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Hélène Frappat

Hélène Frappat : "L'écriture est une forme de vampirisme"

55 min
À retrouver dans l'émission

Romancière, traductrice, critique de cinéma, Hélène Frappat a su imposer au fil de ses écrits son imaginaire cinématographique et littéraire habité d’images et de références mystérieuses. Au micro de Lucile Commeaux, l’autrice nous donne les clés de son parcours et de ses méthodes de travail.

Hélène Frappat
Hélène Frappat Crédits : Melania Avanzato

Depuis Sous réserve, son premier roman, Hélène Frappat n’a de cesse d’entremêler fiction et réel et de chercher à capter les secrets de ses personnages. Dans Le Mont Fuji n’existe pas, son dernier roman qui a paru aux éditions Actes Sud, l’autrice intensifie sa quête et nous immerge au cœur d’une traque : celle de l’écrivain avide de transformer des personnes rencontrées en personnages....

Pour ce livre-là, c'est comme si j'étais une sorte de médium. Je marchais dans la rue et les personnages, comme dans un film de Buster Keaton, se cognaient contre moi. C'était une sorte de coup de foudre permanent.

Peu à peu, l'alchimie même qui est le travail de l'écriture est devenue un des sujets. Le moi écrivain est devenu l'un des personnages du livre.  

De même que son roman nous ouvre les portes de la fabrique littéraire, Hélène Frappat, au micro de Lucile Commeaux, nous entraîne dans les coulisses de son processus créatif et de ses imaginaires... 

Une triple agente

Si la littérature imprègne les imaginaires d’Hélène Frappat depuis son enfance, elle choisit d’abord de s’engager dans des études de philosophie. Agrégée de philosophie et docteure en lettres, Hélène Frappat n’en reste pas moins passionnée par le cinéma qui tient une grande place dans son univers. Elle collabore en tant que critique pour les Cahiers du cinéma, les Inrocks et la revue La Lettre du Cinéma, et a consacré plusieurs essais à des cinéastes, notamment Jacques Rivette qui est un éternel inspirateur pour la critique mais aussi l’écrivaine qu’elle est. 

En 2004, Hélène Frappat publie Sous réserve et ajoute désormais à ses autres casquettes celle de romancière. De L’Agent de liaison à son dernier livre Le Mont Fuji n’existe pas, en passant par Par effraction, Inverno, Lady Hunt, mais aussi N’oublie pas de respirer et Le dernier fleuve, l’autrice se distingue par la sensualité de ses récits et ses imaginaires prolifiques

Avant d'écrire, il faut passer sa vie à écouter et observer ce qui ne nous regarde pas, sinon ça n'aurait rigoureusement aucun intérêt. Mais rien ne nous regarde, en réalité le monde entier est assez indifférent. L'écrivain est une sorte d'espion qui est passionné par ce qui n'est pas lui. Je pense que c'est une des manières d'être vraiment en dehors de soi. 

Si on devient cette pure chambre d'écho assez impersonnelle, au sens où Flaubert disait que la littérature est quelque chose d'impersonnel, et bien alors, tous les récits arrivent.

Sur tous les terrains, l’autrice est également productrice de documentaires radiophoniques sur France Culture et traductrice en anglais et italien. On lui doit notamment la traduction de La Vie de Personne de Giovanni Papini ou encore Études sur la personnalité autoritaire de Theodor Adorno.

L'écriture est une forme de vampirisme. La traduction, c'est être vampirisé. C'est se laisser entièrement devenir le réceptacle de la voix de l'écrivain que vous traduisez. [...] Vous êtes dans la tête de l'écrivain puisque vous êtes dans ses phrases. Moi, j'y suis à la fois comme traductrice et comme espionne, et ça m'apprend beaucoup.  

