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Julie Deliquet

Julie Deliquet : " Chaque spectacle est l'embryon de celui qui vient "

55 min
À retrouver dans l'émission

Julie Deliquet, metteuse en scène et directrice du Théâtre Gérard Philipe, est au micro d’Arnaud Laporte. Elle nous en dit plus sur le collectif In Vivo, sur l’écriture de plateau dont elle est l’ambassadrice, mais aussi sur le dialogue entre théâtre et cinéma qui est au cœur de son art.

Julie Deliquet
Julie Deliquet Crédits : Joël SAGET - AFP

Après Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman avec les comédiens du Français en 2019, puis Une conte de Noël d'Arnaud Desplechin avec le collectif In Vitro en 2020, la metteuse en scène Julie Deliquet poursuit son dialogue entre cinéma et théâtre avec Huit heures ne font pas un jour. Adapté du feuilleton télévisé réalisé par le cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder en 1972, ce spectacle a une couleur nettement plus sociale que ses précédents, ce qui n’est pas sans lien avec sa récente prise de fonction en tant que directrice du Théâtre Gérard Philipe. On y retrouve la thématique de la famille, très présente dans l'œuvre de Deliquet, à travers l'histoire du quotidien d'une famille ouvrière. Une comédie cocasse et utopique à la fois, mais surtout un vibrant hommage à la solidarité intergénérationnelle. 

Faire famille

Comédienne dès les bancs de l’école primaire, Julie Deliquet développe toutefois son goût pour la mise en scène grâce à la section cinéma qu’elle intègre au lycée à Lunel.

Le théâtre m'a donné l'amour des acteurs et le cinéma m'a donné l'éveil à la mise en scène. 

Après le conservatoire de Montpellier, la jeune théâtreuse s’initie aux joies du travail collectif, d’abord à l’école du Studio Théâtre d’Asnières, puis à l’Ecole internationale de théâtre de Jacques Lecoq. La question du faire-ensemble la travaille déjà.

.J’ai un amour de l'école en général, l'école publique et puis les écoles de théâtre

En 2009, Julie Deliquet fonde avec quelques amis In Vitro, un collectif qui renouvelle l’approche du théâtre vivant. A rebours des procédés traditionnels, la compagnie investit beaucoup dans l’improvisation et la créativité de l’acteur qui est placé au même niveau que l’auteur ou le metteur en scène. L’objectif est autant de sortir du circuit de dépenses pharamineux, de lutter contre la dictature des metteurs en scènes, que de défendre un théâtre en ébullition permanente, où rien ne se fige jamais. Au cours de l'entretien, elle revient sur ses intentions lors de la création du collectif : 

Quand j'ai créé In vitro, c'était vraiment dans la nostalgie de ce qu'on avait vécu en tant que promotion dans les écoles. Je n'ai jamais imaginé faire ce métier toute seule, en dehors des bandes. 

J'avais plutôt un désir de réunion et de recherche, de répétition. De se dire que si ça devait donner une forme et si cette recherche-là pouvait perdurer dans un objet de représentation, tant mieux et qu'on allait tenter le coup. 

Dans la carrière de Julie Deliquet, le collectif est autant un mode opératoire qu’un motif narratif. Le triptyque Des années 70 à nos jours…, composé de Derniers remords avant l'oubli de Jean-Luc Lagarce en 2009 (prix du public du Concours des jeunes metteurs en scène du Théâtre 13), La Noce de Brecht en 2011 et Nous sommes seuls maintenant en 2013,  creusait longuement le thème générationnel de l’héritage de mai 68 et la chute des utopies. 

La notion d'héritage m'a questionné aussi un notre endroit. C'est à dire comment on s'est constitué nous, en collectif dans notre présent théâtral, et comment on a été acteurs aussi d'un changement du paysage théâtral français.

Avec Vania puis Mélancolie(s), la metteuse en scène a ensuite exploré la place de la famille dans les pièces du dramaturge Anton Tchekhov.

