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Christian Benedetti

Christian Benedetti : "Tchekhov, c'est une révolution littéraire et théâtrale"

55 min
À retrouver dans l'émission

Christian Benedetti, metteur en scène, scénographe mais aussi directeur du Théâtre-Studio à Alfortville, est au micro d'Arnaud Laporte. L’occasion de retracer avec lui son parcours, son imaginaire et son processus créatif.

Christian Benedetti
Christian Benedetti Crédits : Alex Mesni

Tchekhov, un amour de jeunesse 

C’est au Conservatoire national supérieur d’art dramatique que Christian Benedetti découvre Tchekhov. Dès 1980, il propose une mise en scène de La Mouette en 1980 qui reçoit l’enthousiasme de son professeur et maître à penser, Antoine Vitez.  A propos de ce dernier, il raconte : 

Il était pourvoyeur d'intelligence. Il nous rendait curieux, il nous a enseigné une méthode de travail. Il nous incitait sans cesse à avoir un point de vue sur les oeuvres, à avoir une pensée.  On ne pouvait pas faire quelque chose sans avoir une pensée sur ce qu'on faisait, un regard critique. C'était ne jamais recevoir quelque chose sans avoir une idée d'une perspective possible. C'est extrêmement précieux car ça a été la première personne qui m'a qui m'a enseigné l'énergie du sens, comment le sens se projette à travers les œuvres.  

Le jeune Christian Benedetti tente alors de monter tout Tchekhov mais en vain, le projet reste à l’état de gestation. Metteur en scène aujourd’hui aguerri, il s’est depuis aventuré du côté des auteurs contemporains. Toutefois, en prise à des doutes quant aux projets à mener, Christian Benedetti demande alors conseil à Edward Bond : « Go back home » lui répond-il. Prenant sa réponse au sens figuré comme au sens propre, le metteur en scène retourne à son premier amour : Tchekhov. Le succès de sa reprise de La Mouette l’encourage à rêver de nouveau son projet d’étudiant : monter l’intégrale. Quarante acteurs ont depuis participé au projet qui a débuté en 2011, dont le Théâtre-Studio d'Alfortville donne l’« intégrale en état futur d’achèvement » à partir du 28 janvier jusqu'au mois de mai. Christian Benedetti nous explique la place si particulière qu'occupe la temporalité dans l'Œuvre de Tchekhov : 

Tchekhov a écrit des textes comme des partitions. Il y a le texte, un espace, pause, un espace, pause et je me dis mais pourquoi on ne le fait pas ? Qu'est ce qui se passe ? Qu'est-ce que ça veut dire ? On s'aperçoit que si on utilise ça, ce sont vraiment des outils. D'abord, Tchekhov pensait que le théâtre, c'était le temps interrompu par la parole et non pas l'inverse. Il nous faut donc jouer comme des funambules d'une pause à l'autre parce que les pauses c'est là où il y aurait trop à dire. On se tait. Les corps sont tendus. Bien sûr, les choses se figent, mais la pensée continue à avancer et c'est un moment d'échanges extrêmement intense avec le public.  

Tous azimuts 

Le parcours de Christian Benedetti est marqué par un lien prégnant avec l’Europe de l’Est que l’artiste a notamment sillonné au gré de séjours d’études. A Moscou, il travaille avec Oleg Tabakov et Anatoli Vassiliev. Au Théâtre Katona de Budapest et à Prague, il collabore avec Otomar Krejča, acteur et metteur en scène, mais aussi dissident tchécoslovaque qui a grandement marqué sa vision de l’acteur. Benedetti a non seulement donné des cours aux Académies de Bucarest et de Sofia, mais fit aussi découvrir au public français de nombreux auteurs slaves. Fort de ces expériences, le metteur en scène ouvre en 1997 le Théâtre-Studio d’Alfortville et y œuvre en tant que bénévole, vivant de son salaire d’enseignant au conservatoire de Marseille où il est retourné pour transmettre.  

Le Théâtre-Studio est un lieu tellement important parce que c'est un lieu qui est petit, à la mesure de l'humanité, et qui permet d'être un laboratoire. Ça m'a donné les perspectives et la dimension du travail théâtral pour moi. 