Une littérature hantée

Il est difficile de présenter les différentes activités d’Hélène Frappat indépendamment les unes des autres tant elles se télescopent. Dès son premier roman, l’écrivaine met en place un dispositif savant au sein duquel s’entrecroisent des images et des références philosophiques, littéraires mais surtout cinématographiques. Il en va de même pour les ouvrages suivants. Au cours de l'entretien, Hélène Frappat revient sur une scène du film Gilda avec Rita Hayworth qu'elle a visionné quand elle était enfant et qui hante depuis ses imaginaires... 

Il y a quelque chose dans le cinéma qui est presque comme un trauma, qui fait effraction. Gilda, on la regarde comme ça par le trou de la serrure. Et c'est vrai que quand je l'ai vu, ensuite, pendant des mois et des mois, j'étais elle. J'avais 5 ans, c'était complètement ridicule puisque personne ne comprenait évidemment autour de moi que moi, j'étais elle. Mais c'est ça la fiction, c'est de la devenir. 

Plus encore, l’indistinction va même jusqu’à flouter les limites entre la fiction et l’autobiographie dans N’oublie pas de respirer et Le dernier fleuve, deux ouvrages habités d’images prélevées dans ses souvenirs personnels et dans des films.

Il m'est arrivé souvent comme écrivaine de demander à des enfants, des adolescents, des adultes quel était le récit d'où venait leur prénom ou leurs noms Pour chaque être humain, naître c'est commencer en étant pris dans la fiction d'un nom et d'un prénom. 

Hantée par le cinéma et la philosophie, l’œuvre d’Hélène Frappat l’est aussi plus littéralement par les ombres et les présences maléfiques. Mensonge, mémoire, trahison, deuil, accident et même suicide sont quelques-uns des motifs que l’on retrouve fréquemment dans les histoires mystérieuses, toutes de sensualité et de secrets, de celle qui ne cesse de renouveler le gothique contemporain. Toutefois, si l'autrice a fait de sa littérature une exploration de l'inframonde, elle le fait bien depuis le monde réel avec lequel elle est toujours en dialogue. Elle réfute d'ailleurs la vision romantique de l'auteur seul, reclus du monde pour mieux s'abandonner à ses imaginaires : 

Il y a une mythologie romantique bourgeoise qui présuppose que l'auteur a des rentes et qu'il est dans son magnifique bureau avec vue sur le Luxembourg à écrire ses romans. C'est une vision que je trouve personnellement grotesque, mais à part le côté presque comique, c'est une vision très opérative qui continue à impressionner. 

Son actualité : Son roman Le Mont Fuji n’existe pas a paru chez Actes Sud.

Présentation: "C’est l’histoire d’une écrivaine qui transforme les personnes qu’elle rencontre en personnages. C’est l’invention d’un nouveau genre littéraire : le brain porn, porno mental qui installe le lecteur dans la tête de l’auteur. Depuis ce poste de guet, il devient témoin privilégié de l’excitation qui fait vibrer l’écrivain-espion, l’écrivain-vampire, et échafaude avec la narratrice les scénarios intimes de son désir de fiction. Le mont Fuji n’existe pas contient plusieurs romans possibles, dont l’auteur divulgue les rouages secrets. Dans l’ombre d’un monstre-minotaure chez qui tout est blanc sauf l’âme, sur les traces d’une “cliente mystère” qui dit la vérité puisqu’elle finit toujours par avouer qu’elle a menti, chez un professeur de philosophie qui s’enchante de posséder une toile de maître vierge… partout, aux quatre coins du monde, l’écrivain traque l’inspiration dans une chasse aux papillons aussi sauvage que poétique. Il y a les facéties du destin, la logique toute-puissante de l’improbable, l’incroyable et parfois chamanique aplomb du réel. Et il y a, limpide et malicieuse, la langue d’Hélène Frappat qui nous permet de l’observer soufflant sur les braises de la fiction potentielle et d’éprouver avec elle son exaltation face à la porosité extrême entre la littérature et la vie". Actes Sud

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