LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Erri De Luca

Erri De Luca : "L'ouïe est l'arbre maître de la connaissance"

55 min
À retrouver dans l'émission

De quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, quelles sont ses inspirations et ses méthodes de travail, au micro d’Arnaud Laporte tentative d'approche du processus créatif de l’écrivain Erri De Luca à l'occasion de la parution de son nouveau roman « Impossible » aux éditions Gallimard.

Erri De Luca
Erri De Luca Crédits : Francesca Mantovani

Impossible est le nom du dernier roman d’Erri De Luca, traduit par Danièle Valin. On y découvre l’histoire d’un homme accusé à tort de meurtre qui échange avec un juge, un verbatim bientôt devenu dialogue philosophique. Une réflexion sur l’engagement politique et citoyen à partir de laquelle l’écrivain majeur de la littérature italienne atteint des sommets de sensibilité et de poésie. 

J'ai prêté à ce personnage ma manière d'aller en montagne. Cette histoire m'est venue en tête en montagne. Quand je marche, avec le corps qui a son refrain, la tête vide reçoit des visites de quelques souvenirs. J'aime aussi aller chercher des sentiers perdus des braconniers parce qu'ils ont été les premiers alpinistes, par pour l'esprit de monter sur les sommets mais pour aller chercher les chamois et se garantir un peu de nourriture et de protéines. Donc j'aime parfois suivre des sentiers perdus et je me suis souvenu du danger de ce passage, et j'ai décidé de mettre là cette histoire pour faire de la montagne le lieu de cette chute, le lieu du mystère.  

Les pieds sur terre

Napolitain de naissance, Erri De Luca est à la fois écrivain, poète, dramaturge, journaliste engagé ainsi que traducteur italien. C’est son père qui lui a transmis ses deux passions :  la littérature et l’alpinisme. Avant de s’y consacrer, Erri De Luca s’engage dans de nombreuses luttes politiques en tant que militant révolutionnaire. Il se reconverti ensuite en ouvrier itinérant pendant une vingtaine d’années, et c’est finalement en 1989 qu’il s’adonne à sa première passion pour les mots.  Il est alors publié par Feltrinelli, un éditeur napolitain pour son roman Non ora, non qui (traduit par Une fois, un jour). Si De Luca aime se ressourcer sur les plus hautes cimes, il a pourtant les pieds sur terre comme en témoigne les billets d’opinions à tendance altermondialiste qu’il publie dans divers journaux italiens. Très engagé encore aujourd’hui, l’homme de lettres est un fervent opposant à la politique anti-immigration. 

Je me suis toujours tenu compagnie avec l'écriture. C'est le moment de la fête quand j'écris, pas le moment du travail. À l'époque, quand j'étais jeune, j'écrivais quand j'en avais envie, quand j'avais l'inspiration. Maintenant, ça ne me sert à rien l'inspiration. Ce qui me sert aujourd’hui c’est le souvenir et le souvenir passe d'abord à travers l'oubli. C'est un bel effacement involontaire. 

Erri De Luca nous explique le point de départ de ses livres : 

Le souvenir, toujours le souvenir, parce que quelque chose s'est déjà produit. Je profite volontiers du titre d'auteur, mais je suis un rédacteur d'histoires qui se sont déjà produites. Le mobile au moment est le sursaut qui me donne un souvenir. Alors je suis ému, surpris, je fais durer ce moment de l'émotion, puis je l'écris.  Mais je vous prie de croire que ce n'est pas un travail, je ne travaille pas pour moi et c'est exactement le contraire. C'est le moment où je me procure un moment de fête dans ma journée.  

Erri De Luca indique que l’écoute tient une place primordiale dans la naissance de ses histoires. Il nous raconte la genèse de son « ouïe puit » : 

J'écoute beaucoup. L'écoute provient de la voix des femmes de Naples. J'écoutais les histoires des napolitains et ces histoires avaient la possibilité de faire une représentation physique de mots. Ils me donnaient une expérience matérielle de l'ouïe, du goût, du toucher. C'était une adhésion acoustique. Pour moi, l'ouïe est l'arbre maître de la connaissance. Ce n'est pas la vue le fondement principal de la connaissance, c'est pour moi l'ouïe qui s'est formée dans mon adolescence et dans mon enfance. 

Une ascension vertigineuse 

Auteur prolifique, De Luca publie au rythme soutenu de plus d’un roman pas an. Plusieurs sont des réflexions sur la bible qu’il lit avec assiduité tous les jours, tels qu’Un nuage comme tapis en 1994 ou encore Première heure en 1998. Non croyant, il est néanmoins passionné par l’hébreu et les écritures saintes qu’il traduit en italien. D’autres romans sont davantage tournés vers l’autobiographie tel que Le Tour de l’oie en 2019 où il s’adresse à un fils rêvé pour lui raconter sa jeunesse. Nombre de ses oeuvres sont primées, notamment Montedidio qui reçoit le prix Femina étranger 2002 ainsi que Acide, Arc-en-ciel qui a obtenu le prix France Culture en 1996. Du côté des arts toujours, De Luca s’est également illustré dans le cinéma en tant que coscénariste et acteur de longs-métrages italiens à plusieurs reprises. Entre chaque œuvre, l’homme de lettres trouve refuge dans les hautes-montages du monde entier où il enchaine les ascensions vertigineuses. L’alpinisme lui a inspiré certains romans tels que Le Poids du papillon en 2011, mais surtout son dernier intitulé Impossible

Quand on commence à monter sur une pente, tout le reste est dans le dos : le monde, la foule, les personnes, le passé. On traverse un très beau désert sur les parois de la montagne. Et là, on a le sentiment d'être infime, minuscule, insignifiant. C'est la juste proportion, entre notre taille et la planète que nous habitons. De la montagne, on voit comment était le monde d'avant. Les montagnes restent au-delà de notre époque, de notre passage provisoire comme toutes les espèces vivantes.  

J'ai une admiration pour la capacité d'être toujours présent à soi-même de l'animal.

Son actualité : Roman : Impossible, Gallimard, paru le 20 août 2020.

Présentation : "On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l’immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d’une rencontre avec un cerf au franchissement d’une forêt déracinée par le vent. Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l’alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l’affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.
Dans un roman d’une grande tension, Erri De Luca reconstitue l’échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme «de la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire d’Italie». Mais l’interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l’engagement, la justice, l’amitié et la trahison." Gallimard.

Chroniques
19H20
8 min
Affaire en cours
"La culture du milieu est en danger"
19H50
7 min
Affaire à suivre
Les conseils culturels de Clémentine Mélois : "Yma Sumac, c'est parfait pour danser en chaussettes dans son salon"
Intervenants
  • Romancier, poète, dramaturge et traducteur italien.
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......