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Daniel Jeanneteau

Daniel Jeanneteau : "Être traversé par un processus de création qui nous dépasse donne un sens profond à l’existence"

54 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la création à l’Opéra de Lille de Pelléas et Mélisande, le scénographe et metteur en scène Daniel Jeanneteau revient au micro d’Arnaud Laporte sur son parcours, les grandes rencontres artistiques qui ont marqué sa carrière et ses méthodes de travail, du texte au plateau.

Daniel Jeanneteau
Daniel Jeanneteau Crédits : Olivier Roller - AFP

Créé début avril à l’Opéra de Lille d’après l’œuvre de Maurice Maeterlinck, et sur une musique de Claude Debussy, l’opéra Pelléas et Mélisande est la nouvelle création du scénographe et metteur en scène Daniel Jeanneteau. A cette occasion, il revient au micro d’Arnaud Laporte sur sa vocation de scénographe et de metteur en scène, et sur les sources d’inspiration qui nourrissent sa création.

Le théâtre, une vocation 

Originaire de Moselle, Daniel Jeanneteau a grandi dans un environnement marqué par l’exploitation minière et enfant, il trouve refuge dans la forêt et devant la télévision où il découvre le théâtre. 

J’ai passé mon enfance à Saint-Avold. J’en garde l’image d’un monde laborieux, qui construit et qui consume. J’ai sur ce plan-là une vision très positive de l’action de l’Homme sur le monde, j’aimais les images de construction, les architectures, les usines qui fonctionnent.  

C’est à l’Ecole des Arts Déco de Strasbourg qu’il commence sa formation artistique, qu’il poursuit ensuite à l’école du Théâtre National de Strasbourg où il étudie la scénographie. 

J’ai développé une certaine sensibilité et un certain usage de l’image – puisque je dessinais beaucoup, c’était une de mes premières activités – mais une image qui ne dit pas tout. Comment travailler sur cette économie de l’imaginaire qui préside encore absolument aujourd’hui à mon travail.

Pendant ces années d’étude et de jeunesse, il fait des rencontres déterminantes, notamment avec Axel Bogousslavsky, comédien qui continue de l’accompagner encore aujourd’hui et Claude Régy, metteur en scène pour lequel il a travaillé en tant que scénographe dès 1989 et jusque dans les années 2000. 

Une mise en scène marquée par la scénographie et le texte

En 2001, Daniel Jeanneteau signe sa première mise en scène : Iphigénie en Aulide d’après Jean Racine. En collaboration avec Marie-Christine Soma, avec qui il cosigne ses mises en scène, il a depuis créé une vingtaine de pièces. 

On peut mettre nos cerveaux en réseau, comme les ordinateurs. Je m’augmente de ceux qui m’entourent et j’en ai besoin. J’ai commencé ma vie après les Arts Déco en étant illustrateur pour enfant, je voulais faire ce métier mais la solitude de l’illustrateur me pesait beaucoup. Je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas d’être complet. (…) Je n’ai aucun désir d’hégémonie et je trouve qu’au contraire ce qu’on peut vivre de mieux en tant qu’humain, c’est d’avoir besoin des autres, d’être complété par les autres. 

Pour beaucoup, elles sont marquées par la création, sur le plateau, d’un ailleurs, un espace en dehors du temps, dans lequel il met en scène les questionnements philosophiques et humains de pièces d’époques et d’horizons très divers. 

Comment faire pour transmettre, former, permettre à quelque chose qui est mouvant et en cours d’apparition d’exister concrètement sur le plateau. C’est tout le travail de la mise en scène et de la scénographie, et ça passe par une approche progressive, par une concertation, par une transmission directe, par de la présence, par une forme de cooptation, de temps passé ensemble.

Si ses créations en tant que scénographe laissent une empreinte remarquable dans ses mises en scène, le travail qu’il mène autour du texte, et bien souvent de sa traduction, est tout aussi important. Bien souvent, il s'agit en effet de grands textes d’auteurs étrangers, comme l’américain Tennessee Williams avec La Ménagerie de Verre (2011) le russe Mikhaïl Boulgakov avec Adam et Eve (2007), l’australien Daniel Keene avec Ciseaux, papier, caillou (2010) ou encore la britannique Sarah Kane avec Anéantis (2005).

Le théâtre comme lieu de création d’utopies

Au plateau, il lui importe de concevoir la création comme un travail collectif où chacun aurait la possibilité de s’impliquer à son niveau, faisant ainsi de chaque spectacle l’occasion d’inventer une utopie nouvelle. A cet effet, il convie à plusieurs reprises dans ses créations des comédiens amateurs, comme dans Le reste vous le connaissez par le cinéma d’après Martin Crimp (2019). Une conception du théâtre comme lieu de création d’utopies qui se retrouve aussi dans ses projets en tant que directeur aussi bien au Studio-Théâtre de Vitry, véritable laboratoire de création qu’il dirige de 2008 à 2016, qu’au Théâtre de Gennevilliers qu’il dirige depuis 2017.

Baptiste Morizot dit que les relations ont plus de réalité que les êtres séparés dans le monde parmi les vivants. (…) Ça recoupe ce que j’aime au théâtre et ce que je cherche : travailler, organiser et favoriser des rapports. C’est la question des rapports qui m’intéresse. Ça n’est pas d’inventer une figure, de capitaliser sur un psychisme, un personnage, mais c’est de voir comment le vivant circule entre des entités qui peuvent être humaines mais pas exclusivement. (…) Comment l’objet même de la recherche du théâtre – particulièrement en termes de mise en scène mais aussi en termes de jeu je pense – n’est pas tant d’inventer, à l’imitation des humains vivants, des êtres fictifs qui seraient comme des vivants, mais de mettre en évidence tout ce qui circule, ce que c’est qu’un rapport, une distance, une tension, la géométrie d’une relation.

Son actualité : l’opéra Pelléas et Mélisande, d’après l’œuvre de Maurice Maeterlinck, sur une musique de Claude Debussy, a été mis en scène par Daniel Jeanneteau avec Vannina Santoni et Julien Behr, accompagnés par l’ensemble "Les Siècles" dirigé par François-Xavier Roth. Il a été créé à l’Opéra de Lille et est disponible sur Operavision du 9 avril au 9 octobre 2021.

Sons diffusés pendant l'émission

  • "Elle est venue vers le palais", Julos Beaucarne, texte de Maurice Maeterlinck, Le Chanteur du silence, 1980.
  • Claude Régy, A Voie Nue, épisode 2, "La télévision vit des cadavres qu’elle fait et c’est une hécatombe effroyable", Laure Adler, France Culture, 11 juillet 2006.
  • Flûte japonaise shakuhachi, Yoshikazu Iwamoto : "Shishi", Japan : The Spirit of Silence, 2005 (Buda Musique).
  • Baptiste Morizot dans “Comment vivre parmi les autres", La Grande Table Idées, Olivia Gesbert, France Culture, 4 février 2020.

Chroniques

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"Le terme "beauté" a été proscrit du vocabulaire de l'art contemporain"
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Affaire à suivre

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