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Célimène Daudet

Célimène Daudet : "Je crois beaucoup à la nécessité du temps"

55 min
À retrouver dans l'émission

Haïti mon amour, le nouvel album de la pianiste Célimène Daudet retrace un pan de l’histoire haïtienne, à l’aube du XXème siècle. L’occasion de revenir, au micro d’Arnaud Laporte, sur sa vocation et sa pratique de la musique, entre découvertes, partage et engagement.

Célimène Daudet
Célimène Daudet Crédits : Christophe Berlet

La pianiste franco-haïtienne Célimène Daudet propose dans son nouvel album, Haïti mon amour, d’explorer l’univers musical des compositeurs haïtiens Ludovic Lamothe, Justin Elie et Edmond Saintonge. Au micro d’Arnaud Laporte, elle revient sur son parcours, sa conception de l’interprétation et les compositeurs chers à son cœur.  

Une artiste au répertoire éclectique

Après des études au CNSM de Paris, Célimène Daudet se produit dans de nombreuses salles prestigieuses sur tous les continents. Par ailleurs, dans ses albums, elle met souvent en regard des compositeurs entre lesquels elle perçoit des liens de filiation, offrant ainsi également un regard renouvelé sur ces compositions. Dans A tribute to Bach (2011) elle réunit par exemple des œuvres de Bach, Liszt, Franck et Mendelssohn. Tandis que dans son album Messiaen – Debussy (2018) elle met en lumière la filiation entre le jeune Messiaen et les préludes de Debussy. Elle interprète également des compositeurs considérés comme plus périphériques, comme dans son album Dans la malle du poilu (2013) où aux côtés de la violoniste Amanda Favier elle met à l’honneur Lucien Durosoir, musicien et soldat de la Première Guerre mondiale. Elle fait aujourd’hui de même avec les compositeurs haïtiens Ludovic Lamothe, Justin Elie et Edmond Saintonge dans son album Haïti mon amour (2021).

J’ai commencé à travailler Debussy très jeune et comme Bach, c’est un compositeur qui m’a toujours accompagnée. […] Je pense que c’est un des premiers compositeurs à avoir réussi à rompre le mouvement du temps et à donner l’illusion que le temps pouvait être en suspension, en lévitation. Il a cette capacité à créer des univers sonores oniriques, impalpables. Il y a quelque chose d’extrêmement poétique, allusif, suggestif dans sa musique qui laisse une part immense à l’imagination de l’interprète comme de l’auditeur.

Il y a quelque chose d’un peu intimidant quand on s'attaque à du répertoire qui a été mille fois enregistré par les plus grands. Alors évidemment, ce sont des pièces que j'ai dans l'oreille, que j'ai entendues dans de multiples versions, mais que je m'applique à ne pas écouter au moment où je commence le travail, de manière à essayer de trouver ma propre voie, mon propre chemin à l'intérieur de ces œuvres, notamment dans la musique de Bach. Mais je tiens compte évidemment de ce qui est propre à la musique de Bach, de ce qu'on sait de sa musique, de ce qu'on a pu lire dans les traités. Donc, quelque part c’est une sorte de fusion entre des éléments culturels et musicologiques et des éléments beaucoup plus personnels. 

Partager la musique

Depuis quelques années, Célimène Daudet conduit le projet « Haïti Piano Project ». D’origine haïtienne, elle exprime en effet son désir de donner des concerts en Haïti. Une association est donc créée afin de porter ce projet : un piano de concert est fabriqué puis apporté en Haïti, puis un festival y est organisé – dont la première édition a eu lieu en 2017 – proposant des ateliers de musique ainsi que des concerts gratuits, mêlant musique classique et traditionnelle avec des compositeurs et des interprètes européens comme haïtiens. Ce projet qui pourrait être considéré comme un pas de côté dans sa carrière de concertiste est au cœur de la conception de son art, puisque c’est par-dessus tout son amour pour la musique que Célimène Daudet entend partager.

Lors de la première édition du festival, j’ai entendu parler grâce à un pianiste haïtien, David Bontemps, d’un compositeur haïtien qui s’appelait Ludovic Lamothe. Et puis on m’a offert ensuite, lors de ce voyage, une partition de ce Ludovic Lamothe. Ainsi en tirant des fils, j’ai réussi à retrouver un certain nombre de partitions qui n’étaient pas toutes en très bon état. J’ai été frappée par la beauté de ces pièces. Je me suis dit que je devais les jouer, et continuer mon exploration. L’idée du disque est venue par la suite. C’est peut être aussi en quelque sorte, une invitation à repenser l’histoire de la musique qui a tendance à être très centrée sur l’Europe et à oublier qu’il y a toute une histoire de la musique dite classique dans des pays hors de l’Europe.

Son actualité : son troisième album solo, Haïti mon amour (label NoMadMusic) est sorti le 12 mars 2021.
Découvrir le site de Célimène Daudet.

Sons diffusés pendant l'émission

  • "Meringue populaire haïtienne No2", de Justin Elie, interprété par Célimène Daudet dans Haïti mon amour (2021).
  • Maria Joao Pires, L’humeur vagabonde de Kathleen Evin, 2015.
  • "La Habanera", de Ludovic Lamothe, interprété par Célimène Daudet, dans Haïti mon amour (2021).

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