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Emmanuel Mouret

Emmanuel Mouret : "Il y a quelque chose dans la maladresse qui me parait constitutif de notre intimité"

55 min
À retrouver dans l'émission

Retour sur l’imaginaire et le processus créatif du réalisateur et acteur Emmanuel Mouret au micro d’Arnaud Laporte.

Emmanuel Mouret
Emmanuel Mouret

Né le 30 juin 1970 à Marseille, Emmanuel Mouret se forme au Conservatoire puis à la Fémis. A l’âge de 19 ans, il réalise un court-métrage intitulé « Promène-toi donc tout nu ! ». Chose rare, son film d’étude Laissons Lucie faire ! sort en salle en 1999, un an après son diplôme. Dès ce premier film, Emmanuel Mouret interprète le personnage principal devant sa propre caméra et prolonge ainsi l’habitude des burlesques. Son deuxième film, Vénus et Fleur, est sélectionné pour La Quinzaine des réalisateurs en 2004 à Cannes. Il y fait jouer des actrices inconnues dans les rôles titres, une initiative qui devient plus tard une habitude. Comme d’autres, Mouret a des acteurs mais surtout des actrices fétiches telles que Frédérique Brel qu’il révèle dans Changement d’adresse, mais aussi Judith Godrèche et Déborah François. 

L’ensemble des comédiens sont très bons comédiens mais il s’agit de composer un bouquet qui convient au sentiment qu'on aurait pour le film. C’est quelque chose de très intuitif. 

A travers tous ces films, Mouret prête une caméra attentive aux discours amoureux autant qu’aux imprévus et situations absurdes qui rythment nos vies. 

On dit souvent qu'une histoire, c'est un personnage qui a un désir et qui rencontre des obstacles. Dans mes films, c'est plutôt des personnages qui ont un désir qui a pour obstacle un autre désir. C'est pour ça que j'aime bien définir les personnages davantage par les contradictions que par une définition psychologique. D'un côté, il y a le désir amoureux ou l'appétit sensuel de chacun, et de l’autre le désir d'être quelqu'un de bien, de ne pas faire de mal, ce souci de l’autre. Je crois que beaucoup de choses s'articulent autour de ça. Mes personnages essayent de trouver la solution entre eux, ils négocient avec eux-mêmes, ils cherchent. 

Je trouve que dans le fonds de leur intimité, il y a toujours une maladresse chez les personnages. L'homme peut être le plus savant ou le plus riche, ça ne l'empêche pas d'être troublé, de perdre ses moyens face au désir, mais aussi face à toutes les contingences de la vie. Il y a quelque chose dans la maladresse qui me parait constitutif de notre intimité. 

Emmanuel Mouret a réalisé de nombreux films tels que Changement d’adresse en 2006 ; L’Art d’aimer en 2011 ; Caprice en 2015 qui est récompensé au Festival du film de Cabourg 2015 par un Swann d’Or du meilleur long-métrage ; ou encore Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait en 2020. En 2019, il reçoit le César des meilleurs costumes et de la meilleure adaptation pour Mademoiselle de Joncquières. Scénariste et acteur dans nombre de ses films, il joue également pour d’autres à l’occasion, notamment en 2008 pour le film franco-belge Les Bureaux de Dieu de Claire Simon.  A propos de son processus créatif, il nous explique : 

La période la plus longue consiste à trouver les rouages. On a envie de susciter le désir, l’attente des spectateurs. J'aime bien l'idée que le cinéma c'est du suspense, on joue avec l’envie de savoir du spectateur. C'est pour ça que parfois, la construction d'un film a quelque chose qui ressemble à une mécanique, à une sorte de moteur qu'on essaye de fabriquer. Ça, c'est un travail long et lent parce qu'on ne sait jamais si on va arriver à faire marcher son moteur.

Entre Woody Allen et Buster Keaton, Pierre Richard et Sacha Guitry, on désigne souvent son cinéma comme étant un héritier direct des films burlesques. Emmanuel Mouret a réalisé de nombreuses comédies douces-amères où se lient et se délient des personnages aux prises avec l’impermanence des sentiments. Leurs longs dialogues sont empreints d’une esthétique qui n’est pas sans évoquer le cinéma classique. A rebours de ses précédents donc, son dernier film Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait marie cette fois la romance avec le drame. Il nous en dis plus sur ce qu'il recherche et qui l'intéresse : 

C'est cette façon de comprendre la complexité en l'investissant dans différentes intimité qui ont des enjeux contraires, en saisissant les malentendus et les quiproquos qui, évidemment, causent énormément de cruauté.  Je crois qu’il y a quelque chose dans le cinéma qui est d’approcher la complexité, d’aimer ce monde et cette musique que nous présente le cinéma. C'est pour ça que le drame, le tragique nous saisit, nous fascine, mais ne nous démoralise pas. 

Actualité : 

  • Film : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d'Emmanuel Mouret, avec Camélia Jordana, Niels Schneider et Vincent Macaigne, sortie en salles le 16 septembre 2020
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Sons diffusés pendant l'émission :

  • Extrait du film The Party de Blake Edwards, 1969. 
  • Extrait d'un dialogue entre Sacha Guitry et Jacqueline Delubac. 
  • Extrait de Table-ronde Essais /autour de René Girard, France Culture, “Tout arrive”, le 11/11/2008. 
  • Extrait du film Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait d'Emmanuel Mouret. 
  • Extrait d'Adagio op.11 de Samuel Barber, Chef d'orchestre  : Lawrence Foster /  Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo.

Générique de l’émission : Succession, Season 1 (HBO Original Series Soundtrack) de Nicholas Britel

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