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Claude Viallat

Claude Viallat : "J'ai l'impression d'être un inconscient qui travaille"

54 min
À retrouver dans l'émission

Depuis plus de quarante ans, Claude Viallat se joue de ses propres règles picturales en conjuguant à l’infini sa forme signature à la croisée de l’éponge, du haricot ou de l’osselet. Au micro d’Arnaud Laporte, le peintre revient sur son parcours et son processus créatif sans cesse renouvelé.

Claude Viallat
Claude Viallat Crédits : Patrick Aventurier - Getty

Les œuvres de l'artiste Claude Viallat, peintre et plasticien dont l'inventivité n'a d'égal que son obstination et qui fut l'un des protagonistes du mouvement Supports/Surfaces, sont visibles à la Galerie Templon à Paris jusqu'au 20 mars. On y retrouve bien sûr sa forme iconique, sorte de motif entre l'osselet, l'éponge et le haricot, conjuguée cette fois à un nouveau procédé appelé "suture". Arnaud Laporte reçoit l'artiste pour revenir sur son parcours, interroger ses sources d'inspirations, mais surtout découvrir ses méthodes de travail...

Les sutures, ce sont des bans de tissus provençaux qu'on m'avait donnés. J'avais précédemment fait des échelles, c'est à dire rassembler des toiles en mettant des échelons entre elles de manière à faire entrer le vide à l'intérieur de la structure de la toile. Là, avec les sutures, je coupe ma toile, je la replie, et ça me permet d'avoir sur le même plan le recto et le verso. Les bandes de toile servent à relier les deux. 

Déconstruire le tableau  

Tombé dans la peinture un peu par hasard, Claude Viallat fait ses classes à l’École des Beaux-arts de Montpellier puis à celle de Paris. Entre les deux, il peint des taureaux sur des boîtes de fromage, met ses peintures à l’épreuve du feu et s’inspire de Matisse sur des planches de récupération, le tout durant son service militaire en Algérie. Devenu professeur à son tour, Claude Viallat incite ses élèves à trouver leurs propres signature. La sienne, il la trouve en 1966 au détour d’une expérimentation à l’éponge. C’est une forme aux contours souples, oblongue, qui ressemble pour certains à un haricot, pour d’autre à l’empègue qui décore les maisons du sud, mais surtout qui ne signifie rien. Depuis, Claude Viallat la conjugue à l’infini, la maltraite, la travaille sans relâche. 

J'ai trouvé la manière dont les peintres en bâtiment peignaient les cuisines dans le sud de la France. Ils chaulaient les murs en blancs, puis trempaient des éponges ou des tissus dans de la chaux bleue ou rose et tamponnaient régulièrement les murs, de manière à avoir une espèce de papier peint du pauvre en répétition. Et cette technique de répétition était très importante pour moi. Il me fallait trouver un véhicule pour pouvoir marquer une image et c'est une éponge corrodée par la javel qui me l'a donné et qui a donné la forme que j'emploie encore actuellement. 

On ne peut pas refaire le même. Autrement dit, à chaque fois, on va se mettre dans une impasse, arriver au fond et se trouver devant un mur. Ce mur est insupportable, il faut arriver à le repousser.  

En compagnie de Vincent Bioulès, Marc Devade, Daniel Dezeuze, et bien d'autres, Claude Viallat fonde le mouvement Supports/Surfaces en 1969. Ensemble, ils renoncent au châssis et à la toile tendue et apprêtée, signant ainsi la fin du tableau tel qu’il existe depuis la Renaissance. Les artistes du mouvement lui préfèrent des tissus brutes et des toiles souples, hybrides, recyclées pour que la peinture se donne telle qu’elle est, jusqu'à devenir un « objet » qui célèbre sa réalité matérielle. 

C'est parce qu'on a annoncé la mort du tableau que Supports/Surfaces a été important. On a analysé les constituants du tableau et on est repartis de là pour essayer de les questionner, de les réorganiser autrement.  

Renouveler le même 

Chez Claude Viallat, c’est le support qui guide son travail et la technique qui s’y adapte. 

C'est la qualité de la toile, du support qui va organiser à la fois le résultat et le travail parce que je fabrique des supports qui sont très souvent irréguliers, avec des tissus usés.

Dans ses œuvres, on croise des draps, des velours, frappés ou ras, des toiles de bâche, des rideaux à fleurs, des foulards, des tentes, des toiles à coussins, à dossiers, à matelas mais aussi des portes, bois flottés, cordes, filets de pêche ou cercles de barrique… Autant de matériaux, tantôt seuls tantôt montés ensemble, qui ont leur propre manière de faire réagir la couleur et de jouer des variations chromatiques.  

Comme le tissu est cru, c'est lui qui va travailler la couleur, c'est à dire que la couleur que je pose n'est pas celle qui résulte. Celle qui résulte c'est celle qui a été travaillée par le tissu lui-même qui est soit imprimé de couleurs, soit un velours, ou un cannelé... Tous les différents tissus vont travailler la couleur de manière différente. Et c'est à partir de la couleur qui a séché au tissu que je vais travailler.  

Pour Claude Viallat, chaque tissu est un défi. L'artiste met un point d'honneur à ne refuser aucune des surprises que lui réserve son matériau, souvent lui-même issu de la récupération. Le hasard joue ainsi un rôle prépondérant. Il nous en dit plus sur son processus créatif : 

Il m'arrive de mettre des toiles en extérieur, de travailler avec des toiles fanées, de travailler avec des dégâts des eaux, de travailler avec les fientes d'oiseaux, etc. Tout ce qui peut m'être donné, j'essaie de le récupérer et d'en faire quelque chose de savoureux. 

Quand la peinture me sort de la toile, quand elle l'a couvert, la toile est finie et je n'y reviens pas. Je l'accepte telle qu'elle est, en sachant qu'elle va sécher et se modifier, mais le résultat est forcément accepté, forcément bon. Donc il y a un côté extrêmement prétentieux dans mon travail, mais je ne peux pas faire autrement. Rien n'est jeté, je récupère tout et je pars du principe que ce qui est négatif est positif.  

Si l’abstraction est un principe inflexible, Claude Viallat s’autorise toutefois quelques échappées figuratives du côté de la tauromachie qui le passionne tant. Comme Picasso avant lui, l’aficionado a mis son art au service de la corrida, ou plutôt de la course camarguaise telle qu’elle se pratique dans la région de Nîmes. Il a signé des illustrations en noir et blanc pour des ouvrages consacrés à la discipline, a réalisé les affiches des ferias et a même aidé à la mise en place d'un musée nîmois dédié à la tauromachie. 

C'est une culture qui est universelle. On retrouve le combat du taureau dans toutes les civilisations et sous toutes les latitudes. C'est étonnant. Toute la documentation que je ramasse et que je pose au Musée des cultures taurines va dans ce sens-là. 

Son actualité : Exposition : _Sutures et Varia_, jusqu’au 27 mars à la galerie Templon, Paris.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • "La Mauvaise réputation" de Georges Brassens, EP (1952).
  • "Jolie même" de Léo Ferré sur l'album "Paname" (1960).
  • "A Galopar" de Paco Ibanez, paroles du poète Rafael Alberti. 
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