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La pochette de l'album "Nevermind" - Nirvana

Pochette du disque de Nirvana : Spencer Elden souffre-t-il du syndrome de la célébrité involontaire ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Suite à la plainte de Spencer Elden, le bébé de la pochette de l’album « Nevermind » du groupe de rock Nirvana, André Gunthert, maître de conférences en histoires visuelles à l’EHESS explique au micro de Marie Sorbier les évolutions du consentement à l’image.

La pochette de l'album "Nevermind" - Nirvana
La pochette de l'album "Nevermind" - Nirvana Crédits : GEFFEN - Getty

Le bébé de la pochette « Nevermind » a trente ans. Spencer Elden porte plainte contre le groupe de rock Nirvana pour l’avoir exploité sexuellement et surexposé médiatiquement. La notion du droit à l'image revient au cœur du débat, avec André Gunthert, maître de conférences en histoires visuelles à l'EHESS. Au micro de Marie Sorbier, il revient sur cette polémique américaine. 

La question du consentement a beaucoup occupé l’attention médiatique et photographique au cours de ces dernières années. Aujourd’hui, la place du consentement est d'autant plus importante. Toutefois, selon André Gunthert, un bébé nu ne peut pas vraiment être pris pour un cas de pédopornographie. C'est l'argument juridique qui permet d’étendre la temporalité d’un fait qui est déjà très ancien pour la justice. 

À l’époque, l’imagerie des bébés nageurs avait eu beaucoup de succès. Certains bébés ont un réflexe qui coupe la respiration ; ils peuvent alors nager dans « une espèce de bonheur et d’harmonie » souligne André Gunthert. C’est cette image, importante sur le plan artistique, qui a intéressé le groupe Nirvana

Spencer Elden a assurément subi une exposition involontaire à quatre mois. En outre, ce disque a fait partie des produits culturels les plus vendus, à 30 millions d’exemplaires et les anniversaires de cet album sont fêtés régulièrement. Spencer Elden a participé à tous ces anniversaires, a été interviewé, photographié et a même reproduit la fameuse photo dans la piscine, à l’âge de 25 ans tout habillé. Par conséquent, cette surexposition médiatique a peut-être crée chez Spencer Elden un traumatisme, confie André Gunthert. Mais cela révèle de la psychologie dans la mesure où ce dernier est persuadé que le monde entier a vu son pénis. Ce pénis, que personne ne reconnaît, car il appartient à un bébé ; excepté lorsque Spencer Elden revendique être le personnage de la photo. Y a-t-il une régression de la part de Spencer Elden ? Est-il resté en 1991, au moment de cette prise de vue ? Il est davantage question d'un cas de victime de surexposition médiatique parmi d’autres exemples emblématiques, tels que Caroline de Bendern avec la « Marianne de 68 ». En effet, ce sont des personnes qui n’ont pas choisi d’être exposés et qui se trouvent surexposés à la pression médiatique, et souffrent de célébrité involontaire. Dès lors, la réaction de Spencer Elden traduit peut être une véritable souffrance. 

Se pose alors la question de la censure. Cette polémique américaine, va-t-elle susciter d’autres plaintes d’images mythiques et emblématiques, relevant d’un geste artistique ? 

On va sans doute garder la trace de cette affaire. Je ne suis pas certain qu'elle ait des conséquences juridiques à la hauteur de ce qu'espère le plaignant. 

Les parents de Spencer Elden ont été rémunérés deux cent dollars. Le paiement en droit vaut l’acceptation et donc, André Gunthert, ne pense pas qu’il puisse y avoir une forme de réclamation, même pour des accusations pédopornographiques.  En revanche, dans l’histoire de la pratique photographique et de la pratique amateur, les parents photographient leurs enfants en proportion de leur âge, le plus souvent lorsque l’enfant est petit. On peut observer que les parents photographient beaucoup moins leurs enfants à la période de l’adolescence, c’est-à-dire au moment où ils gagnent en autonomie. Il y a une sorte de proportion inverse de l’autonomie de la personne et du fait que des parents prennent leurs enfants comme sujet de la photographie sans demander l’autorisation de leur enfant. 

Au fur et à mesure que l'enfant avance son âge, il gagne en autonomie. Et c'est lui qui va finalement progressivement décider s'il accepte d'être ou pas un sujet photographique. 

Par conséquent, explique André Gunthert, cela relève d'une pratique non pas juridique, mais d'une forme de respect du consentement qui s'inscrit dans la pratique vernaculaire. Une pratique qui n'a pas été théorisée, qui n'est écrite nulle part, mais qui est une forme très puissante de marque d'évolution, que André Gunthert appelle "un respect du consentement" dans la mesure où celui-ci évolue ; et qu’un bébé de quatre mois ne peut pas être sujet de consentement. Cela met en perspective des questions philosophiques et juridiques.

Intervenants
  • Maître de conférences en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
  • Rédactrice en chef de I/O et productrice d'Affaire en cours sur France Culture
L'équipe
Production
Réalisation
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