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Jean-Claude Casadesus

Jean-Claude Casadesus : "Il faut que la musique groove"

55 min
À retrouver dans l'émission

Le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus s'entretient au micro d'Arnaud Laporte sur son parcours et son processus de création à l'occasion de la sortie du disque "Le Chant de la Terre", de Gustav Mahler, avec l'Orchestre National de Lille qu'il a fondé et dirigé pendant plus de quarante ans.

Jean-Claude Casadesus
Jean-Claude Casadesus Crédits : Gabriel Soussan

Le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus s'entretient au micro d'Arnaud Laporte sur son parcours et son processus de création pour la sortie d'un nouveau disque, "Le Chant de la Terre", de Gustav Mahler, paru le 4 décembre dernier, à l'occasion des 85 ans de notre invité.

Disque "Le chant de la terre"
Disque "Le chant de la terre" Crédits : Label Evidence

Chef d'Orchestres

Jean-Claude Casadesus, issu d’une famille d’artistes et de musiciens, apprend les percussions avant de s’orienter vers l’écriture musicale et la direction d’orchestre. Il rêve de devenir chef d’orchestre après être resté complètement hypnotisé, à l’âge de 12 ans, devant un concert Wagner du grand chef Georges Sebastian. Il nous raconte ce déclic : 

J'ai été ravi à mon propre univers, envahi par cette marée sonore, par ce démiurge qui déchaînait des tonnerres, qui calmait les tempêtes. Il y a quelque chose d'envoûtant dans cette musique qui vous soulève. 

Avant la longue aventure de l’Orchestre national de Lille,  Jean-Claude Casadesus avait été le directeur musical du Théâtre du Chatelet de 1965 à 1969, puis chef permanent de l’Opéra de Paris et directeur de l’Orchestre national des Pays de la Loire. Il avait  commencé  avec  le  piano,  l’orgue,  le  violon,  ainsi  que  les  percussions,  ce  qui  lui  avait fait  côtoyer  quelques  grands  noms  de  la  chanson  française  (  Édith  Piaf,  Charles  Trenet, Georges Brassens, Charles Aznavour, etc.).

Après avoir co-dirigé l’Orchestre des Pays de la Loire, il fonde l’Orchestre national de Lille en 1976 auquel il apporte une renommée internationale. En tant que chef invité, Jean-Claude Casadesus œuvre sur toutes les scènes du monde et dirige également des opéras. En 2016, s'il quitte la tête de l’Orchestre national de Lille, il continue à s'investir dans cette région en tant que directeur artistique du Lille Piano(s) Festival. 

J'ai le sentiment, en allant vers les gens, de porter la musique partout où elle pouvait être reçue. C'est à dire qu'il nous fallait sortir des lieux présumés traditionnels pour convaincre ces gens qui disaient "la grande musique, ça n'est pas pour nous" qu'ils y avaient droit et qu'en plus de ça, ça pouvait transformer leur pensée et leur univers. Ce que j'ai fait et ce dont je suis très fier avec les trente-trois pays que j'ai visité avec mon orchestre. 

La musique permet par l'intelligence affective de découvrir des abysses de sensibilité, de profondeur. Ça s'adresse à l'imaginaire, à des êtres de chair, de sang. Dans la musique il n'y a pas la subversion des mots. Il y a simplement, comme une auberge espagnole, de la sensibilité, ce qu'on y apporte de disponibilité. Il suffit de s'ouvrir et de recevoir. Les ressentis se développent quelquefois d'une façon extrêmement improbable au départ.  

La musique dans les veines

La  famille Casadesus est une grande famille d’artistes depuis le XIXe siècle qui a connu un nombre impressionnant de musiciens et de comédiens, et plus généralement d’artistes. L’arrière-arrière-grand-mère de Jean-Claude Casadesus, Francesca, fut comédienne.  Son arrière-grand-père Luis fut chef  d’orchestre de café-concert  et auteur d’une méthode d’enseignement de la guitare. Son grand-père Henri fut compositeur et violoniste, fondateur de l’orchestre baroque dont  Camille Saint-Saëns fut le président d’honneur. Sa mère Gisèle (1914-2017) fut une comédienne de théâtre et sociétaire  de la Comédie-Française. 

La musique dans les veines, Jean-Claude Casadesus se confronte de par sa profession aux œuvres des plus grands compositeurs et grandes compositrices. Il nous explique sa vision et son approche de la musique :

La musique, c'est la traduction la plus poétique de la vie, de ses joies, de ses souffrances, de ses voluptés. Il faut essayer de comprendre les styles. Le style, c'est l'identification. 

Avec la liberté, vous sortez les notes de leur univers carcéral car les notes sont en prison dans des barres de mesure. Comme Debussy dans Pelléas ou Prélude à l'après midi d'un faune, qui est la première œuvre qui fait passer Debussy dans le panthéon des grands créateurs modernes et qui est une source d'inspiration extraordinaire, il faut arriver à être fluide. Transmettre la pulsation, y compris dans les silences qui doivent être habités. Il faut que la musique groove. Beethoven, c'est pour moi le premier rocker du 19ème siècle. 

Quelquefois, on reste à la surface. Si vous voulez, on va au bout, on bat bien la mesure, on a un bon rapport avec les musiciens, mais il faut aller dans la métaphysique, c'est à dire l'au-delà du réel. Et là, ça prend du temps, beaucoup de modestie, de réflexion. Il faut essayer d'être digne des chefs d'œuvre qu'on fréquente. On a la chance inouïe et la responsabilité d'être confrontés à des textes transcendants. 

Son actualité : À l’occasion des retrouvailles de Jean-Claude Casadesus avec l’Orchestre National de Lille, le label Evidence fait paraître cet enregistrement inédit du Chant de la Terre (Das Lied von der Erde) de Gustav Mahler. Capté dans le cadre du festival de Saint-Denis en juin 2008 avec Violeta Urmana et Clifton Forbis, ce disque réaffirme la force unique des enregistrements live, dont la spontanéité à fleur de peau sied à merveille à ce monument mahlérien.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Marcel Quillevere reçoit Gisèle Casadesus dans l'émission Les traverses du temps sur France Musique, enregistrée le vendredi 30/12/2011.
  • Wagner :Lohengrin, Prélude de l’acte III, dirigé par George Sebastian.
  • Début du livre de Stefan Zweig, “Le monde d’hier”, interprété par Jérôme Kircher pour France Culture au Festival d’Avignon 2016.
  • Chant de la Terre (Das Lied von der Erde) de Gustav Mahler dirigé par Jean-Claude Casadesus, plage 3 “Von der Jugend”.

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