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Clémentine Mélois

Clémentine Mélois : "Être entre le rire et le drame, c'est une façon de mettre à distance la noirceur du monde"

40 min
À retrouver dans l'émission

En octobre 2020, Clémentine Mélois était l'invitée d'Affaires Culturelles. A l’occasion de son exposition à la Galerie Lara Vincy à Paris, l’oulipienne et plasticienne revenait, au micro d'Arnaud Laporte, sur les coulisses d’une œuvre qui a fait du détournement sa marque de fabrique.

Clémentine Mélois
Clémentine Mélois Crédits : Joel Saget - AFP

L’artiste Clémentine Mélois attisait notre curiosité dans sa deuxième exposition Un cabinet d’amateur qui se tenait en octobre 2020 à la galerie Lara Vincy à Paris. A travers une centaine de livres, de tableaux, de sculptures, d’objets en tout genre et de vidéos, l’oulipienne joue avec nous, spectateurs et spectatrices réjouis, en toute complicité. L’art de la subversion dont elle a fait son bastion n’épargne rien, érige le quotidien en objet de surprise, introduit l’art dans nos vies. Une invitation au voyage immobile, si familier des lecteurs et lectrices, qu'elle couplait avec un Bon pour un jour de légèreté, son roman drôle et décalé paru le 4 novembre 2020  .

Depuis, Clémentine Mélois a publié, 2 livres jeunesses à l'Ecole des loisirs, "Radio Banane" et "Un loup sort dans la nuit" et un roman-photo "Les six fonctions du langage" aux éditions Seuil.

Une "bibliomane"

Clémentine Mélois préfère se dire bibliomane à bibliophile : à ses yeux les livres ne sont pas sacrés, ils sont faits pour être détournés. Il faut dire que Clémentine Mélois a grandi dans une famille qui a érigé la lecture et le bricolage en un loisir familial. Un épisode marquant de sa "mythologie personnelle" selon ses mots se déroule lorsqu’à neuf ans, la jeune fille remporte le premier prix du concours d’écriture organisé par les éditions Gallimard et reçoit à cette occasion 365 livres. Après deux ans en faculté d’art plastique, elle entre aux Beaux-Arts où elle suit les cours de Michel Salsmann et Christian Boltanski. Là-bas, la jeune artiste en devenir se forme dans le pôle Impression/Édition aux techniques traditionnelles d’estampe qu’elle essaye simultanément de subvertir par un travail sur l’impression numérique. Pour son diplôme de fin d’étude, Clémentine Mélois s’invente bouquiniste sur les quais de Seine et présente dans une boîte sa bibliothèque idéale. Les oulipiens y figurent déjà. Après son diplôme, l’artiste enchaîne les petits boulots, immortalise les marins pêcheur qui forment sa clientèle dans un calendrier, puis obtient finalement un poste de professeure d'édition aux Beaux-Arts de Nîmes en 2008. 

A propos de la fonction de l'humour dans son travail, elle explique : 

Je pense que c'est une façon d'appréhender l'existence. Moi, je transforme tout de cette façon-là. Je préfère rire des choses, faire un pas de côté. J'ai toujours une curiosité, un étonnement par rapport aux choses. Rien ne me paraît aller de soi. Transformer sous forme de sourires c'est une façon de désamorcer. J'aime bien qu'il y ait différents degrés de lecture. C'est ce qu'il y a dans Roald Dahl et dans beaucoup d'auteurs que j'aime beaucoup. C'est-à-dire que quelqu'un qui n'a pas les codes peut simplement sourire. Quelqu'un qui a ensuite un degré de compréhension supplémentaire peut avoir un sourire de connivence en reconnaissant ces références communes. C'est une sorte de mille-feuille de sens. Et si on veut juste retenir quelque chose de léger et d'amusant, ça me va aussi.

Être entre le rire et le drame, c'est une façon de mettre à distance la noirceur du monde

L'art de la pastiche

En parallèle, l’artiste investit de plus en plus les réseaux sociaux, notamment Facebook sur lequel elle se fait remarquer par le grand public et repérer par Charles Dantzig, éditeur chez Grasset. Sur sa proposition, elle publie en 2014 Cent Titres qui est un recueil de 99 couvertures de livres pastichées par l’image et dont les titres sont détournés. Ce passage au papier est salué par la critique pour son travail de détournement des codes d’édition. Elle entremêle les mots et l’image et met en place ce qu’elle nomme "une esthétique de la réception" qui imprègne depuis tous ses travaux. D’autres livres suivent, notamment la série jeunesse Jean-Loup fait ses trucs (2015) ; puis Sinon j’oublie où elle compose des histoires à partir de listes de courses et autres vestiges de la vie quotidienne amassés. Après avoir été sociétaire des Papous sur France Culture de 2015 à 2018 puis l’invité d’honneur de l’Oulipo en 2016, elle est finalement cooptée et intègre le groupe en 2017. 

On ne peut jouir que de ce qu'on connaît. Je choisis des tableaux qui sont dans l'imaginaire collectif. Par exemple, L'Angélus de Millet c'est ce qui a été le plus reproduit sur les boîtes de chocolat ou sur des assiettes. Il y a une carte postale dans presque toutes les cuisines de campagne. Je me suis demandé pour quelle raison un couple aurait la tête penchée. Evidemment, ce geste-là, on le connaît, on le voit tous les jours : on est penché vers son smartphone. Je modifie à peine le tableau, mais je rajoute simplement une petite lumière et au lieu de prier, ils regardent leur téléphone. […] J'ai l'impression que ça peut être une sorte de pierre à fusil, une étincelle qui fait qu'on se pose des questions ou qu'on se souvient. 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • "Le Fantastique Mister Roald Dahl", dans Une vie, une œuvre par Martin Quenehen en décembre 2014 sur France Culture.  
  • Conférence d'Anne Moeglin-Delcroix sur le livre d'artiste en mai 2012.
  • Georges Perec lit des extraits de son livre Je me souviens, 1978. 
  • "Les 50 choses à ne pas oublier de faire avant de mourir" selon Georges Perec, dans Les Nuits de France Culture par Philippe Garbit en avril 2015.
  • _"Francis Ponge : "Chaque chose est la perfection d’une certaine essence""_, par Alisonne Sinard sur France Culture en mars 2018.

Rediffusion de l'entretien du 9 octobre 2020

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