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agnès b. devant La Fab.

agnès b. : "J'ai toujours pensé qu'on s'expose en exposant"

56 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la présentation des expositions "Vive l'Afrique !!" et "Les Drôlesses" à la Galerie du Jour et la Galerie Magnin-A, la styliste et collectionneuse agnès b. revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur son parcours, ses engagements et son univers artistique.

agnès b. devant La Fab.
agnès b. devant La Fab. Crédits : La Fab.

A la Galerie du Jour, l'exposition "Vive l'Afrique !!" présente des œuvres de la collection personnelle d'agnès b. et des découvertes d'André Magnin, tandis qu'à la Galerie Magnin-A, elle expose dans "Les Drôlesses" son travail photographique d'après des portraits de Claire Tabouret. L'exposition "Regards hors champ et paysages dans la collection agnès b." est quant à elle prolongée jusqu'au 10 juillet à la Fab. L'occasion pour agnès b. de revenir, le temps d'un entretien au long cours au micro d'Arnaud Laporte, sur sa formation sensible et sa trajectoire en tant que styliste et mécène des arts.

Sa formation sensible 

Agnès Troublé, dite agnès b. a grandi entourée par l’art sous toutes ses formes. Depuis toute petite en effet, elle y trouve une forme de refuge, la beauté étant pour elle un moyen de consolation et une manière d’atteindre l’harmonie. Si ses parents, issus de familles traditionnelles versaillaises, sont mélomanes, c’est surtout son père qui la sensibilise à l’art, l’emmenant au musée, au château de Versailles à côté duquel elle grandit, ou encore sur les traces des peintres de la Renaissance en Toscane. agnès b. que l’on surnomme alors "agneau", pratique aussi le dessin aux Beaux-Arts de Versailles, se plonge dans la lecture de romans comme l’Attrape Cœurs de J.D. Salinger ou Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, et rêve d’étudier à l’Ecole du Louvre pour devenir conservatrice de musée. 

agnès b. et le vêtement

C’est par nécessité qu’agnès b. devient styliste : divorcée et mère de jumeaux à à peine 20 ans, il lui faut gagner sa vie. Après avoir travaillé chez Elle puis comme styliste en freelance pour des maisons comme Dorothée Bis ou Cacharel, elle dépose, en 1973, sa propre marque : agnès b.  Intéressée non pas par la mode, mais par le vêtement, elle en revendique les dimensions politiques et libératrices. Ses créations, intemporelles, sont simples, mixtes, s’inspirent de tenues d’ouvriers, sont fabriquées en France et se veulent durables dans le temps. 

Je n’étais pas du tout soutenue, il fallait que je me débrouille, j’ai vendu ma bague de fiançailles, j’ai vendu les deux meubles que j’avais de famille. (…) C’était vraiment la dèche totale mais je n’étais pas du tout malheureuse. Je me débrouillais. (…) C’est de beaux souvenirs où il y avait une solidarité dans notre groupe de trois. J’avais déjà le goût du partage, et j’ai gardé le goût du partage. (…) Dans les années 1970, on avait une vie de hippies à Paris, la musique était tout le temps-là, et c’est à ce moment-là qu’on a ouvert la boutique agnès b. en 1976 au 3 rue du Jour : c’était notre maison du jour et la rue du Bac c’était tout le temps dans le noir. On était des hippies de la rue du Bac.

Galeriste et mécène des arts

En 1975, elle ouvre, rue du Jour dans une ancienne boucherie, sa première boutique. Conçue comme un lieu de rencontre, elle devient rapidement une boutique concept où se mêlent art, déco et vêtements. Puis, dès 1984, elle installe dans sa boutique la Galerie du Jour, un espace dans lequel elle présente ses acquisitions. Passionnée d’art contemporain en effet, elle a été initiée au métier de galeriste par de célèbres marchands comme Jean Fournier, Yvon Lambert ou encore André Magnin qui lui fait découvrir l’art contemporain africain.

