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Judith Chemla

Judith Chemla : "Le jeu est pour moi une enfance retrouvée"

55 min
À retrouver dans l'émission

Judith Chemla est à l’affiche du film "A Cœur battant" de Keren Ben Rafael dans lequel elle tient le premier rôle. L’occasion de faire un retour sur l’imaginaire et le processus créatif de l’actrice, comédienne mais aussi chanteuse, au micro d’Arnaud Laporte.

Judith Chemla
Judith Chemla Crédits : Stephane Cardinale - Corbis

Judith Chemla tient le premier rôle dans A Cœur battant, le deuxième long-métrage de la réalisatrice Keren Ben Rafael. Elle y campe Julie, une jeune femme qui réside à Paris tandis que Yuval, son compagnon interprété par Arieh Worthalter, vit à Tel Aviv. Parents en plus d’amants, tous deux sont mis à l’épreuve de la communication virtuelle. A l'heure de la génération Y, on découvre les méandres de la relation à distance, tout en champ contrechamp, par écrans interposés. Entre le drame et la romance, ce film interroge la notion de présence. Il est le lauréat du Grand Prix du Jury au 19e Festival Cinéma Méditerranéen. 

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De la musique au théâtre

Issue d’une « dynastie d’artistes contrariés » selon ses mots, Judith Chemla a commencé le piano à 5 ans et pratique le violon dès sa septième année. A cet âge, elle voit son prof de français bouger les tables et les chaises de la salle de classe pour créer un espace de jeu. Advient pour elle « la révélation de la liberté ». 

On pousse les tables et là, on perd tous les repères. Le jeu est pour moi une enfance retrouvée. De se retrouver dans une sorte d'arène et de liberté, de gouffre, où on invente quelque chose comme ça, sur le moment. Et ça, c'est les sensations les plus belles que j'ai eu.

Un stage de théâtre en Bourgogne confirme son intérêt pour le théâtre : à 17 ans, elle découvre sa voix. Elle écoute de l’opéra, imite et reproduit, et commence à travailler avec un professeur, puis dans des conservatoires de banlieue. Elle entre au CNSAD puis intègre, en 2007, la Comédie Française suite à sa rencontre avec Muriel Mayette-Holtz, alors administratrice générale du Français, qui la recrute pour jouer Célimène dans Le Misanthrope de Molière. Au Français, elle joue 5 rôle et raccroche au bout d’un an et demi car elle veut se risquer, bouger les lignes des disciplines.   

J'ai le sentiment que ça a été très dense et que je n'ai pas arrêté de me nourrir, d'apprendre, d'aller vite, de foncer, de rencontrer plein de gens, d'être passionné par toutes ces rencontres, par tous ces chemins que j'ai pris. J'ai pris le torrent de la vie et ça m'a fait grandir et changer aussi. Au début, j'ai voulu faire du théâtre et la sensation que j'avais, c'était la liberté, puis l'exploration, l'exubérance totale. C'est ça, la folie du jeu. Sortir de soi-même, avoir l'impression qu'on peut tout explorer, tout jouer. J'ai une sorte d'arrogance comme ça, à croire que je pouvais absolument tout faire et j'avais envie de composer.

Une carrière double

A sa sortie de la Comédie Française, la rencontre avec Olivier Mantei, alors co-directeur des Bouffes du Nord, est déterminante. Il l’avait repéré au Français dans La Grande Magie et la recrute pour monter (avec James Thierrée, qui fut son compagnon) et jouer Tue-Tête, « un solo aux confins du cirque et du cabaret. » Du Théâtre des Bouffes du Nord, elle dit qu’il est son « bon endroit », son théâtre de prédilection.  Elle tient le premier rôle dans Le Crocodile trompeur (d’après Didon et Ennée de Purcell - elle joue Didon) qui obtient le Molière du meilleur spectacle musical en 2013.  Elle mène de front deux carrières : le chant et la comédie, qu’elle fait donc souvent s’intriquer comme dans Traviata, qu’elle a co-conçu avec Benjamin Lazar et Florent Hubert en 2016 aux Bouffes, un spectacle qui semble réunir toutes ses aspirations, et qui fait alors beaucoup parler de lui.  Au cinéma et à la télévision, Camille redouble de Lvovsky (2012) (avec qui elle avait déjà travaillé en 2007) et Engrenages la font connaitre du grand public. Une Vie, de Stéphane Brizé (2016), serait l’un de ses premiers grands rôles.

Toutes ces œuvres sont ponctuées de rencontres, notamment avec Emmanuel Meirieu qui l'a fait jouer dans De beaux lendemains aux Nuits de Fourvière en 2010 puis au Théâtre des Bouffes du Nord l'année suivante. Judith Chemla nous raconte cette rencontre décisive pour son jeu d'actrice ...

Il est vraiment entré dans ma cuisine d'actrice. Je pense que grâce à lui, j'ai compris des choses sur ce que c'était de se laisser faire par un texte, de laisser œuvrer la pensée de l'auteur, de laisser œuvrer les courants profonds qui traversent un auteur quand il écrit, ce qui le meut, et de le laisser affleurer sans juger et sans être malin avec un texte et de tout contrôler. Finalement, de ne plus rien laisser passer que "regardez-moi". Il m'a appris à arrêter de me surveiller, de me regarder faire. Donc, il m'a appris à m'absenter. Maintenant, je vois que c'est une belle chose d'être transparent parce qu'on n'a pas besoin, on est vivant, on est qui on est. C'est bien plus large qui on est que ce qu'on veut bien s'en figurer soi-même. Les idées qu'on a sur soi sont toujours plus réductrices que ce qu'on est. C'est très mystérieux.  

L'artiste ne cesse d'engager de nouveaux projets, elle nous en dit plus sur celui qui l'anime actuellement ...

Là, ce qui me m'intéresse beaucoup, c'est d'écrire, c'est d'imaginer. C'est vraiment l'endroit que j'ai envie d'explorer et qui me passionne vraiment, qui me met dans une joie incroyable d'imaginer, de sentir qu'on découvre des choses. C'est l'écriture comme Marguerite Duras en parle : comme un plongeon, on ne sait pas ce qui va sortir. On se permet d'oser et puis, en faisant, on découvre de quoi on veut parler. 

Son actualité : Cinéma: A Cœur battant, de Keren Ben Rafael, avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky, en salles le 30 septembre 2020.

Présentation : Julie et Yuval s’aiment et vivent à Paris. Du jour au lendemain, ce couple fusionnel doit faire face à une séparation   forcée.   Lui   à   Tel   Aviv,   dans   sa   ville natale,  elle  à  Paris  avec  leur  bébé,  ils  continuent  à vivre  ensemble  mais  par  écrans  interposés.  Cette vie  par  procuration va vite connaître ses limites.  La distance mettra leur amour à rude épreuve... 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Extrait de "L’annonce faite à Marie" de Claudel, Mise en scène Yves Beaunesne, avec Judith Chemla, Comédie Poitou-Charentes, 2014. 
  • Extrait de "De beaux lendemains" d'après le roman de Russell Banks, mise en scène Emmanuel Meirieu, aec Judith Chemla, Nuits de Fourvière, 2010. 
  • Peter Brook, Documentaire INA, 28 février 1995.
  • Nino Ferrer chante un extrait de "La rua Madureira" en s'accompagnant à la guitare, Samedi et Compagnie : émission du 3 janvier 1970 depuis "Le bal de la marine" à Paris. 

Générique de l’émission : Succession, Season 1 (HBO Original Series Soundtrack) de Nicholas Britel.

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