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Emmanuelle Haïm

Emmanuelle Haïm : "Au-delà de la musique, ce qui compte c'est cette capacité à la communication"

55 min
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A l'occasion de la sortie en DVD de l'opéra Les Boréades de Rameau, mis en scène par Barrie Kosky avec Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm, la claveciniste et cheffe d'orchestre revient, au micro d'Arnaud Laporte, sur sa formation sensible et son parcours musical.

Emmanuelle Haïm
Emmanuelle Haïm Crédits : Marianne Rosenstiehl

Emmanuelle Haïm dirige son ensemble de musique baroque, Le Concert d'Astrée, dans l'opéra Les Boréades de Jean-Philippe Rameau, mis en scène par Barrie Kosky. A cette occasion, la claveciniste et cheffe d'orchestre revient au micro d'Arnaud Laporte sur les rencontres qui ont marqué son parcours mais aussi sur sa carrière et ses méthodes de travail autant comme directrice d'ensemble que comme cheffe invitée.

Une enfance en musique

Depuis toujours, la musique fait partie de la vie d’Emmanuelle Haïm. Issue d’une famille de mélomanes et de musiciens - pianistes, violoncellistes, organistes, etc… - elle assiste souvent à des concerts et est notamment très marquée, enfant, par Einstein on the Beach de Philip Glass. De plus, elle grandit entourée des musiciens que fréquente sa famille, comme Zoltan Kocsis, et commence le piano très jeune avec Yvonne Lefébure.

Yvonne Lefébure a ce son très français, cette culture très française : elle a défendu Couperin, Rameau, énormément Bach, elle avait un goût prononcé pour la musique ancienne, elle avait cette finesse de toucher qui est comme une espèce de ligne de conduite qu’on peut tracer dans le répertoire français. (…) Même en étant passée au clavecin, je lui dois cette filiation.

Une brillante formation musicale

A 15 ans, elle entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où elle suit une brillante formation musicale, au cours de laquelle elle se spécialise dans le répertoire baroque et chemine progressivement vers la direction d’ensemble. 

Après avoir étudié l’harmonie et l’écriture musicale avec Jean-Claude Raynaud, elle apprend l’orgue, puis le clavecin auprès de Kenneth Gilbert et Christophe Rousset. Puis, c’est au Conservatoire qu’elle rencontre William Christie dont elle devient la claveciniste et cheffe de chant pendant dix ans au sein de son ensemble Les Arts Florissants. En parallèle, elle travaille auprès du chef d’orchestre Simon Rattle. Dans ce cadre, elle suit les productions du premier au dernier jour, accompagnant les productions sur scène et passant de claveciniste à cheffe de chant, cheffe de cœur, mais aussi éventuellement éditrice. C'est donc tout naturellement qu'elle progresse vers le métier de cheffe.

A l’époque baroque, le rôle du chef n’est pas du tout le même que celui que l’époque romantique va définir. On a un rôle assez central et puis la direction est éventuellement un peu partagée, souvent le compositeur tient le clavecin mais il a quelques relais comme le premier violon, comme éventuellement d’autres clavecinistes qui tiennent d’autres parties de l’orchestre. Alors dans les ensembles baroques qui sont moins dotés de nombreux assistants, on fait appel à vous pour mille et une fonctions et finalement vous vous formez sur le terrain. (…) En le faisant, ma détermination s’est clarifiée et affirmée à ce moment-là.

Le Concert d'Astrée

En 2000, avec la création du Concert d’Astrée, elle affirme son ambition de diriger, et de surcroit son propre ensemble. Dédié à la musique baroque, et donc au répertoire des XVIIème et XVIIIème siècle, cet ensemble réunit des musiciens qui partagent avec Emmanuelle Haïm une recherche de l’interprétation sur des instruments anciens, tout en étant pleinement ancrés dans le monde d’aujourd’hui. 

Depuis vingt ans, Emmanuelle Haïm et Le Concert d’Astrée enregistrent des disques avec les plus grandes voix comme Natalie Dessay, Philippe Jaroussky, Sandrine Piau, etc, et remportent en 2009 le Prix du meilleur enregistrement pour leur album Lamenti aux Victoires de la Musique Classique. 