Constituée comme un grand collage, cette collection compte aujourd’hui près de 5000 œuvres, qui dressent en creux un portrait subjectif de la styliste et de son regard sur le monde. Son mécénat fait la part belle aux jeunes artistes : pour beaucoup, ce sont des premières pièces qu'elle a acquises. Ainsi, photographies, peintures, sculptures et vidéos d’artistes comme Nan Goldin, Hantaï, Basquiat, Louise Bourgeois ou Martin Parr s’y côtoient. Attachée à l’idée de partager ces œuvres, agnès b. a ouvert en 2020 La Fab., un lieu pour accueillir sa collection qu’elle entend revisiter en organisant des expositions thématiques.

Je rêvais d’avoir un endroit pour partager ma collection. J’ai toujours pensé que quand on a une galerie, on donne à voir mais on se donne à voir aussi, on s’expose en exposant. J’ai appris à faire confiance à mon goût, à mes découvertes, j’ai toujours adoré rencontrer les artistes. 

Ce sont des portraits photographiques ou de la peinture avec toujours un regard hors champ, et moi j’adore ça parce que la publicité n’arrête pas de nous fixer et je trouve que la liberté que l’artiste donne au sujet de regarder ailleurs, ça me bouleverse, je trouve qu’il y a un respect du sujet et de son âme, de ce à quoi il pense. Et tout d’un coup ça m’emmène vers les paysages qui peuvent être des photos, des peintures, des sculptures. (…) J’ai adoré faire ça. Pour moi c’est comme une dissertation visuelle, c’est comme un grand collage, l’accrochage j’ai fait ça à l’instinct, j’attends d’être devant un assemblage qui me convienne et j’avance comme ça avec les pièces. 

Son activité de photographe

En 2012, agnès b. a également réalisé un long métrage, Je m’appelle Hmmm…,  un film initiatique qui aborde entre autre l’inceste : une fiction inspirée d'un fait divers lu dans Le Monde.  Elle pratique également la photographie. Et si le public avait déjà pu voir ses portraits réalisés à Moscou en 1987 dans le cadre de Paris Photo en 2018, avec "Les Drôlesses", c’est la première fois qu’une exposition est entièrement dédiée à son travail photographique.  

Je me suis mise à habiller ces deux drôlesses – mon père nous appelait comme ça avec mes sœurs – à monter sur une échelle, à prendre ma photo de la tenue avec mon téléphone, tout était par terre et finalement j’ai eu 80 tenues avec la blonde et la brune – ce sont deux portraits de la taille réelle d’un visage. Je me suis beaucoup amusée avec elles, car tout d’un coup je me suis retrouvée avec deux personnes que je pouvais arranger comme je voulais, elles avaient l’air toujours de penser à autre chose et j’adorais qu’elles soient comme ça. 

Son actualité :
- "Vive l’Afrique !!" jusqu’au 24 juillet à la Galerie du Jour agnès b.
-  "Les Drôlesses" jusqu’au 31 juillet hors les murs, à la Galerie MAGNIN-A.
-  "Regards hors champ et paysages dans la collection agnès b." prolongation jusqu'au 10 juillet à La Fab.
-  Lancement, à la Librairie du Jour de Paris la consciencieuse : Paris la guideuse du monde de Frédéric Bruly Bouabré (Editions Syndicat-Empire / Faro) le samedi 3 juillet. Voir l'événement Facebook.
-  A découvrir en septembre, à La Fab. et la Galerie du Jour agnès b. l'exposition "Graffiti et la Galerie du Jour, l'Histoire 1985-2021".

Sons diffusés pendant l'émission

  • Lacrimosa, Requiem, Mozart, Claudio Abbado (conductor) au Lucerne Festival Orchestra.
  • Françoise Sagan interviewée par Pierre Desgraupes pour l’émission de télévision "5 colonnes à la Une" 5 juin 1959.
  • Extrait du Stabat Mater : Nisi Dominus RV 608 de Vivaldi chanté par David Daniels.

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