Le théâtre, nu 

L’une des singularités du processus créatif de Julie Deliquet et du collectif In Vivo réside dans leur pratique de l’écriture de plateau. Ni le texte, ni le jeu ne sont fixés et couchés sur le papier. Peu adepte des répétitions à la table, la metteuse en scène préfère partir du réel pour tendre vers la fiction, c’est-à-dire s’éloigner du texte pour mieux y revenir. Elle résume sa méthode en ces termes : 

Créer une expérience pour mieux retrouver la matrice originelle qu'on connaît tous, mais la redécouvrir ou la retraverser toujours de manière ludique, de façon un peu exceptionnelle. 

A chaque spectacle, Julie Deliquet met sa méthode empirique à l’épreuve de ses comédiens.  Pour Nous sommes seuls maintenant par exemple, la troupe d’In Vivo a passé une journée à la ferme. Pour Vania et Fanny et Alexandre, la metteuse en scène a demandé à l’illustre troupe de la Comédie Française de réaliser des petits films par deux pour traquer leur texte dans la vie réelle. Julie Deliquet travaille ensuite le texte à la matière du montage cinématographique, c’est-à-dire qu’elle le fragmente et le remonte à la façon d’un puzzle. En résulte un théâtre à l'os, nu, où tout est vital et parvient à donner le sentiment de la vie. Le « ici et maintenant » est son seul temps de narration. 

Je cherche toujours à peu près la même chose. Je change mes supports, mais il y a cette idée du faire ensemble. Ce qui est fou dans un groupe, c'est qu'on se dit que tout le monde n’est jamais fatigué au même moment. Donc, il y a une notion d'infini, une notion de métamorphose et de mutation permanente. Mais il y a aussi une notion d'emmerdes permanente parce que c'est un groupe. Il faut en accepter aussi la complexité et en prendre soin. 

En mars 2020, Julie Deliquet a été nommée directrice du Théâtre Gérard-Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, qu’elle connaît bien car elle y a été artiste associée partir de 2014. Avec son collectif In Vitro qu’elle associe, elle œuvre à transformer cette maison en en véritable ruche avec, au centre, la problématique du lien social.

J'ai eu la sensation de vivre quelque chose d'extrêmement accéléré. C’était une période qui a été difficile, mais aussi fertile à des endroits de remise en question collective et de lien avec les gens du théâtre. 

Son actualité : 

  • Huit heures ne font pas un jour – CRÉATION, de Rainer Werner Fassbinder, mise en scène Julie Deliquet. Du 29 septembre au 17 octobre au Théâtre Gérard Philipe. Tournée :

Du 5 au 7 janvier 2022, Domaine d’O, Montpellier
Le 14 janvier, Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge
Du 19 au 23 janvier, Théâtre des Célestins, Lyon
Du 2 au 4 février, MC2 : Grenoble, scène nationale
Les 9 et 10 février, La Coursive, scène nationale de La Rochelle
Du 16 au 18 février, ThéâtredelaCité, centre dramatique national, Toulouse
Les 24 et 25 février, Comédie de Colmar, centre dramatique national Grand Est Alsace
Les 4 et 5 mars, Châteauvallon – Le Liberté, scène nationale, Toulon
Du 10 au 12 mars, Théâtre Joliette, scène conventionnée, Marseille
Les 17 et 18 mars, Théâtre de l’Union, centre dramatique national, Limoges
Du 23 au 25 mars, Comédie, centre dramatique national, Reims
Les 6 et 7 avril, Comédie de Caen, centre dramatique national de Normandie

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Hélène Cixous dans les Nuits magnétiques, sur France Culture, en 1998, raconte l’expérience de l’accueil de réfugiés en 1996 à la Cartoucherie et comment cela a donné naissance à la pièce “Et soudain des nuits d’éveil” mise en scène par Ariane Mnouchkine.
  • “Talkin' bout a revolution” de Tracy Chapman sur l'album “Tracy Chapman” (1988) @WEA International.
  • Laurent Stocker, au micro de Katleen Evin dans l'émission "L'humeur vagabonde" sur France Inter, en mars 2019.
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