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Tout le monde parle de la série "Squid Game" : de quoi s'agit-il ?

"Squid Game", métaphore du nécro-capitalisme

6 min
À retrouver dans l'émission

La série coréenne "Squid Game" devient l’une des séries les plus regardées sur Netflix. Antoine Coppola, cinéaste, et enseignant-chercheur à l’université de Séoul, spécialiste du cinéma coréen explique les raisons de ce phénomène.

Tout le monde parle de la série "Squid Game" : de quoi s'agit-il ?
Tout le monde parle de la série "Squid Game" : de quoi s'agit-il ? Crédits : Netflix / AFP - AFP

La première saison de "Squid Game" réalisée par Hwang Dong-hyuk est actuellement diffusée sur Netflix.  456 participants condamnés à jouer. À la clé pour le gagnant beaucoup d’argent, mais tous les perdants eux sont exécutés. Violence, dilemmes moraux, univers visuel marqué par le jeu vidéo, la série est devenue très rapidement virale.

Le succès coréen et ce désir fou de créativité

Le succès de cette série n’est pas vraiment une surprise. Les films et séries coréennes plaisent au plus grand nombre au niveau international, comme par exemple le film "Parasite" Palme d’or du Festival de Cannes en 2019 ; ou encore des séries comme "Kingdom" sortie sur Netflix. "Squid Game" est donc la continuation d’une vague de succès coréens.  La Corée a longtemps été un pays bridé, brimé et isolé par les dictatures militaires et le désir de créativité et la volonté de s’exprimer n’a cessé de croître dans les domaines artistiques, non seulement au cinéma mais aussi dans la musique avec la K-pop. En outre, selon Antoine Coppola, il y a cette volonté de revanche par rapport à la colonisation de la Corée par les japonais, qui a duré quarante ans.   

Les problématiques actuelles en Corée sont une synthèse du XXème siècle

La Corée du Sud est en face de la Corée du Nord et en confrontation idéologique perpétuelle avec l’idéologie capitaliste et communiste. Il y a d'une part l’histoire de la colonisation, de la dictature et de la démocratie ; et d'autre part, l’histoire de la confrontation entre la modernité occidentale et la tradition asiatique. Les problématiques actuelles en Corée sont une synthèse du XXème siècle et cela donne indéniablement beaucoup de richesses et de créativité aux artistes coréens.

C’est important que l’Europe s’intéresse à la production artistique coréenne car ils le méritent. Je suis professeur de cinéma en Corée, je travaille avec des étudiants coréens et je vois qu’ils méritent une attention internationale et un appui des festivals internationaux, mais aussi de Netflix.

Localement, la diffusion dans le monde d’une série coréenne est une guerre menée contre des monopoles puissants de distribution et de production en Corée. Initialement, "Squid Game" était un projet de film mais le réalisateur n’a pas pu le faire en Corée. Il n’aurait sans doute pas eu la même liberté financière et de parole à cause de la censure ou de l’autocensure très forte. Par exemple, dans "Squid Game", le personnage du vieil homme, le n°1, est traité d’une manière très choquante : dans la tradition néo confucianiste, le respect des ancêtres est très présent. Dès lors, les personnes âgées ne peuvent pas être mal traités dans les films. "Squid Game" renverse aussi le culte du diplôme en Corée, avec le personnage diplômé qui sort d’une grande école et qui se révèle être le plus opportuniste, le plus cruel. Il y a un renversement des valeurs possible seulement par l’appui international provenant de Netflix.

C’est une violence acidulée qui irrigue cette série .Le sang coule, les participants meurent et tout cela se vit dans une esthétique très enfantine : les couleurs et les sons nous plongent dans un univers ludique. Cette frontière poreuse entre réalité et fiction est une clé pour comprendre et apprécier le cinéma coréen selon Antoine Coppola. Il y a un aspect ludique qui va de pair avec le cinéma. En effet, le cinéma par essence est ludique par le montage,  le travail sur les sons,  et sur les personnages.

Le réalisateur assume cette idée que le jeu et le cinéma font bon ménage. Il  explique pourquoi il a choisi ces jeux traditionnels coréens, ce n’est pas tant par souci d’artifice que par volonté de créer de l’absurde.

Les jeux qui mènent à la mort dans "Squid Game" sont des jeux qui n’ont pas de sens. La capacité des vainqueurs à gagner n’est ni extraordinaire ni essentielle d’après Antoine Coppola et c’est une métaphore de ce qu’il appelle le "nécro capitalisme" c’est-à-dire un capitalisme à la fois prédateur de la nature et des êtres humains. La Corée est un pays qui cultive la compétitivité à l'extrême. Ici c’est une compétitivité qui est vide de sens à travers des règles qui sont édictées par des personnages "VIP " intouchables et qui sont au-dessus de tout ça. Cette simplicité enfantine correspond aussi à la réalité de la société coréenne.  

Actualité : "Squid Game" réalisé par Hwang Dong-hyuk actuellement sur Netflix.

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Intervenants
  • professeur de cinéma à l’université Sungkyunkwan de Séoul et réalisateur.
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