y a huit personnes qui ont autant de richesse que le quart le plus pauvre de l’humanité : c’est un systèmes tronqué ! Et si vous avez d’avantage de considération pour autrui vous ferez en sorte qu’il y ait de l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail et que les personnes puissent s’épanouir dans leur existence. »

Comment redonner la force subversive de l’altruisme ?

Pour Matthieu Ricard, il faut une révolution pacifique-altruiste. L’altruisme, comme la bienveillance et la bonté peut paraître naïf et éculée ; ce qui voudrait dire, selon Matthieu Ricard, que ce serait une utopie de luxe.

« S’il y a une qualité de l’être humain, aujourd’hui, qui devrait être sélectionnée par l’évolution ce serait davantage de coopération, de solidarité. Si les altruistes se retrouvent et travaillent ensemble, ils ont une chance de mieux vivre mais les égoïstes n’ont pas de chance de vivre en harmonie. »

La coopération semble être la seule solution pour les problèmes de santé mondiaux mais aussi pour les problèmes d’environnement. Pour Matthieu Ricard, une coopération véritable a un but et des risques communs et c’est avant tout une prise de conscience.

« Nous avons des organismes comme les Nations Unies ou l’OMS mais malheureusement on voit bien à quel point elles sont paralysées par les luttes d’influence, par le fait que la COP 26 n’a pas de résolution contraignante. Il y a beaucoup de choses dites et très peu d’actions. »

Martin Luther King, Bertrand Russell, Kofi Annan ou encore les bouddhistes et spécialistes de l’évolution affirment que la coopération est notre seul espoir d’avenir et que celle-ci est fondée principalement sur la considération d’autrui.

Actualité : Les Carnets d’un moine errant de Matthieu Ricard vient de paraître aux éditions Allary.

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