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Frederick Wiseman

Frederick Wiseman : " J'ai eu la chance de pouvoir me pencher sur le comportement des êtres humains dans une très grande diversité de situations"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la sortie de son dernier film "City Hall", le documentariste Frederick Wiseman est au micro de Maylis Besserie. Une immersion dans la fabrique d’un artiste qui est lui-même dans les coulisses de notre société.

Frederick Wiseman
Frederick Wiseman Crédits : John Ewing

Dans son dernier film City Hall, Frederick Wiseman nous immerge au cœur de la municipalité de Boston. Une fenêtre sur le travail mené par le Maire démocrate Martin J. Walsh et ses équipes, en dialogue permanent avec les citoyens, pour œuvrer en matière de politique sociale et culturelle et construire une ville plus égalitaire. Si le documentariste se défends de tout partis pris idéologique, sa filmographique compte à présent de nombreuses œuvres centrées sur la vie politique mais aussi sur les communautés multiculturelles comme dans le récent Jackson Heights. Avec City Hall, Wiseman effectue un retour aux sources dans la ville de son enfance. Il signe un film-fleuve quasi testamentaire où, à travers une plongée dans la municipalité de Boston, il synthétise les enjeux de ses précédents films. 

La mairie de Boston a un travail qui a un retentissement sur la vie des gens, beaucoup plus que n'importe quelle autre autorité publique. Les automobiles, la santé publique, la police, les incendies, le mariage, la naissance, les décès et la réglementation des normes sanitaires pour les restaurants : Pratiquement tous les aspects de notre société sont régis peu ou prou par la mairie. C'est très complexe le travail d'une mairie, et je voulais le faire passer dans le film. 

Il y a pas mal de choses dans City Hall qui ont trait aux prises de décisions qui résultent de discussions entre les gens. Par conséquent, il est nécessaire de refléter fidèlement leurs conversations. City Hall ne serait pas le même film s'il ne durait que 90 minutes. Et si je divise en deux ou trois parties, il faudrait que je trouve une structure narrative pour chacune des parties, alors que lorsque je fais un film de quatre heures et demie, je me contente de trouver un fil narratif qui tienne toute cette longueur.

Les réactions au film « City Hall » seraient différentes si Obama était encore à la Maison Blanche. Martin Walsh est un très bon maire, mais son comportement n'aurait pas semblé si extraordinaire si le film avait été tourné sous Obama.[…] Walsh est un homme de bonne volonté. Il fait de son mieux pour proposer des services dont les gens ont besoin pour vivre ensemble dans ce que l'on appelle une société civile. Il représente tout ce à quoi Trump s'oppose. 

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L’homme invisible

Alors que Frederick Wiseman est juriste spécialisé dans le domaine des transformations sociales et institutionnelles ainsi que professeur de droit criminel, il organise une visite de Bridgewater, une prison psychiatrique, avec ses élèves : ce lieu deviendra le théâtre autant que le sujet de son premier film Titicut Follies qui sort en 1967. 

J'ai emmené mes étudiants de droit pénal en prison pour assister à des auditions et des procès car je voulais que les étudiants voient où leurs clients se retrouveraient s'ils ne les défendaient pas correctement. Lorsque j'en ai eu assez d'être enseignant et que j'ai voulu me lancer dans le cinéma, étant donné que je connaissais le directeur de la prison, il m'a aidé à avoir la permission de tourner en milieu carcéral. C'était mon premier film. 

Véritable coup d’éclat, ce documentaire glacial accusé d’obscénité et de pornographie fit scandale au Festival du film de New York l’année de sa sortie et est interdit durant vingt-cinq ans dans l’état du Massachusetts. Fort de son succès, le documentariste naissant crée sa propre société de production Zipporah Films en 1970, afin de se garantir une indépendance de création. Depuis, Wiseman a tourné de très nombreux documentaires à travers lesquels il constitue une radiographie de la société américaine. Il a notamment installé sa caméra dans un lycée dans High School en 1968, un commissariat dans Low and Order en 1969, un tribunal pour mineurs dans Juvénile Court en 1973, un centre d’expérimentation sur les singes dans Primate en 1974, un grand magasin dans The Store en 1983, un service de soins intensifs à l’hôpital dans Near death en 1989, une cité d'un ghetto noir dans Public Housing en 1997, dans un musée dans National Gallery en 2014 ou encore dans une communauté multiculturelles dans In Jackson Heights en 2015, et bien d’autres. Une production abondante comme autant de volets d’un même film sur le service public et la notion de vivre-ensemble dans nos institutions contemporaines. 

