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Le corps enseignant à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem.

Ne pas signer son travail : Éloge de la docte ignorance

6 min
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Dans le "Dictionnaire Jésus" paru dans la collection Bouquins, des dizaines de chercheurs ont décidé de ne pas signer leurs articles au profit d’une pensée collective. Olivier-Thomas Venard, théologien, explique au micro de Marie Sorbier ce choix intellectuel.

Le corps enseignant à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem.
Le corps enseignant à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Crédits : École biblique et archéologique française de Jérusalem.

Certaines de ces traductions sont issues de séminaires académiques que ces auteurs ont tenus soit à l’école biblique, oà l’université hébraïque. Dès lors, cette base de donnée élaborée est une œuvre collective. La technologie permet de redécouvrir l’histoire rédactionnelle de chaque note de révision en révision et d’avoir un empilement d’auteurs pour chacune d’entre elles. Ce qui est important selon Olivier-Thomas Venard c’est finalement le résultat mais aussi l’objet que ces auteurs tentent d’écrire et d’étudier. 

Un travail collectif

Il y a plus d’une vingtaine d’auteurs à avoir travaillé sur l’ouvrage "Dictionnaire Jésus." Au début de ce dictionnaire,  les noms des collaborateurs les plus prestigieux, les plus abondants et les plus divers selon les disciplines, les générations ou encore les confessions sont cités ; mais il y en a bien d'autres qui auraient pu être cités comme les assistants de recherche ou d’édition. Ce dictionnaire est une réalité de facto, il dérive d’un programme de recherche mené en ligne depuis plus de dix ans "La Bible en ses Traditions". L’ensemble de l’écriture sainte dans la pluralité de ses versions et la multiplicité des textes - hébreu, grec, araméen, syriaque, latin... - est retraduit dans un laboratoire dédié sur internet, en l’annotant avec plus de trente disciplines concernées depuis la philologie jusqu’aux arts contemporains en passant par les traditions juives, chrétiennes, ainsi que l’archéologie et l’histoire. 

Personne ne peut être tout seul, spécialiste de tout cela. Et donc, par définition, l’objet que nous sommes en train de produire, cette bible annotée, est une œuvre collective. Les auteurs individuels se fondent dans quelque chose de plus vaste qu’eux.

Certaines de ces traductions sont issues de séminaires académiques que ces auteurs ont tenus soit à l’école biblique, soit à l’université hébraïque. Dès lors, cette base de donnée élaborée est une œuvre collective. La technologie permet de redécouvrir l’histoire rédactionnelle de chaque note de révision et d’avoir plusieurs auteurs pour chacune d’entre elles. Ce qui est important selon Olivier-Thomas Venard c’est finalement le résultat mais aussi l’objet que ces auteurs tentent d’écrire et d’étudier. 

Dans une construction intellectuelle, scientifique, historique mais aussi théologique, le collectif, c’est-à-dire la dissolution du "je" dans un "nous" produit des textes différents, paradoxalement plus autorisés selon Olivier-Thomas Venard, qu’un texte avec un seul auteur. 

C’est un clin d’œil en direction de l’objet même de notre étude puisque le "Dictionnaire Jésus" s’appuie avant tout sur des textes bibliques. Dans la bible elle-même, les noms des auteurs individuels sont presque tous des constructions à postériori. Il n’y a pas de texte signé dans la bible, même si nous pouvons faire des approximations sur les auteurs. C’est une des raisons pour laquelle, le seul auteur assignable à cette bibliothèque diversifiée qu’est la bible, c’est le Saint-Esprit.

Une discrétion revendiquée

Une certaine forme de discrétion est revendiquée de la part des auteurs par rapport à l’objet d’étude. Ils ne sont pas dans une science "coloniale" d’après Olivier-Thomas Venard, qui s’imagine que par la raison, elle déploie ses rêves sur la réalité, et l’envahie avec ses concepts. Ils problématisent et organisent les données compilées par des chercheurs mais ne dévoilent pas leur subjectivité comme signature. Cet idéal de discrétion semble être doublé d’un autre idéal, celui de la docte ignorance : "au fond, plus on est savant plus on sait qu’on sait peu de choses par rapport à la réalité."

Pourquoi étaler mon nom sur le peu que j’ai appris surtout si j’ai appris en compagnie de plusieurs autres spécialistes d’archéologie, d’histoire d exégèse, de philosophie, de théologie, d’histoire de l’art. Tous ont autant ou aussi peu d’autorité que moi sur l’objet d’étude qui nous dépasse.

Ces auteurs transmettent aux lecteurs de la façon la plus organisée possible toute cette matière, pour qu’à leur tour, ils entrent dans cette connaissance et aillent plus profond, plus loin qu’eux. 

Ces chercheurs ont accepté ce parti pris de ne pas signer leur texte, c’est un des enjeux de ce programme de recherche de trouver des universitaires, des spécialistes de différentes disciplines qui acceptent cette mise en retrait de l’ego au service de ce qui nous dépasse. 

Je pense que c’est un effet de l’écriture sainte de la bible lorsqu’elle est appréhendée dans le monde catholique contemporain, d’une façon critique, historique, et croyante. C’est un de ses effets de nous rendre humble et modeste.

Dans le cas du "Dictionnaire Jésus" la question de l’humilité est d’autant plus recommandée selon Olivier-Thomas Venard, car il se présente comme une question "Pour vous qui suis-je ?"

Actualité : Le "Dictionnaire Jésus" vient de paraître aux éditions Bouquins. 

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