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Agnès Thurnauer

Agnès Thurnauer : "Je considère l'histoire comme une géographie"

55 min
À retrouver dans l'émission

L’artiste Agnès Thurnauer est au micro d’Arnaud Laporte. Elle raconte son parcours, ses procédés et ses inspirations.

Agnès Thurnauer
Agnès Thurnauer Crédits : Catherine Panchout

Connue par beaucoup pour ses « Portraits grandeur nature », des badges imposants et colorés qui féminisaient des noms d’artistes de genre masculin (et inversement), Agnès Thurnauer présente cet hiver « La Traverser » à la galerie Michel Rein et « Matrices Chromatiques » au Musée de l’Orangerie à Paris . Deux belles actualités et une parfaite occasion pour l’écouter parler de son univers au micro d'Arnaud Laporte. 

Vue de l'exposition La Traverser, galerie Michel Rein, Paris, France, 2020
Vue de l'exposition La Traverser, galerie Michel Rein, Paris, France, 2020 Crédits : Galerie Michel Rein Paris

Le langage de l'art en question

Depuis sa formation de cinéma vidéo à l'Ecole des arts décoratifs à Paris aux côtés de Pierre Huyghe et Xavier Veilhan, Agnès Thurnauer conjugue le faire artistique avec une réflexion sur l’histoire de l’art et les pratiques qui la précèdent. Passionné par Manet avec lequel ses œuvres conversent, elle lui dédie une conférence éditée sous forme de petit livre intitulé Manet, la Peinture comme réciprocité. Au cours de l'entretien, l'artiste analyse son rapport à l'histoire : 

Je considère l'histoire comme une géographie. Pour moi, la question de la frontalité de l'histoire est inopérante. C'est à dire qu'il n'y a pas une période qui remplace une autre de façon frontale, mais il y a une espèce d'étendue avec des périodes, des époques qui se répondent les unes avec les autres et vers lesquelles on peut aller indifféremment. 

Je ne travaille pas dans la linéarité. La préhistoire, elle, est toujours à l'œuvre dans l'histoire et de plus en plus, je suis intéressé par le fait de sortir de cette temporalité. D'ailleurs, je crois la question de la temporalité est en train de changer complètement. Dans l'exposition que je fais en ce moment à la galerie Michel Rein, il y a effectivement une série qui traverse tout le travail et qui continue à être à l'œuvre comme une préhistoire dans l'histoire. Mais je pense aussi que chez chaque artiste y a des formes primitives qui insufflent complètement leur forme, leur pensée dans tout le travail. 

Elle s’inscrit à son tour dans la grande Histoire de l’art dès sa première exposition monographique au Palais de Tokyo en 2003 qui impressionna la critique. Depuis, Thurnauer a présenté des œuvres dans de nombreuses villes et institutions. 

Attachée à interroger les notions de portrait, de tableau, de présence ou encore d’héritage artistique, à sonder les possibles et les limites de la peinture, elle s’affranchit des cadres de l’abstraction et de la figuration. Elle joue autant avec les lettres et les symboles qu’avec les visages et les formes libres et ne s’interdit aucun médium :

Pour moi, le langage n'est pas une question de définition de choses fermées, mais au contraire quelque chose avec lequel on est dans un rapport d'émancipation et d'expérimentation permanente 

Je suis toujours très intéressé par la façon dont la pensée traverse la matière et s'incarne dedans. Je ne fais pas de distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est sensible. Pour moi, ça respire ensemble. Il y a un moment où l'idée qui est ancrée vient trouver une respiration dans la matière, mais à chaque fois c'est différent

Les géographies d'une oeuvre

Agnès Thurnauer est une artiste qui réfléchit à ses univers immédiats. L’espace occupe une place prégnante dans son art. L’atelier d’abord est un lieu central de son travail qu’elle reconstitue lors de certaines de ses expositions. A celui-ci s’ajoute l’espace de ses tableaux où les matériaux et les idées prospèrent, s’intensifient et se transforment. L’espace pictural est enfin bien souvent chez elle en dialogue avec l’espace urbain qu’elle parcourt pour coller des affiches, déposer des cartes postales. Déterritorialiser et reterritorialiser sont deux actions clés qu’elle décline dans ses œuvres. 

Le sol de l'atelier, pour moi, est vraiment une espèce de praticable où les séries se répondent indifféremment des périodes où elles ont été produites. Comme quand je regarde l'histoire de l'art, je considère que c'est le regard qui se pose sur une œuvre qui est contemporain, plus que l'époque où elle a été produite. Ce qui fait que ça permet des dialogues très vivaces, très vivants. 

Le médium même de l'atelier est ce qui va venir continuer mon bras et à chaque fois trouver des réponses différentes dans la matière. Et c'est très précieux pour moi. Plus je travaille plus j'ai ce sentiment là qu'il y a une continuité dans l'espace de l'atelier des gestes qui sont partis de mon cerveau. 

A la question du statut des espaces et des objets qui s’y implantent, Agnès Thurnauer allie celle du statut des artistes, notamment de genre féminin. En 2004, elle reçoit une commande dite « 1% » et réalise une série de sérigraphies sur aluminium brossé de femmes marquantes dans le collège Simone de Beauvoir (Créteil). Elle nous raconte la genèse de « Portraits grandeur nature », des badges imposants et colorés qui féminisent des noms d’artistes de genre masculin : 

C'est un travail qui m'est venu parce que je ne voyais pas de modèles d'identification enfant et qu'un jour, je me suis dit que toute cette histoire de l'art qu'on m'a inculqué, qui est très européo-centrée et qui oblitère déjà un certain nombre de continents, elle est monolithiquement masculine. Comme j'avais le sentiment que c'était une représentation qu'à l'époque, il y a 20 ans, on n'avait pas encore ou très peu, j'ai eu envie un jour de la montrer comme on le fait en peinture. On représente, donc on rend présent avec une forme.  

Ses actualités : 

  • Exposition : «La Traverser », du 28 Novembre 2020 au 23 Janvier 2021, Galerie Michel Rein, Paris 3ème. 
  • Exposition : « Matrices Chromatiques», Musée de l’Orangerie
  • Pour visiter le site de l'artiste, cliquez ici.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Le chant du merle noir
  • Extrait de La Flûte enchantée de Mozart,  chanté par Cecilia Bartoli et Bryn Terfel et dirigé parMW Chung.
  • Morceau Je nage de Rodolphe Burger et Olivier Cadiot sur l'album “Hotel Robinson” (2002).
  • Morceau Immortels d'Alain Bashung sur l'album "En amont" (2018)

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