Je crois que ce que j'essaye de faire c'est une série de films qui représente des aspects que je juge importants de la période de ma vie et de mon travail. Je mène une vie avec des expériences étranges, j'ai eu la chance de pouvoir me pencher sur le comportement des êtres humains dans une très grande diversité de situations et de pouvoir enregistrer ces comportements. 

Le microcosme pris pour le macrocosme

Le corps sociétal mais aussi humain est souvent au centre de ses films comme dans Boxing gym en 2010 ou La Danse en 2009. L’enseignement est également un motif très présent dans sa filmographie, comme dans At Berkeley en 2013 ou plus récemment dans Ex Libris: New York Public Library en 2017. Malgré la diversité de ses sujets, Wiseman applique le même processus de création : un tournage en équipe réduite rendu possible grâce à des caméras légères, une immersion durable, pas de commentaire ni de musique en off, des rushs conséquents, et un montage fleuve. Le récit ne préexiste pas au tournage, Wiseman découvre et construit le fil rouge au montage. Au plus près des institutions américaines, le cinéaste part du microcosme pour rendre compte du macrocosme, sans volonté didactique ni politique. Refusant la notion de cinéma-vérité, il a fait de l’observation du quotidien au sein des structures et des communautés sa marque de fabrique. Ses films ont été pillés par les plus grands, notamment Kubrick et Gus Van Sant. Sur tous les fronts, Wiseman a également réalisé un film de fiction The Last Letter en 2002 et travaillé pour le théâtre. 

Pour chaque film, j'opère des choix différents. Ce sont des choix subjectifs qui représentent ce qui est à mon sens la meilleure façon de montrer les objets que je veux décrire. 

C'est très important de trouver un certain rythme quand on est devant le montage, je dois trouver le bon rythme d'images et de sons au sein d'une séquence, et je dois également trouver le bon rythme pour les transitions entre les séquences. Inconsciemment, je bats le rythme avec le pied dès que je fais du montage. 

Le réalisateur détaille son processus créatif : 

Pendant le tournage, tout est instinctif pour moi. Au cours du montage, je dois me plonger dans les rushs, je commence par tous les regarder. Pour City Hall, c'est 110 heures, ça prend six semaines. Puis, je mets de côté environ la moitié de tout ça, et je monte les séquences que je pense utiliser dans le film. Pour monter une séquence, je dois comprendre ce qui se passe et donc sans arrêt me demander pourquoi. C'est un processus à la fois rationnel et très peu rationnel. Je dois veiller à la logique formelle mais je dois aussi faire attention aux combinaisons des choses que je vois. Une séquence qui dure une heure et demie est réduite à sept minutes : il faut sélectionner et saucissonner. On monte ensuite tout ensemble pour donner l'illusion que c'est la réalité, mais c'est une fiction.

Son actualité : Film City Hall, sortie en salle le 14 octobre 2020, Météore Films.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Extrait de “Oh les beaux jours”mis en scène par Roger Blin, avec Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, au Théâtre de l'Odéon, captation France Culture de 1964.
  • Extrait du documentaire  “Hotel Terminus” de Marcel Ophuls (1988).
  • “Chattanooga Choo Choo”, écrit par Mack Gordon et interprété et enregistré par Glenn Miller et son orchestre  pour le film musical Tu seras mon mari de  H. Bruce Humberstone, en 1941, et en  78 tours chez  Bluebird Records.
  • Extrait de "City Hall" de Frédérick Wiseman
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