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Jacques Perrin

Jacques Perrin : "Voyager par l'esprit, voyager par les autres, c'est le plus beau des voyages"

56 min
À retrouver dans l'émission

Ce mercredi 9 juin ressort en salles La Fille à la Valise de Valerio Zurlini. A cette occasion, le comédien Jacques Perrin - dont le film a lancé la carrière, et devenu depuis producteur et réalisateur - revient au micro d'Arnaud Laporte sur son parcours et sa conception du cinéma.

Jacques Perrin
Jacques Perrin Crédits : Geoffrpy van der Hasselt - AFP

A l'occasion de la ressortie en salles ce mercredi 9 juin de La Fille à la Valise de Valerio Zurlini, après sa première sortie en 1962, le comédien - mais désormais aussi producteur et réalisateur - Jacques Perrin, revient au micro d'Arnaud Laporte sur sa carrière, ses engagements et sa conception de la création cinématographique. 

Une enfance au théâtre

Né en 1941, Jacques Perrin a, depuis toujours, baigné dans le théâtre. Son père, en effet, a été comédien puis régisseur à la Comédie Française, avant de devenir souffleur au TNP de Jean Vilar. Sa mère, quant à elle, est comédienne et récite des poèmes de Francis Carco ou de Jacques Prévert. C’est elle qui lui donne le goût des textes. 

Elle nous impressionnait : quand on avait une douzaine d’années, maman avait le chic de dire des poèmes et c’était nos soirées télévision en quelque sorte, c’était nos soirées théâtrales. C’est comme ça que j’ai connu Francis Carco, Jacques Prévert. On avait cette joie. Et elle nous a donné le goût de le dire. On se réunissait pour parler des rivages lointains que suscitent différents poèmes. On habitait un petit appartement dans une maison insalubre, mais on disait des poèmes, on racontait des histoires. Et j’ai été bercé par ces rêves, pas tellement d’aventure, mais d’un ailleurs, tout le temps…

Par ailleurs, c’est grâce au célèbre comédien Antoine Balpêtré que Jacques Perrin fait ses premiers pas sur scène, en 1954, au théâtre de la Porte Saint-Martin. Ayant quitté l’école à 14 ans, il entre très tôt au Conservatoire où il a notamment pour professeur Fernand Ledoux, qui interprétera des années plus tard son père dans Peau d’Âne (Jacques Demy, 1970). En 1958, Jacques Perrin connaît son premier succès sur scène : L’Année du bac de José André Lacour, mis en scène par Yves Robert au Théâtre Edouard VII : sa carrière est lancée.

Cette façon de vivre ensemble et d’avoir des rêves éveillés sur le plateau, ça ne me manque pas, mais quand même dans mon fort intérieur, je me souviens de ce théâtre, ça a été un bonheur immense, de penser, de rêver au texte que l’on a à dire et j’essayais de changer d’un soir à l’autre, j’essayais d’entrer en scène avec un autre sentiment que celui de la veille.

Jacques Perrin, acteur de cinéma

C’est en effet dans L’Année du bac que Jacques Perrin est repéré par Valerio Zurlini. Et c'est pour le film de ce réalisateur italien, La Fille à la Valise, que le jeune comédien se retrouve à la Cinecittà, en pleine époque des Fellini, Visconti, Pasolini, Comencini, etc…, une expérience fondatrice qui lui permet de se faire une place en tant qu’acteur dans le cinéma français et italien.  

Zurlini était attentionné et il avait une direction d’acteur… il aimait les acteurs, il nous entourait, il essayait de nous diriger dans une vie qui n’était pas la nôtre. On croit qu’on n’a qu’une seule vie, mais intérieurement, il y a mille possibilités, et j’ai découvert une sensibilité que je ne connaissais pas par Zurlini, qui a été un immense réalisateur.

Puis, il fait la connaissance de Pierre Schoendoerffer et interprète notamment le rôle principal de La 317e section (1965). Enfin, à la fin des années 1960, c’est Jacques Demy qui le demande pour incarner Maxence dans Les Demoiselles de Rochefort (1967).

Son passage à la production

L’ éclectisme de sa filmographie en dit long sur sa carrière. Jacques Perrin est en effet constamment en mouvement, passant de découvertes en découvertes. C’est ainsi qu’à la fin des années 1960, il se lance dans la production de Z de Costa Gavras (1969), qui remporte l’Oscar du meilleur film étranger. Si cette première expérience de production se caractérise par son caractère artisanal, l'activité de producteur prend rapidement une place centrale dans la carrière de Jacques Perrin. En effet, à ses yeux, être producteur signifie avant tout défendre des projets, des idées, des causes. Attaché à la conception du film comme une création collective et comme un moment de bonheur partagé, Jacques Perrin est prêt à prendre tous les risques, mais aussi toutes les libertés pour faire vivre un projet. 

J’aime bien accompagner une idée et une attitude, l’engagement d’une personne. J’ai accompagné Costa pour réaliser ce film. J’étais mandaté par la troupe – c’était comme une troupe – et j’essayais de convaincre, de susciter un intérêt auprès des financiers. C’est ce qui m’a donné l’illusion par la suite de croire que, par la conviction, on arrive à bouleverser non pas des montagnes mais des obstacles qui semblent difficiles. Avec la conviction, la foi, la nécessité de l’importance du film, vous arrivez à convaincre. (...) Avec le verbe, avec les paroles, on peut trouver l’angle dans lequel la personne à qui vous vous adressez, au bout d’un moment, devient sensible.

Ainsi, produit-il avec sa société de production Galatée, des films comme La Victoire en chantant, premier film de Jean-Jacques Annaud (1976) qui remporte l’Oscar du meilleur film étranger, Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini (1976) mais aussi des documentaires sur la nature comme Le Peuple Singe de Gérard Vienne (1989) ou encore Microcosmos de Claude Nuridsany et Marie Pérennou (1996).

Ses documentaires sur la nature, des films politiques

Cette conception du cinéma, Jacques Perrin la défend également en tant que réalisateur. Passionné par la nature, et particulièrement par la mer, il filme au plus près des animaux, offrant ainsi au spectateur une nouvelle perception du vivant, dans le but de renouveler le rapport que nous entretenons avec la nature. S’il ne cherche pas à tout prix à faire de la pédagogie ou à délivrer des connaissances, sa démarche est bien politique, dans la mesure où c'est par l’émotion et le sentiment qu'il cherche à créer une conscience commune. Ainsi, dans Le Peuple Migrateur (2001), on survole aux côtés des oiseaux l’Asie, l’Amérique et l’Europe ; dans Océans (2010) qui a demandé trois ans de préparation et quatre ans de tournage, on évolue parmi les poissons ; enfin avec Les Saisons (2016) coréalisé avec Jacques Cluzaud, Jacques Perrin retrace vingt mille ans d’histoire de l’Europe à travers les animaux, mettant ainsi en évidence l’avancement de la vie moderne et son empiètement sur le monde naturel.

Son actualité : sortie en salles ce mercredi 9 juin de la version restaurée de La Fille à la Valise de Valerio Zurlini (1960) avec Jacques Perrin et Claudia Cardinale.  

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Sons diffusés pendant l'émission

  • Extrait des Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967.
  • Extrait de La 317ème section, Pierre Schoendoerffer, 1964.
  • Celeste Aïda de Giuseppe Verdi, interprété par Luciano Pavarotti.
  • Extrait du Territoire des autres, François Bel, Gérard Vienne, Michel Fano, 1970.

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