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Marina Abramović

Marina Abramović : "Maintenant je peux montrer ma vulnérabilité, montrer au public qui je suis vraiment"

55 min
À retrouver dans l'émission

Marina Abramović, pionnière de l’art performatif, est sur la scène de l’Opéra national de Paris à l’occasion du spectacle-opéra « 7 Deaths of Maria Callas ». Au micro d’Arnaud Laporte, elle revient sur son processus créatif et les étapes de son parcours d’artiste incandescente.

Marina Abramović
Marina Abramović Crédits : Dusan Reljin

Papesse d’un art immatériel, Marina Abramovic n’a cessé de pousser son corps jusqu’à des limites extrêmes, allant jusqu’à mettre sa vie en danger. C’est dans le corps d’une autre, Maria Callas, immense artiste dont la démesure et les passions mortelles sont à la hauteur des siennes, qu’elle réapparaît ces jours-ci. Sur la scène du Palais Garnier, la performeuse réunit des arias des rôles marquants de la soprano gréco-américaine dans un spectacle hybride, à la croisée du théâtre lyrique, de la performance et de l’art vidéo, intitulé "7 Deaths of Maria Callas". 

Une artiste guerrière

Marina Abramović est née à Belgrade en ex-Yougoslavie, dans une famille d’apparatchiks sévères et dogmatiques. Ses parents, héros de la révolution communiste, ont été leaders des partisans pendant l’offensive de Belgrade en 1944. C’est dans ce contexte d’engagement sans borne que Marina Abramović se construit en tant qu’artiste, sa vocation.

La violence, motif au cœur de ses performances, participe chez elle d’une volonté de contrôler la douleur physique ou la peur pour s’en libérer. En 1973, l’artiste signe Rythm 10, sa première performance qui consiste à passer un couteau entre ses doigts à toute vitesse. L’année suivante, à Naples, elle livre son corps au public pour que celui-ci fasse tout ce qu’il souhaite avec des accessoires fournis sur un plateau, allant du rouge à lèvres au pistolet chargé. Elle se laisse manipuler et humilier des heures durant afin d’explorer les confins de la nature humaine et ses propres limites. 

J’étais prête à mourir pour l’Art. C’était une expérience très lourde. Et après six heures, même si j’étais encore vivante, je rentrais à l’hôtel, je me regardais dans le miroir et je voyais des cheveux blancs me pousser sur la tête. J’ai su à ce moment là que oui ; si on donne au public la possibilité de vous tuer cela peut arriver.

Éminemment politique, l’art de Marina Abramović lie souvent l’intime au collectif. En 1968, elle et d’autres jeunes artistes dressent une liste de revendications. Le dictateur Tito en accepte cinq. Parmi elles figure la création d’un centre culturel dont la direction est confiée à l’historienne d’art Dunja Blazevic. 

C’était tellement important pour moi, de n’avoir peur de personne, arriver à être sincère et à ne pas faire de compromis avec moi-même. Et durant toute ma carrière d’artiste je n’ai jamais fait de compromis.

La performance comme autobiographie

Les destins artistiques et personnels de Marina Abramović ne forment qu’un tant l’artiste a fait de l’entremêlement des deux sa marque de fabrique. En témoigne sa collaboration/relation amoureuse avec l’artiste Frank Une Laysiepen, surnommé Ulay, avec qui elle réalise des performances de 1976 à 1988. On leur doit notamment les performances Breathing In/Breathing Out où ils s’embrassaient jusqu’à la suffocation, mais aussi Rest Energy qui les fait poser l’un en face de l’autre, elle tenant un arc, lui la flèche qui pourrait lui transpercer le cœur si jamais ils flanchaient ; mais surtout leur rupture, véritable évènement affectif performé symboliquement en 1988 via 70 jours de marche sur la Grande Muraille de Chine, où chacun d’eux se rendait à une extrémité de la muraille.

Pour moi c’était très important de voyager à travers le monde, de rencontrer des cultures. Etant une artiste de performance, il faut connaître son corps, savoir contrôler ses limites, avoir une grande puissance de volonté et tout ceci je l’ai trouvé dans le chamanisme, dans les cultures aborigènes ;  des régions, que non seulement j’ai visitées en tant que touriste, mais j’ai vraiment appris des choses de ces cultures là. 

En 2010, la performeuse livre The artist is present, une œuvre surhumaine qui repousse les limites de son art, mais aussi de son métabolisme. Huit heures par jours, assise en face des visiteurs, Marina Abramovic les regardait les yeux dans les yeux, les uns après les autres, et ne faisait rien d’autre. Au total, la performance dure 736 heures et 30 minutes. Elle a alors 64 ans et s’est préparée pendant un an pour modifier son métabolisme, notamment apprendre à boire la nuit pour ne pas uriner pendant la journée. Cette performance au MoMA de New York a attiré 750 000 personnes (le record de fréquentation de l’institution), pendant trois mois. 

L’intellect et l’esprit peuvent vraiment vous diriger dans la mauvaise direction alors que le corps non. Il faut savoir l’écouter, il faut suivre l’intuition du corps. Le meilleur guide c’est votre corps. 

📹 : Extrait d'une performance de Marina Abramovic en 2010 au Moma à New York.
Des visiteurs du musée viennent s'asseoir face à elle, pour qu'elle les regarde en silence pendant 60 secondes. Jusqu'à l'arrivée à son insu d'Ulay, artiste allemand avec lequel elle travaillait et partageait sa vie dans les années 70 et qu'elle n'avait pas revu depuis 23 ans....

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Ses actualités :

  • « 7 deaths of Maria Callas », du 1er au 4 septembre au Palais Garnier, avec le Festival d’Automne. Conception Marina Abramovic, Musique Marko Nikodijevic, direction Yoel Gamzou. 
  • Du 15/09/2021 au 02/01/2022, le macLyon présente au 3ème étage un vaste ensemble de vidéos retraçant les performances de Marina Abramović & Ulay - "La collection : performances 1976-1988". 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • "Do what you want" de Lady Gaga
  • "Four degrees" de l'album "Hopelessness" d'Anohni, Label : Rough Trade
  • "Casta Diva" de Maria Callas, concert donné à l'Opéra Garnier le 19 décembre 1958 / Georges Sébastian / Orchestre de l'Opéra National de Paris
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