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Georges Aperghis

Georges Aperghis :"Il ne faut pas reculer devant le comique"

55 min
À retrouver dans l'émission

Georges Aperghis, compositeur grec de musique contemporaine, est au micro d'Arnaud Laporte. La rencontre et le concert Intermezzi qu’il donne au Festival Musica de Strasbourg est l’occasion de retracer avec lui son parcours de compositeur éclectique.

Georges Aperghis
Georges Aperghis Crédits : Xavier Lambours

Compositeur de musique contemporaine, Aperghis s’est imposé comme une référence singulière dans le paysage lyrique et théâtral. Né en 1945 en Grèce dans une famille d’artistes, il se forme en autodidacte à la peinture et la musique, ses deux passions. Seul face à ses partitions, il déchiffre Schönberg, Bartok et Stravinski. Le gout du théâtre arrive plus tard, en 1963, lorsqu’il emménage à Paris et fréquente assidûment l’Odéon. A la capitale, le jeune Aperghis abandonne la peinture au profit des études musicales de composition et de piano. La découverte simultané de la musique concrète de Pierre Henry et Pierre Schaeffer, du sérialisme du Domaine Musical et des expériences de Iannis Xenakis va impulser chez lui un pas de côté vers un nouveau système expressif musical qui noue un rapport étroit avec la scène. Sa première pièce La Tragique Histoire du magicien Hiéronimo et de son miroir en 1971 met à jour une nouvelle esthétique dans le domaine du théâtre musical. 

Le projet était de rendre libre toutes les composantes du spectacle. Il n’y en a pas une qui obéit à l'autre au départ : c'était une redistribution des rôles en donnant autant d'importance à la musique qu'aux textes, aux lumières, aux jeux des acteurs, aux déplacements... Ca a donné une autre syntaxe. Ce qui m'intéressait, c'était de voir comment les choses se comportent les unes avec les autres, comment on peut brancher des choses autrement et comment, au lieu de raconter une chose unique comme à l'opéra par exemple, tout le monde tend à raconter de façon la plus claire possible une histoire ou des personnages. Moi, ce que je veux, c'est rendre une polyphonie possible et que le spectateur aille chercher à l'intérieur son propre chemin.

De sa première à sa dernière création, Georges Aperghis n'a cessé de questionner la notion de langage. Il nous en dis plus à ce propos :

J'aime bien faire parler les instruments. Dans ma pièce Parlando, c’est comme si l’instrument prends la parole, une sorte de récitatif à l’infini. C’est une chose qui m'a beaucoup frappé dans la musique classique.  Quand on écoute une sonate de Mozart, on a l’impression qu’il est en train de dire des choses. Selon les circonstances, il dit d'autres choses. Je trouve ça très émouvant quand la musique se met à parler. 

Il y a des phrases compréhensibles qui servent de balises pour que les gens qui sont perdus croient se retrouver, mais ce sont des fausses pistes. C'est un travail sur la sonorité de la langue française, mais pas seulement. […] Ça m'a toujours intéressé de savoir comment les mots se sont fabriqués, d’où viennent ces sonorité-là, ces mots dont on se sert tout le temps et qui se sont polis peu à peu pendant des siècles.Du français de Rabelais au français d’aujourd’hui, combien de consonnes se sont peu à peu abimées à force d’être prononcées ? 

En 1976, Aperghis fonde l’Atelier Théâtre et Musique (ATEM) à Bagnolet avec lequel il réalise des spectacles étranges, inspirés de thèmes quotidiens autant que de fragments de textes et d’images. C’est dans le cadre de ce laboratoire de formes, véritable terrain de création collective, que naissent les pièces Récitations (1978), Conversations (1985), Sextuor (1993) et Commentaires (1996). Le détournement y est au centre, il a fait de son travail sur les phonèmes sa marque de fabrique. Au micro, il raconte cette expérience :

Comme un laboratoire, on allait y travailler tous les jours. C’était un endroit où les gens n'étaient pas des spectateurs optimaux, parce qu’ils ne connaissaient ni le théâtre, ni la musique. Il n’y avait pas d'intermédiaire entre ce public là et nous. C'était très utopique, c'était après 68 : On refait le monde, on refait tout. 

Ce n’était pas une grande expérience mais ça touchait quand même pas mal de gens. Ça a commencé avec les enfants qui ont été les plus curieux de ce qu'on faisait parce qu’ils croyaient qu’on était complétement fou. Ils n’avaient pas complètement tort. Après, on a travaillé avec eux dans des ateliers où ils ont amené les parents par la suite. Le public s'est constitué par la base. J'y ai appris énormément de choses. 

L’aventure de l’ATEM s’achève pour lui en 1997, il se tourne alors vers d’autres expériences tels que l’utilisation du dispositif électronique dans sa pièce Machinations en 2000. Depuis, Aperghis a réalisé de nombreuses œuvres dont un opéra bouffe d’après Courteline, Les Boulingrin, donné en création à l’Opéra-Comique en mai 2010. 

Il ne faut pas reculer devant le comique. Il ne faut pas se dire qu’il n’est pas présent dans la musique. Il est partout, c’est comme dans les pièces de théâtre : Il y a la tragédie et à côté de ça, il y a l'énergie du comique. Heureusement qu'il est là, surtout de nos jours.

Georges Aperghis reçoit le prix Mauricio Kagel en 2011, le Lion d'Or à la Biennale de Venise en 2015 et le prix des Frontières de la connaissance (catégorie Musique contemporaine) de la Fondation BBVA en 2016. C’est sur la scène de la Cité de la musique et de la danse de Strasbourg qu’on le retrouve cet automne dans le cadre du Festival Musica pour lequel il donne son concert Intermezzi aux côtés de l'ensemble Musikfabrik. A ce propos, on peut lire sur le site du festival :

"Georges Aperghis fait son retour à Musica et sur les planches du TNS avec une pièce pleine de surprises. Plus qu’un concert, Intermezzi est une suite d’actions instrumentales, doublée d’un portrait de l’ensemble Musikfabrik. Les musiciens ont « posé » devant le compositeur, qui a ainsi croqué leurs visions, centres d’intérêt et comportements. Il en résulte une collection de situations hétérogènes, façonnées par les idiomes de chacun — mise en scène des corps, des voix et des instruments. Pourquoi le genre de l’« intermezzo », pièce musicale de transition souvent marginale dans les grands ouvrages ? Réponse de l’intéressé, que l’aspect chaotique des choses a toujours fasciné : « Parce qu’il n’y a pas de propos. Que de l’entre-deux, que des parenthèses. » "

Actualité : 

Sons diffusés pendant l’émission : 

  • Extrait de la pièce musicale "Avis de tempête" n°5 de Georges Aperghis, chef d'orchestre Georges Elie Octors. 
  • Extrait d'Antoine Vitez, alors qu’il mettait en scène Electre de Sophocle, Émission “Place au théâtre”, le 09 janvier 1972.
  • Extrait de l'entretien de Félix Guattari réalisé par Antoine Spire, Michel Field et Emmanuel Hirsch, "Grands entretiens" à la télévision française (1989-1990). Publiée aux éditions de l’Aube, 2005. 
  • Archive de Lévi-Strauss, "De la communication proprement dite", ORTF, “Archives du XXème siècle”,  réalisation Pierre Beuchot (1972).
  • Générique de l’émission : Succession, Season 1 (HBO Original Series Soundtrack) de Nicholas Britell

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