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Kaori Ito

Kaori Ito : "La danse est un mantra pour réparer les vivants"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de son nouveau spectacle « Le Tambour de Soie - Un No moderne » présenté dans le cadre d’ « Une Semaine d’art en Avignon », retour sur le processus créatif et l’imaginaire de la danseuse et chorégraphe Kaori Ito au micro de Lucile Commeaux

Kaori Ito
Kaori Ito Crédits : Gregory Batardon
Kaori Ito, spectacle "Le Tambour de Soie - Un No moderne"
Kaori Ito, spectacle "Le Tambour de Soie - Un No moderne" Crédits : Christophe Raynaud

Ascension d'une danseuse

Kaori Ito se forme au ballet classique dès l’âge de 5 ans à Tokyo puis au contemporain à Londres. Départ New-York en 2000 : elle intègre la section danse de l’Université Purchase et y étudie les techniques de Graham, Cunningham, Limon et Horton. Elle étudie ensuite à l’Alvin Ailey Dance Theater et signe son premier contrat avec Philippe Decouflé pour le spectacle Iris créé à Yokohama au Japon où elle tient le premier rôle. La danseuse s’installe alors en France, danse avec Angelin Preljocaj, James Thierrée, Sidi Larbi Cherkaoui, Guy Cassiers, et a collaboré au théâtre avec Edouard Baer et Denis Podalydès. Depuis 2008, elle chorégraphie ses propres spectacles. Dans son travail, Kaori Ito a souvent tordu le cou au fantasme dans lequel on a pu la projeter - beaucoup d’artistes masculins, notamment : un corps féminin exotique venu d’Asie, “contorsionnable” à l’envie. Tiraillée entre les fantasmes des autres et ses projections personnelles, elle a beaucoup travaillé la figure de la poupée et la notion d’objet sexuel, en souvenir aussi de son expérience de vendeuse de vidéos pornographiques, notamment dans les pièces Solos (2009), Asobi (2013) et Kaoriptease (2019). En 2014, Aurélien Bory créé pour elle le solo Plexus au Théâtre des Abbesse à Paris, qu’elle co-écrit et qui agit comme un portrait en creux de la danseuse. 

L’artiste a créé un spectacle qui s'appelle « Je danse parce que je me méfie des mots ». Une expérience familiale singulière car Kaori Ito y danse avec son père avec lequel elle n’avait pas parlé depuis des années. Elle nous raconte comment le contact s’est établit : 

Les mots sont injustes pour exprimer l'état de corps et l'état d'émotion. Je voulais qu'on danse ensemble pour se répondre et que j'ai une réponse par la danse sur scène. On a beaucoup travaillé à se regarder déjà parce qu’au Japon, on ne se regarde pas, on ne se touche pas. Alors le fait de se toucher et de danser ensemble, c'était très fort pour moi. 

Entre tradition et subversion

Kaori Ito a à cœur la relation à ses ancêtres, une tradition japonaise qui lui manque en France. La transmission est d’ailleurs au coeur du Tambour de Soie - Un No moderne. Pour Chers, en tournée française depuis le 2 octobre, elle a récolté, par l’entremise de Wajdi Mouawad et du Théâtre de la Colline, les confidences faites par des anonymes à leurs défunts, qui forment la bande-son du spectacle pour six interprètes sur le thème des fantômes. Cette fois, c’est la danse buto (courant apparu dans les années 60 au Japon), qui irrigue la pièce. Si cette forme de danse l’ennuyait pendant son adolescence, l’invisible sondé par le no et le buto semble l’intéresser beaucoup plus à présent. Les thèmes de la filiation et de la transmission sont également au cœur de ses œuvres. En 2015, Kaori Ito a fondé sa compagnie, “Himé”. Son œuvre semble à présent tendue entre deux pôles : l’imaginaire de la poupée, de l’objet sexuel, les fantasmes et l’âme, la transmission, l’invisible, ou encore les fantômes.

J'ai grandi avec les fantômes. Quand on était petit avec mon frère, mon père nous lisait des histoires d'horreur avant d'aller dormir. Tous les contes pour les enfants au Japon sont très liés aux fantômes. Il y a beaucoup de sortes de fantômes. Il y en a qui sont drôles. Par exemple, chez moi, il y avait une tache sur le mur et on disait que c'était un fantôme qui avait dû lécher pour nettoyer mais qu’il avait fait des taches. Ce sont des traces qu'on partage, entre tout ce que les fantômes nous laissent comme signal d'existence de leur part et comment on peut intégrer ça dans notre vie quotidienne. 

Je ne crois pas à ce que je vois. Je crois plus à ce que je ne vois pas et la danse en fait partie. Quand on danse, il y a un trait d'énergie qui sort, qui vient vers votre cœur. Tout ce qui ne se voit pas, c'est beaucoup plus juste. 

Son actualité :  Spectacle « Le Tambour de Soie - Un No moderne » présenté dans le cadre d’ « Une Semaine d’art en Avignon », conçu avec l’acteur, metteur en scène et écrivain japonais Yoshi Oïda, actuellement en tournée. Le spectacle se jouera les 23, 24, 25 et 26 octobre à la Chapelle des Pénitents blancs.

Présentation : "Si tu arrives à faire sonner mon tambour, je serai à toi », dit la jeune femme au vieil homme. Mais la peau du tambour est en soie, et l’instrument reste muet. L’homme désespère et se transforme en fantôme ensanglanté. Dans le Nô originel, cette femme est une princesse, et l’homme, le jardinier du palais. Ici, une danseuse répète une scène de folie, issue du répertoire traditionnel japonais. Le grand écrivain Jean-Claude Carrière s’inspire de la version signée Yukio Mishima pour la danseuse Kaori Ito et Yoshi Oïda, acteur mythique de Peter Brook. En scène avec eux, Matoko Yabuki, créateur musical et ancien membre de la célèbre troupe japonaise de la Tente Noire. Il fera bel et bien sonner son tambour, accompagnant beauté, désir, tragédie et suspense." Théâtre de la Ville de Paris

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