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Gwenaël Morin, Festival d'Avignon 2019

Gwenaël Morin "Aiguiser sa concentration de sorte que chaque seconde de vie soit la plus intense"

54 min
À retrouver dans l'émission

Le metteur en scène, Gwenaël Morin propose, autour des tragédies grecques, des spectacles, des débats, des fabriques et des nuits blanches à la Maison des Métallos avec "On donne la voix". Il revient au micro d'Arnaud Laporte sur ses méthodes de travail et son goût pour les grands classiques.

Gwenaël Morin, Festival d'Avignon 2019
Gwenaël Morin, Festival d'Avignon 2019 Crédits : Crédits : Christophe Raynaud de Lage

Gwenaël Morin est né en 1969. Après avoir suivi des études d'architecture, il se lance dans la mise en scène et travaille auprès de Michel Raskine. Gwenaël Morin monte ses premiers spectacles tels que "Débite ! (allez vas-y)" d’après "Fin août" d’Arthur Adamov ; "Pareil Pas Pareil" avec des extraits de dialogues de films de Jean-Luc Godard ; puis il met en scène les textes de Strindberg comme "Mademoiselle Julie" en 2001 avec Cécile de France, "Voyage dans la lune" en 2003 de Federico García Lorca, "Les Justes" de Camus en 2008 ou encore "Lorenzaccio" de Musset en 2009 au Théâtre de la Bastille.

Un "théâtre permanent"

En 2009, Gwenaël Morin crée aux Laboratoires d’Aubervilliers un "théâtre permanent" où chacun peut entrer gratuitement et regarder autant de fois les répétitions et les spectacles. Lui et ses acteurs : Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon, Stéphanie Beghain, et Fanny de Chaillé en font l’expérience ; ils travaillent ensemble pendant un an sur des classiques du répertoire tels que Lorenzaccio, Tartuffe, Hamlet, Bérénice, Antigone ou encore Woyzeck. Le "théâtre permanent" repose sur trois principes : répéter tous les jours, jouer tous les soirs et entretenir ce désir de transmettre en continu, avec une distribution de rôles par tirage au sort ; une comédienne dans ces conditions peut jouer un rôle d'homme et inversement. 

Les théâtres n'ont pas besoin d'être programmés, ils ont besoin d'être occupés, animés. C'est absolument ce que j'ai essayé de faire au Point du Jour. Comment rendre les spectateurs attentifs ? Comment leur donner une présence active, de sorte que le hasard puisse être miraculeux ? Que nous ayons tellement confiance dans notre écoute, notre rapport au monde et à l'autre que tout devient signifiant. C'est pour cela que j'aime faire des distributions au hasard. 

La distribution des rôles par tirage au sort est une manière d’échapper à l’appropriation, à une certaine forme de narcisse et faire en sorte que l’ensemble de la troupe soit au travail sur les archétypes, sur la recherche du fond commun de chacune des figures. Et comment le travail de l’un peut nourrir le travail de l’autre. Il n’y a pas non plus d’assignations, les femmes n’ont pas vocation à jouer tout le temps des femmes. J’aime l’idée que le théâtre puisse redistribuer à l’infini les rôles. 

L'aventure du "théâtre permanent" de Gwenaël Morin se poursuit à Lyon au Théâtre du Point du Jour dont il assure la direction de janvier 2013 à 2018. Il entend rendre accessible le théâtre au plus grand nombre en abolissant les frontières entre répétitions et représentations. Il met en scène des spectacles où bien souvent les costumes et les décors sont inexistants avec une lumière qui n'est pas travaillée, il pose ainsi la question du rapport entre acteurs et spectateurs. En outre, Gwenaël Morin prête une attention particulière à l’architecture des corps dans l’espace et au rythme.

On a une relation au temps qui, par essence, est ce qui nous détruit, ce qui nous relie à notre propre disparition. On peut s'abandonner à ce temps là pour que tout puisse, même par hasard, devenir décisif. J'aime cette idée de rencontre de hasard, c'est totalement utopique, mais à priori, tout est beau, tout est possible. Tendre à la non programmation, c'est une manière de prendre le rituel à l'envers. À un moment donné, il y a une lutte qui s'engage avec le temps : il va cesser de s'écouler, de courir, de nous précipiter dans le chaos. La non programmation, ce serait une manière de se moquer, de mépriser le temps qui passe. 

Mettre en scène plusieurs pièces d'un même auteur

Gwenaël Morin s'empare des pièces de Fassbinder, en 2012, au Théâtre de la Bastille et crée "Antiteatre" avec "Anarchie en Bavière", "Liberté à Brème", "Gouttes dans l’océan" et "Le Village en flammes". Il trouve chez Fassbinder un théâtre d’urgence qui selon lui, est nécessaire à la création. Gwenaël Morin perpétue les mises en scènes de quatre pièces d'un même auteur avec "Les Molières d'Antoine Vitez" en 2016, au Théâtre Nanterre-Amandiers, et en 2018, au Théâtre du Peuple. Il propose une relecture de "L’Ecole des femmes", du " Tartuffe", de "Dom Juan" et du " Misanthrope" avec des élèves acteurs du Conservatoire de Lyon. Les quatre pièces s’enchaînent à grande vitesse mettant ainsi en valeur les liens entre les pièces et leur singularité.  

Dans mon travail c’est important qu’il y ait de l'enthousiasme, une forme de folie passée au crible du travail, une forme d'urgence répétée. Cela peut être douloureux de faire des choses dans l'urgence, dans la précipitation la première fois. Puis par insistance, par répétition, la douleur disparaît et il reste peut être ces choses qu'on appellerait la joie. Et pourvu qu'elle soit communicative ! 

Une relecture de grands classiques

Tout au long de sa carrière, Gwenaël Morin n'a cessé de mettre en scène les tragédies grecques ou les classiques tels que "Bérénice" de Racine en 2010 au Théâtre de la Bastille, "Antigone "de Sophocle aux nuits de Fourvière à Lyon en 2013, ainsi que dans les ruines du théâtre antique d'Alba-la-Romaine en Ardèche et à la Cartoucherie de Vincennes en 2020. Il continue avec "Ajax" de Sophocle aux nuits de Fourvière à Lyon en 2014 et avec "Andromaque à l’infini" en 2020.

Ce n'est pas dans la compréhension intellectuelle qu'on perçoit ce qu’il se passe. Il y a quelque chose d'autre, même si on a besoin de mots qui articulent du sens. Il y a quelque chose en deçà du sens, une sorte d'infra sens qui nous parvient en deçà de ce qui semble être articulé. Sinon, on ne peut pas écouter Racine. Si on veut comprendre Racine, on est perdu. C'est intenable.

Son actualité : "On donne la voix" programme autour des tragédies grecques avec des spectacles, des débats, des fabriques et des nuits blanches, jusqu'au 29 octobre 2021 à la Maison des Métallos, Festival d'Automne.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Archive de l'INA d'Antoine Vitez, sur "la vocation" au micro de Jean Laurivière sur France Culture, 1976
  • Extrait de Thomas Hirschhorn sur sa création au Palais de Tokyo "Flamme éternelle"
  • "Last night I dreamed that somebody loved me" de Morrissey, version live sur l'album "Morrissey at Earl Court"
  • Extrait de l'actrice Hannah Schygulla sur les méthodes de travail de Fassbinder
  • Extrait de Judith Malina sur le Living Theater 
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