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Jean-Christophe Meurisse

Jean-Christophe Meurisse : "Le rire c'est ce qui nous sauve"

55 min
À retrouver dans l'émission

Metteur en scène et fondateur des Chiens de Navarre, Jean-Christophe Meurisse revient sur les planches avec une performance mordante, aux Bouffes du Nord. Au micro d’Arnaud Laporte, retour sur son parcours et son processus créatif.

Jean-Christophe Meurisse
Jean-Christophe Meurisse Crédits : Ph. Lebruman

Les Chiens de Navarre sont de retour pour nous jouer un mauvais tour. Jean-Christophe Meurisse, le metteur en scène et fondateur du fameux collectif, bouscule la scène des Bouffes du Nord avec La peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ?. Une performance uniquement fondée sur l’improvisation qui nous réserve des surprises tant le spectacle se réinvente chaque soir au gré des comédiens. 

On vous présente quelque chose qui n'a aucune notion d'efficacité. On vous présente le vide et, regardez, ils vont faire quelque chose. 

Ce qui est intéressant pour le spectateur à travers cette expérience c'est de voir l'artisanat même de l'écriture avec des acteurs. 

Un metteur en scène qui a du chien

Si la transgression est déjà de mise dans son parcours scolaire, Jean-Christophe Meurisse transfère son énergie subversive sur les planches dès le début de son parcours. Il suit une formation d’acteurs au conservatoire du 9ème à Paris puis intègre l’ERAC où ses désirs s’affirment. Sur les planches pendant huit ans, il est dirigé notamment par A. Milianti, S. Amouyal, C. Marnas et bien d’autres. Ne parvenant pas à s’exprimer au sein de ce théâtre qu’il juge élitiste et poussiéreux, l’ennui s’empare de lui et le conduit à quitter la scène. 

Pour se libérer, il faut connaître tout ce qui vous emprisonne, c'est à dire que pour braver certaines conventions il faut quand même savoir ce que l'on brave. […] J'ai voulu m'affirmer en tant que metteur en scène et donc je me suis nourri des insatisfactions, des colères que j'avais en tant que comédien ou en tant que spectateur. Il y a plein de choses que je trouvais sérieuses, pénibles, redondantes. Et pourtant, paradoxalement, c'est là où j'ai eu mes plus grandes émotions. 

En 2005, animé par la rage de rire et de revenir à un travail d’improvisation, Jean-Christophe Meurisse rassemble huit comédiens de sa génération de toutes formations et fonde sa propre meute : Les Chiens de Navarre. Le nom très dadaïste donne le ton : à la manière d’un cadavre exquis, Meurisse impulse une situation à partir de laquelle le collectif improvise selon la méthode d’écriture de plateau. Sur la scène, ou plutôt le « terrain vague » comme il préfère l’appeler, les frasques et gags s’enchainent et donnent naissance à un théâtre mordant, entre tendresse et méchanceté, à l’ambition cathartique. 

On ne va pas chercher obligatoirement le rire. Et de toute façon, le rire n'est pas que celui, éventuellement, d'une potacherie ou d'un gag. Les spectateurs ne rient pas tous au même moment. Il y a un rire de résistance parce que quelquefois, face au pire, le rire. C'est comme un fusible en soi, c'est à dire que face à des choses terribles qu'on peut raconter il ne reste plus qu'une chose qui est propre à l'homme : le rire. 

Ce qui m'intéresse, c'est d'avoir une planète, rencontrer un acteur qui a une autre planète et on essaye d'en créer une troisième. Je veux voir des associations d'imaginaire autour d'une seule parole.

Le collectif de la libre association

Après plusieurs spectacles peu remarqués, Les chiens de Navarre sortent enfin de l’underground avec Une raclette en 2008. Ce récit de soirée qui dégénère rencontre un grand succès que le collectif confirme par la suite avec notamment Nous avons les machines (2012) où ils épinglent l’action humanitaire, Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet (2012) et Quand je pense qu’on va vieillir ensemble (2013). Le collectif passe ensuite la famille à la moulinette en 2015 avec Les Armoires normandes puis s’attaque à l’identité nationale dans Jusque dans vos bras sous forme de saynètes clownesques irrévérencieuses. Jean-Christophe Meurisse a également transposé son regard corrosif au cinéma, d’abord dans le moyen-métrage Il est des nôtres qui obtient le Prix du public et celui de la meilleure interprétation pour tous ses acteurs au Festival Silhouette de Paris, puis dans le long-métrage Apnée en 2016. Ce roadmovie avec pour décor une France suffocante, écrit et réalisé comme toujours par Meurisse, réunis la troupe sous format réduit avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca et Maxence Tual. Le film est sélectionné pour la semaine internationale de la critique au festival de Cannes.

Comme dans toutes les pièces et dans les films, il y a une dramaturgie. C'est juste que les acteurs s'en emparent avec leurs propres mots. Les acteurs ne sont jamais autant vrais et naturels que quand ils emploient leurs propres mots dans une situation parce qu'ils ne pensent pas à l'état d'une interprétation, d'un dialogue de cinéma ou de théâtre, ils pensent plutôt aux mots qu'ils vont choisir pour parler à l'autre. 

J'aime bien laisser émerger l'inconscient quand on travaille et qu'on répète, ne surtout pas tout maîtriser mais laisser aller le non sérieux, la sauvagerie de l'inconscient. J'aime bien représenter sur scène, grâce à mes acteurs, la face cachée de l'être, les neuf dixièmes de l'iceberg qu'on ne voit pas. Il faut arriver à s'abandonner dans une écriture, dans une parole un peu automatique, comme on le fait en ce moment aux Bouffes du Nord pour faire émerger des choses folles.

Le premier acteur lance un dialogue où une didascalie et ils doivent suivre ensemble. C'est comme un orchestre. C'est un peu le même principe que le jazz band. C'est rassembler des solistes de jazz qui sont tous des excellents musiciens, et les jazzmen improvisent entre eux.

Son actualité: 

  • Performance La peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? conçue par Jean-Christophe Meurisse du 16 au 24 octobre aux Bouffes du Nord. Avec en alternance les comédiens des Chiens de Navarre  :  Caroline  Binder,  Solal  Bouloudnine,Lorella Cravotta, Claire Delaporte, Céline Fuhrer, Matthias Jacquin, Charlotte Laemmel, Manu Laskar,Hector  Manuel,  Cédric  Moreau,  Olivier  Saladin,  Pascal  Sangla,  Anne-Elodie  Sorlin,  Alexandre  Steiger, Maxence Tual, Jean-Luc Vincent, Adèle Zouane… Et des invités exceptionnels : Margot Alexandre, Arnaud Aymard, Fred Blin, Olivier Martin-Salvan, Stéphane Soo Mongo, Fred Tousch...
  • On retrouvera également Jean-Christophe Meurisse et Les Chiens de Navarre au Théâtre des Bouffes du Nord du 11 juin au 4 juillet avec Tout le monde ne peut pas être orphelin.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Manifeste Dada déclamé par l’acteur et metteur en scène François Maistre, émission L'art et les hommes, 16 sept. 1963
  • Buffet froid, Bertrand Blier en 1979 
  • Parodie de Question pour un champion
  • Extrait du film Apnée de Jean-Christophe Meurisse, 2016 
  • Extrait de la pièce Une raclette de Jean-Christophe Meurisse  
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