Au-delà de l’exploit vocal et musical que ça peut être, il y a la capacité à nous émouvoir, à exprimer, car derrière ça il y a un texte puissant et une pensée. Et je pense qu’avec les personnes qui sont du calibre de Natalie Dessay, il y a toujours cette chose qui est là, d’abord et avant tout : le propos du chanteur, qui est un acteur et d’abord le vecteur d’un texte.

C’est la musique qui me guide, je ne suis pas tant concentrée que ça sur moi-même. (…) Quand il y a des choses très difficiles comme cet air de Haendel, il faut être très attentif et réceptif à ce qui peut se passer, être perméable. Pour moi la principale qualité qu’il faut avoir et à laquelle il faut faire attention c’est d’être vraiment en écoute, de n’être pas trop concentré sur soi mais vers l’extérieur et d’être capable de recevoir, d’entendre, de réagir. 

Sur scène aussi le Concert d’Astrée connaît un grand succès. Convaincue en effet que son art culmine lorsque la musique et le théâtre se rejoignent, Emmanuelle Haïm monte avec son ensemble des opéras qui se caractérisent par sa volonté d’abolir les frontières entre la fosse et le plateau. Pour cela, elle collabore avec de grands metteurs en scène comme Robert Wilson, Robert Carsen, Sandrine Anglade, etc et se fait remarquer autant par la critique que par le public avec des pièces comme L’Orfeo de Monteverdi, ou Orlando de Haendel.

A propos des Boréades de Rameau :
C’est une partition que je connais depuis longtemps pour avoir participé à plusieurs productions, dont une production que Simon Rattle avait dirigée au Festival de Salzburg. (…) Moi ce qui m’éberlue, c’est l’âge de Rameau qui est un homme âgé à ce moment-là, et qui produit un chef d’œuvre absolu, d’une vitalité, d’une force et d’une fraîcheur, d’une grande variété d’inspiration, d’une modernité extraordinaire. (…) L’orchestration est riche et visionnaire, les harmonies sont complexes, mais en même temps le message est direct. Je l’ai abordé avec un appétit féroce, (…) accompagnée par Barrie Kosky qui est un metteur en scène de talent, qui entend la musique et qui la comprend.

Cheffe invitée 

Par ailleurs, Emmanuelle Haïm est invitée par les orchestres les plus prestigieux du monde. Elle a ainsi été appelée par l’Orchestre Philharmonique de New York, de Philadelphie, de Birmingham, de Berlin ou encore de Vienne, où elle déploie ses talents de pédagogue pour initier ces formations modernes au répertoire baroque et plus particulièrement au baroque français.

Découvrir le site du Concert d'Astrée.

Son actualité : sortie en DVD chez Warner de l'opéra Les Boréades de Jean-Philippe Rameau, mis en scène par Barrie Kosky, avec Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm.

  • Le Retour d’Idoménée d’après Idoménée, tragédie lyrique d’André Campra, mis en scène par Alex Ollé / La Fura dels Baus, à l’Opéra de Lille du 24 septembre au 2 octobre 2021.
  • Le concert anniversaire du Concert d'Astrée aura lieu le 8 novembre au Staatsoper de Berlin et le 12 novembre Théâtre des Champs Elysées à Paris.
  • Didon et Enée d’Henry Purcell, mis en scène par Franck Chartier, à l’Opéra de Lille en décembre.

Sons diffusés pendant l'émission

  • "Valses nobles et sentimentales", Maurice Ravel, interprété par Yvonne Lefébure.
  • Extrait du premier mouvement d’Einstein on the Beach, "Knee 1", Philip Glass, mis en scène par Robert Wilson, 1976.
  • "I Feel Good", Bobby Mac Ferrin, The Voice, 1984.
  • "Un pensiero nemico di pace", extrait de Il Trionfo del Tempo a del Disinganno, Georg Friedrich Haendel, Natalie Dessay et Le Concert d’Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm, Virgin Classics, 2007.
  • Interview de William Christie pour Qobuz, 2014.

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