Il décide de s’investir en proposant des auteurs vivants qu’il associe à son espace de création: Edward Bond (Sauvés, 1997 ; Mardi, 1998 ; Onze débardeurs, 2001, Existence, 2002, Les Enfants, 2003 qu’il remonte en 2005 avec des jeunes incarcérés à Fresnes), Biljana Srbljanović, auteure dramatique serbe  (Supermarché, 2003 ; La Trilogie de Belgrade, 2004 ; Amérique, suite, 2004) ou encore Gianina Cărbunariu, auteure dramatique roumaine (Stop the Tempo, 2005 ; Kebab, 2007 ; Avant-hier/Après-demain, 2009 ; La Guerre est finie, qu’est-ce qu’on fait ?, 2010). Il monte également plusieurs fois Sarah Kane, Blasted comme 4.48 Psychose.  Le metteur en scène raconte que la fréquentation de ces contemporains et contemporaines a nourri son exploration de Tchekhov par la suite...

Edward Bond dit que si tu n'as pas de point de vue sur le monde, ne viens pas sur le plateau, tu n'as rien à raconter. Pendant 15 ans, j'ai travaillé sur ses textes, j'ai travaillé avec Sarah Kane, avec Biljana Srbljanović, Gianina Cărbunariu … Ça m'a permis de reprendre le travail sur Tchekhov et d'être à un endroit plus juste de son œuvre, à ne pas rester sur la surface des choses, sur l'écume, mais à véritablement rentrer à l'intérieur même de la structure de la construction de son théâtre. Parce que c'est une construction qui est complètement admirable. Tchekhov, c'est une révolution littéraire et théâtrale. 

Scénographe en plus d’être metteur en scène, l'esthétique de Christian Benedetti se caractérise par un certain dépouillement :

J'ai du mal à supporter les scénographies qui ne soient pas allusives. Je ne trouve pas d'intérêt foudroyant à refaire une forêt, les gens savent qu'ils ne partent pas en week end. C'est du théâtre, donc laissons au cinéma le soin de reconstituer ça. Le théâtre est beaucoup plus fort parce qu'il suffit d'évoquer les choses et il suffit de dire qu'il fait nuit. Ce n'est pas la peine d'avoir un arsenal technique très compliqué. Je me suis aperçu aussi que quand on arrive dans un endroit pour répéter dans un théâtre, le régisseur nous fait un tracé au sol. Et puis, il nous donne des bouts de choses qui ont appartenu à plein de spectacles de façon complètement désordonnée comme ça. Ces bouts sont complices de notre création, c'est avec eux qu'on invente. Ces bouts deviennent essentiels et très souvent, quand la scénographie arrive avec les vrais objets, ça crée un espace qui devient paralysant.  

Motivé viscéralement par la vocation politique du théâtre – son projet de Théâtre-Studio Alfortville en est un des meilleurs exemples, Christian Benedetti a été tout au long de sa carrière un revendicateur attentif aux nouvelles politiques du Ministère de la culture. Son engagement est aujourd’hui renforcé par l’augmentation de la censure des artistes. En témoigne sa prise de parti pour son homologue Árpád Schilling mis récemment sur la liste noire d’Orban en Hongrie. 

Souvent présenté comme apolitique, le théâtre de Tchekhov présente au contraire une charge politique forte selon Benedetti : 

Je pense que ce qu'il décrivait de façon factuelle était un engagement. La factualité était subversive, sinon ses pièces n'auraient pas été coupées par la censure. Il n'y aurait pas eu des caviardage dans La Cerisaie"", dans "La Mouette", que ce soit du point de vue moral ou du point de vue politique. 

Son actualité : Spectacles : « Tchekhov - 137 évanouissements », intégrale, à partir du 28 janvier jusqu'au mois de mai au Théâtre-Studio d'Alfortville, textes d'Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie Christian Benedetti.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Antoine Vitez parler de Tchekhov au micro de Lucien Attoun sur France Culture en 1984.
  • Otomar Krejca au micro de Colette Godard, dans l’émission “Le secret professionnel” du 12 novembre 1968. 
  • Edward Bond au micro de Bruno Tackels pour la série d’émission "A Voix Nue", sur France Culture, en 2006.
  • Répétitions 137 évanouissements - Extraits de 3 sœurs à L’Athénée avec, au milieu Christian Benedetti donnant des indications de mise en scène à Vanessa Fonte. 
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