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Gisèle Vienne

Gisèle Vienne : "Les communautés des dominés génèrent des pensées passionnantes et des arts puissants"

55 min
À retrouver dans l'émission

L’artiste aux mille visages Gisèle Vienne présente "L’Étang", une pièce de théâtre écrite par Robert Walser, au Théâtre Nanterre-Amandiers du 15 au 24 avril 2021. Au micro d’Arnaud Laporte, elle nous entraîne dans les coulisses d’une œuvre sulfureuse, hantée par nos sentiments les plus inavouables.

Gisèle Vienne
Gisèle Vienne Crédits : © Patric Chiha

L’artiste aux mille visages Gisèle Vienne présente L’Étang, une pièce de théâtre écrite par Robert Walser, au Théâtre Nanterre-Amandiers du 15 au 24 avril 2021. Au micro d’Arnaud Laporte, elle nous entraîne dans les coulisses d’une œuvre sulfureuse, hantée par nos sentiments les plus inavouables. 

Cette question du déploiement du temps est présente dès le début de mon travail. Créer, c'est inventer un autre type de langue qui permettrait de lire le monde. Mon vocabulaire s'enrichit d'année en année. Dans la mise en scène de l'étang de Rober Walser, on a tout à fait la superposition de l'expérience du temps et de l'expérience de la mémoire. 

On est sur l'évocation d'un événement violent et ce qui m'intéresse aussi, ce sont les différentes qualités de perception, les plus nettes, les plus troubles, les plus hallucinés. Ce sont juste différents degrés de l'expérience du réel, pas plus irréels ou réels, qui ont, pour la mise en scène de L'Etang, très fort à voir avec l'expérience de la mémoire dans le temps présent. 

Une œuvre transgressive

Chorégraphe, metteuse en scène, mais aussi plasticienne, scénographe et marionnettiste, Gisèle Vienne ne cesse de troubler les limites entre les arts. Une créativité et un goût pour l’éclectisme qu’elle développe dès son enfance dans les montagnes grenobloises, mais aussi son l’adolescence à Berlin, partagée entre la découverte du théâtre et de la musique techno dans les clubs. Diplômée de l’institut international de la marionnette de Charleville-Mézières, Gisèle Vienne remet la marionnette sur le devant de la scène dès ses premiers spectacles aux côtés de Etienne Bideau-Rey tels que Splendid’s de Jean Genet, mais aussi Showroomdummies ou encore Stéréotypie

Elle compte aujourd’hui parmi ses proches collaborateurs Jonathan Capdevielle, Catherine Robe-Grillet, Jean-Luc Verna, Peter Rehberg, mais surtout l’écrivain trash américain Dennis Cooper depuis 2004 avec qui elle pousse le langage à son paroxysme.  

Quand émerge une émotion du spectateur, c'est en général quand il y a une contradiction entre ce qu'il imaginait, ce qu'il avait anticipé et ce qui se passe réellement. Ces failles qui génèrent des émotions fortes sont pour moi des stimuli intellectuels très forts. C'est là où l'art et l'expérience sensible ont un rôle majeur dans le champ de la connaissance.

Une liberté de fantasme

Le suicide, la pulsion de mort, les pratiques sexuelles étranges et fantasmes divers, le désir et les enfants sont autant de thèmes présents dans ses spectacles et les œuvres plastiques de Gisèle Vienne. D’Apologize et Une belle enfant blonde à l’affiche d’Avignon en 2004 à Crowd, en passant par Kindertotenlieder, Jerk ou encore The Ventriloquists Convention, ses œuvres sont toujours entre le fantasme et la réalité, habitées de violentes tensions sexuelles et d’obsessions morbides. 

Être dominés génère beaucoup d'intelligence et beaucoup de créativité parce que c'est une nécessité vitale. Rien de surprenant que les communautés des dominés génèrent des pensées aussi passionnantes et des arts aussi puissants. Il y a un rapport combattif, subversif, essentiel.  

C'est un travail quotidien de se déconstruire, de déconstruire notre système et ce qui est la manière dont nous avons été culturellement construits. L'idéal normatif semble invisibiliser les mécanismes sociaux d'intériorisation des identités en les naturalisant. On peut ambitionner et imaginer que l'acte théâtral, par sa théâtralité même, peut en révéler l'artifice. C'est quelque chose qui est à la base même de l'acte théâtral, de l'acte du travestissement qui joue en fait avec cette construction culturelle de genre.

Célèbre pour ses mannequins souvent particulièrement réalistes qui se confondent parmi les danseurs, Vienne se joue du trouble entre le vivant et l’artifice. 

Ce sont ce sont des représentations de corps, elles sont là pour questionner d'autres types de présence de corps. Les questions qui sont peut-être au cœur de mon travail sont les questions des immobilités et du mouvement. Quelles sont ces immobilité ? Qu'est ce qui nous mène ? Qu'est ce qui provoque un mouvement ? Qu'est ce qui fait qu'on va bouger ? Et de quelle manière ? Quels sont ces silences et comment arrive la parole ? Au fond, c'est une question de perception et de hiérarchisation des perceptions.  

Il me semble essentiel de travailler sur des formes qui nous permettent de lire ce que nous sommes, c'est à dire le silence, l'immobilité, les sous textes, les sous sous texte qui ne sont peut-être pas articulés avec des mots, ou des choses qui sont effectivement culturellement invisibilisés. Les divers corps artificiels avec lesquels je peux travailler sont en dialogue avec ces corps humains et sont des outils fabuleux pour interroger nos perceptions. 

Son actualité : L’Etang du 15 au 24 avril 2021 au Théâtre Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d’Automne.

Le site de l'artiste est à retrouver ici

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Souleymane Bachir Diagne qui parle de Bergson, dans "Les Chemins de la philosophie" sur France Culture en juin 2020. 
  • Dennis Cooper qui s'exprime dans "Tout Arrive" en juillet 2010.
  • La philosophe Elsa Dorlin au micro de Florian Delorme en 2015 dans "Culture Monde" sur France Culture.
  • “Deep in vogue” de Malcom McLaren.
  • “L’étang / Aurore Theme" de Stephen O’Malley. 
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