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Jakuta Alikavazovic

Jakuta Alikavazovic : "Je me lève le matin pour connaître la suite"

55 min
À retrouver dans l'émission

Romancière et traductrice, Jakuta Alikavazovic est une autrice à l’œuvre fourmillante. Au micro d’Arnaud Laporte à l’occasion de la parution de son dernier roman “Comme un ciel en nous”, elle nous entraîne dans les coulisses de son art et de sa nuit passée au Louvre...

Jakuta Alikavazovic
Jakuta Alikavazovic Crédits : Leonardo Cendamo - Getty

Le Louvre, la nuit du 7 au 8 mars 2020. Nous voilà confinés dans le musée qui donne naissance au nouveau livre de Jakuta Alikavazovic « Comme un ciel en nous » paru aux éditions Stock. Enfant, le père de la romancière et traductrice lui demandait comme elle s’y prendrait, elle, pour voler la Joconde. Une question aussi loufoque qu’envoûtante, à l’image de tous les romans de l’autrice. Au micro d’Arnaud Laporte, elle nous donne quelques indices sur son processus créatif et ses imaginaires. 

Une artiste aux mondes multiples

Fille d’une mère bosniaque et d’un père monténégrin qui se sont installés en France peu avant sa naissance, Jakuta Alikavazovic se passionne très tôt pour les langues. Elle parle serbo-croate et français avec ses parents, deux langues qu’elle affectionne beaucoup. Vient ensuite l’anglais dont elle est aujourd’hui agrégée, et grâce auquel elle développe un goût prononcé pour la littérature américaine. Elle revient sur son apprentissage de l'anglais: 

C'est un nouveau monde que j'ouvrais, moi, au pied de biche. C'est une langue que j'ai décidé d'apprendre parce que justement, c'était la langue du monde qui semblait m'appeler. J'ai rarement mis autant de concentration et de détermination à quoi que ce soit dans ma vie, mais j'ai décidé d'apprendre l'anglais parfaitement. Ça m'a servi à me faire la belle. 

Traductrice en plus de romancière, Jakuta Alikavazovic a signé les traductions de nombreux ouvrages.

La traduction est une lecture en acte et en énergie. 

Jakuta Alikavazovic entre en littérature d’abord en tant qu’auteure pour la jeunesse. Elle a publié deux livres pour adolescents à l’Ecole des loisirs, Holmes et moi puis Leçon d’équilibrisme n°l. Viennent ensuite les romans. De Histoires contre nature en 2006 à Comme un ciel en nous, en passant par Corps volatils, _Le Londres-Louxor_, La Blonde et le Bunker et L’Avancée de la nuit, l’autrice construit un univers littéraire singulier où se télescopent les mondes et les genres.

Malgré tout, j'ai l'impression de remettre tout en jeu à chaque livre. Et malgré tout, il y a une continuité thématique et stylistique. Les gens peuvent suivre un fil tendu de livre en livre. Et ça, pour moi, c'est extraordinaire parce que ce n'est pas quelque chose de prémédité. C'est la preuve qu'on n'échappe pas à soi-même.

La littérature est pour elle d’abord un refuge, puis un terrain d’exploration de ses origines. Dans L'Avancée de la nuit en 2017 qu’elle a écrit à La Villa Médicis à Rome, on suit Amélia en quête de sa mère poétesse et de son histoire à Sarajevo. Plus intime que les précédents, ce roman est hanté par l’histoire de l’ex-Yougoslavie.

Une littérature à tiroirs

Jakuta Alikavazovic a fait du roman à énigme son bastion. Dans Le Londres-Louxor, La Blonde et le Bunker et L'Avancée de la nuit, les fuites ou les chassés croisés sont autant de prétextes à des intrigues construites en mille-feuilles, labyrinthiques, aux multiples tiroirs et cachettes. Les apparitions et les disparitions se succèdent comme autant de parenthèses propices à ses trouvailles.

J'écris beaucoup mieux quand je suis dans un état de semi-hypnose, une espèce de truc un peu suspendu. Et donc, je fais cette chose qui agace prodigieusement les témoins quand il y en a, mais il y en a rarement : je mets une chanson en boucle et je la laisse complètement s'infiltrer et elle donne quelque chose en secret de son rythme à ce que je suis en train d'écrire.  

L’art contamine souvent ses romans sous formes de références maîtrisées ou même d’éléments narratifs. L’architecture, le cinéma muet, le cinéma noir et blanc des années 40 et 50 et l’art contemporain participent pleinement de l’imaginaire de ses récits. De romans en romans, Jakuta Alikavazovic se distingue pour sa puissance d’évocation des images. 

J'ai besoin d'avoir une impression très nette des atmosphères. Les atmosphères se traduisent par un certain nombre de choses mais beaucoup par les couleurs. Couleurs de l'air, les couleurs du ciel, les couleurs ambiantes. Ça entre dans le livre, ça s'y incorpore.

A propos de son processus créatif, elle raconte entre autres : 

C'est toujours quand on fait autre chose que les idées se présentent. Et c'est à ça qu'on reconnaît un livre qui a envie d'être écrit, c'est qu'il pousse. Vous êtes avec des gens, vous passez une très bonne soirée et au fond de votre esprit, de votre cœur même, il y a un texte qui pousse et qui dit "eh, et si on faisait un petit dessin". Ca commence souvent comme ça. Je griffonne sur des nappes ou alors je dessine à la plage et c'est de ces griffonnements que, parfois et parfois pas, mais parfois, il y a un roman qui se déploie.

Son actualité : 

  • Roman : “Comme un ciel en nous” disponible aux Editions Stock

Résumé de l'éditeur : 

"Si l’on s’en tient aux faits, l’auteure passe la nuit du 7 au 8 mars 2020 au musée du Louvre, section des Antiques, salle des Cariatides, avec un sac en bandoulière dans lequel il y a, entre autres, une barre de nougat illicite.  Les faits, heureusement, ne sont rien dans ce livre personnel, original, traversé d’ombres nocturnes et de fantômes du passé, de glissades pieds nus sous la Vénus de Milo, ce livre joyeux et mélancolique, qui précise vite son intention : « Je suis venue ici cette nuit pour redevenir la fille de mon père. » Quel père, en fait ? Celui, biologique, né en 1951 dans un village du Monténégro, alors une partie de la défunte Yougoslavie, qui vient à Paris par amour, par fuite, pour voir le Louvre, une ville dans la ville, un père qui ne sait pas bien parler le français et voit tout en noir et blanc. Celui, plus probable, le père exilé à qui l’on a dit que « sa fille ne parlera jamais français », l’esthète-pilleur qui se promène l’air de rien avec sa fille Jakuta au Louvre, et lui demande, lui transmet en héritage : « Et toi, comment t’y prendrais-tu pour voler la Joconde ? ». En effet : comment ? "

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Extrait INA du journal de France 2 du 30 mai 1993 consacré à la guerre en Bosnie Herzégovine.
  • “Blue Moon” par Elvis Presley sur l'album "Elvis Presley" (1956) Label : RCA.
  • François Truffaut, en 1966, qui répond aux questions de François-Régis Bastide dans "Le masque et la plume" sur France Inter.
  • "Faust" de la bande originale de "Phantom of the Paradise" (1974). Label : AM RECORDS. Compositeur : PAUL WILLIAMS, interprète : BILL FINLEY. 
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