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Davy Chou

Davy Chou : "Tous les soirs, je fais des tours de moto dans la ville pour essayer de voir ce qui s'y passe"

55 min
À retrouver dans l'émission

Protagoniste du renouveau du cinéma cambodgien, en tant que réalisateur comme producteur, Davy Chou a su s’imposer comme un passeur d’images et de mémoire. A l’occasion de la Nuit des Idées, il revient, au micro d’Arnaud Laporte, sur ses imaginaires et son parcours.

Davy Chou
Davy Chou Crédits : Thibault Perrier

Véritable passeur, le réalisateur et producteur Davy Chou traque la présence du passé, saisit le futur tout en conjuguant le cinéma cambodgien au présent. Dans Le Sommeil d’or en 2011 puis Diamond Island en 2016, il explore la tension entre deux générations et leurs regards respectifs. Au micro d’Arnaud Laporte à l’occasion de la Nuit des Idées, Davy Chou revient sur son processus créatif et son parcours de pionnier du renouveau du cinéma cambodgien.

Exhumer un patrimoine artistique

On le connaît pour ses courts-métrages mais surtout ses deux longs,Le Sommeil d’or et Diamond Island. Davy Chou est toutefois entré dans le septième art par la porte de la production. Alors qu’il fait ses classes dans une école de commerce, il se lance dans la production de courts métrages professionnels au sein d’une association étudiante et s’initie à tous les postes. La caméra l’attire, il réalise ses premiers courts-métrages Le premier film de Davy Chou puis Expired qui le révèlent tous deux au public et fonde en 2009 avec Jacky Goldberg et Sylvain Decouvelaere la société de production Vycky Films. Il revient sur la genèse de son premier court-métrage : 

J'avais à l'époque fait plusieurs films collectifs amateurs, mais j'avais un petit blocage pour faire mon premier film en solo. Parfois, la cinéphilie peut être aussi un boulet, on se sent un peu écrasé par les références et par les maîtres admirés avec cette question de qui suis-je pour penser avoir le droit de faire un film ? Ce premier film et son titre provocateur c'était un geste d'affirmation c'était un peu pour marquer le coup.  

D’origine cambodgienne, Davy Chou décide en 2009 de partir sur les traces de son grand-père, l'un des plus grands producteurs de l’âge d’or du septième art dans le Cambodge des années 1960. Avec l’arrivée des Khmères rouges et de Pol Pot au pouvoir en 1975, l’industrie est démantelée, le cinéma rayé de la carte, ses professionnels dénoncés comme « ennemis du peuple ». *

Le Cambodge ça ne représentait pas grand-chose pour moi avant, au sens où mes parents n'en parlaient pas beaucoup. Je pense que la peine d'avoir perdu une grande partie de sa famille, le génocide, fait qu'on tourne la page et on regarde vers l'avenir. J'ai grandi avec mes parents qui me répétaient qu'il ne fallait pas qu'on sente différent des autres Français, que rien ne nous différenciait. 

Je pense qu'il y a toujours un retour du refoulé, si vous laissez la porte fermée trop longtemps, au bout d'un moment vous avez envie de savoir ce qu'il y a derrière. C'est ce que j'ai fait en 2009. J'avais 25 ans et j'ai décidé de partir là-bas. L'idée c'était de faire des recherches sur ce cinéma cambodgien, sur la trace de mon grand-père au départ pour découvrir cette histoire-là est peut-être au bout de ces recherches de faire un film. 

Sur le terrain, Davy Chou collecte la mémoire des rescapés et tente par là d’exhumer un patrimoine artistique oublié. Ainsi naît Le Sommeil d’or en 2011, son premier-long métrage et documentaire qui, fort de son succès public et critique, entraîne son auteur dans une tournée des festivals. 

Un passeur

En 2016, Davy Chou poursuit sa quête cinéphilique avec Diamond Island, son premier long métrage de fiction qui raconte la mutation d’une jeunesse sans repère, en proie aux bouleversements de la mondialisation, mais pourtant tournée vers l’avenir. 

Le défi qui a été ma plus grande joie c'était de diriger cette bande d'acteurs que je suis allé chercher moi-même avec mon équipe pendant cinq mois dans la rue pour faire le casting sauvage du film et ensuite de les préparer alors qu'aucun n'était un acteur professionnel. Chacun était un peu la biographie de son personnage.  

Il signe ainsi une ode scintillante à la jeunesse portée par une esthétique pop, fluo, mais surtout déréalisée qui travaille l’image numérique dans ce qu’elle a de plus anti-naturaliste. Le film est sélectionné par la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2016, reçoit le Prix SACD et le Grand prix du Festival du film de Cabourg 2016.  Il nous en dit plus sur ses ambitions stylistiques : 

La virtualité, la tentation d'essayer de faire une image qui soit un peu liquide avec la caméra numérique et qui, pour moi, épousait un peu les projections de ces jeunes qui allaient dans cet endroit du futur et qui était un monde qui était complètement virtuel. 

Sur Diamond Island, je vois de façon évidente l'influence de maîtres modernes asiatiques qui sont les auteurs que j'ai adoré quand j'ai commencé à m'intéresser au cinéma moderne.

La transmission est une notion et un motif au cœur de l’œuvre de Davy Chou mais aussi de son parcours. Après s’être initié au cinéma au lycée, dans le cadre d’un club vidéo, il passe le relai au Cambodge. A Phnom Penh, Davy Chou crée un atelier de cinéma avec 6 universités et 60 étudiants, Kon Khmer Koun Khmer (Films khmers, jeunes Khmers), pour comprendre le rapport des Cambodgiens à l’image. En 2014, il fonde Anti-Archive avec Steve Chen et Kavich Neang, une nouvelle société dédiée à la défense de l’émergence d’un cinéma local

Je me suis retrouvé avec 60 étudiants, entre 4 écoles différentes, à donner des espèces de cours. C'était la même chose que ce que j'avais reçu et qui avait presque ouvert ma vocation avec ce professeur qui nous apprenait la mise en scène.

Davy Chou est très actif dans la production des premiers films d'une nouvelle génération de cinéastes cambodgiens, il témoigne : 

C'est surtout après "Diamond Island", en 2017, que j'ai vraiment commencé à mettre les mains dans le cambouis en essayant d'aider des jeunes cinéastes cambodgiens qui avaient des idées de films dans lesquelles je croyais fort. On a réussi à produire une ribambelle de courts métrages au Cambodge, un long métrage documentaire d'un réalisateur qui s'appelle Kavich Neang et dont je viens de finir de produire le premier long métrage de fiction "White Building" qui va sortir cette année.  

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Teresa Teng “Goodbye My Love” sur l'album "Kūkō / Yukigeshō" (1974).
  • Le son d'un vendeur ambulant dans une petite rue de Phnom Penh.
  • SIVA “X-Factor” Featuring Ruthko & Mic Barz.
  • Extrait de "Diamond Island" : "Leçon de conduite" (2016). Composition : Jérémie Arcache & Christophe Musset.
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