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Kelly Reichardt

Kelly Reichardt : "Le silence, on le crée après"

55 min
À retrouver dans l'émission

Reine de la scène indépendante américaine, la cinéaste défricheuse Kelly Reichardt est au micro d’Arnaud Laporte le temps d’un entretien au long cours. Elle revient sur le lien étroit entre son cinéma et les grands espaces et nous embarque dans les coulisses de son œuvre cousue main.

Kelly Reichardt
Kelly Reichardt Crédits : Jeff Vespa - Getty

Avec seulement sept films à son compteur, Kelly Reichardt a su s’imposer comme une figure majeure de la scène indépendante du cinéma américain. Son dernier opus, First Cow, débarque enfin en salles après avoir vu sa sortie sabrée par la crise sanitaire. Cette adaptation du roman The Half-Life (2004) de son fidèle collaborateur Jonathan Raymond raconte l’amitié entre un cuisinier censé nourrir les trappeurs et un ouvrier itinérant qui cherche à survivre, le tout au temps des pionniers, dans l’Oregon du début du XIXème siècle encore indéfriché. Un anti-western comme elle sait si bien le faire qui troque les cow-boys et les chevaux contre la lutte des classes, une interrogation sur les Etats-Unis d’aujourd’hui, ainsi qu’un renouvellement du regard sur la masculinité. 

De quoi nous donner envie de redécouvrir ses films au Centre Pompidou qui lui consacre une rétrospective “Kelly Reichardt : l’Amérique retraversée” du 14 au 24 octobre, mais aussi de retracer avec elle, au micro d’Arnaud Laporte, son itinéraire d’artiste à la marge. 

Géographie d’une œuvre 

Pour Kelly Reichardt, la première porte d’entrée dans les images fut la photographie, bien avant le cinéma. A Miami en Floride, elle grandit entourée de sa mère qui travaille aux stups en tant qu’agent double ainsi que de son père, détective et technicien sur les scènes de crime. C’est lui qui lui offre un Pentax K1000, son premier appareil avec elle s’exerce à la photographie sur la plages de Miami Beach. 

J'aimais entrer dans la chambre noire. C'était un très bon entraînement, une formation, et quelque chose pour m'occuper. Mon père ne parlait pas de la photo lui, parce qu'il travaillait auprès de la police. Ce n'était pas un artiste. Mais effectivement, regarder à travers un cadre dès le départ, c'est vraiment quelque chose qui m'a porté vers l'image animée. 

A Boston pour ses études à l’école du Musée des beaux-arts, elle suit des cours du soir de cinéma à l’université de Mass Art, tourne des clips en super-8 et découvre les œuvres si singulières de cinéastes tels que Jim Jarmusch et Chantal Akerman. 

J'étais à l'école d'art quand j'ai vu "Stranger Than Paradise" de Jarmusch. Je ne suis pas la seule jeune personne qui a eu comme impression qu'une porte s'ouvrait et qu'il était possible de faire des choses. Ce fut un film qui a changé notre vie. 

A New York enfin, elle assiste Hal Hartley et collabore à la réalisation du film Poison de Todd Haynes qui devient un ami, un père spirituel autant qu’un soutien tout au long de sa carrière à la marge du système. Elle raconte comment cela a commencé : 

J'avais envie de travailler avec Todd Haynes qui est un vrai artiste. J'adorais ses films et "Poison" était un film important à l'époque. Je me suis occupé des accessoires, j'avais simplement envie d'être là. Et maintenant, ça fait vingt ans qu'on partage nos idées sur le travail, qu'on échange nos scénarios. C'est une conversation sur l'art et le cinéma qui n'en finit pas. 

Elle a depuis ses débuts signé sept films comme autant de ramifications d’une même œuvre contemplative et engagée à la fois. La réalisatrice enseigne également en parallèle de ses films, elle nous en dit plus à ce sujet : 

Tenter d'apprendre comment enseigner c'était un peu comme faire du cinéma. C'est l'expérience qui fait que vous progressez. Les deux activités se nourrissent constamment l'une l'autre, comme une conversation sur le cinéma avec des gens qui regardent les choses avec des regards différents du vôtre.

Ça m'inspire beaucoup quand je vois mes étudiantes que personne ne pourra jamais arrêter.

Visage/Paysage

Depuis River of Grass en 1994, le travail de Kelly Reichardt s’est affirmé de films en films comme une exploration sensible du territoire américain qu’elle a écumé de fond en comble. Entre tous, l’état de l’Oregon est sa terre de cinéma. Les films Old Joy (2006), méditation à la fois bucolique et insolente sur les deux visages de l’Amérique, et le thriller politique et écologiste Night Moves (2013), ont pris ses montagnes pour théâtre. 

Parfois, le design sonore arrive quand je suis en train de faire des repérages. On entend les bruits du lieu et on veut intégrer ça au film.

En écho à sa propre fuite hors des circuits cinématographiques traditionnels, la réalisatrice s’attache dans presque tous ses films à mettre en scène les errances solitaires de personnages déserteurs, en cavale, sur la route, ou simplement exclus du système. Dans Wendy et Lucy (2008), Meek’s Cutoff (2010), ou encore Certain Women (2016), Kelly Reichardt interroge la manière qu’ont les laissés pour compte, particulièrement les femmes, d’habiter l’Amérique triomphante vantée par les mythes fondateurs, et contemple ainsi l’épuisement de ces récits. 

Une œuvre minimaliste

Kelly Reichardt est souvent présentée comme l’une des dernières grandes figures du cinéma indépendant américain. La radicalité de son expression la situe à la lisière de l’industrie cinématographique et hors des grands circuits de distribution. A la surcharge narrative, aux aventures épiques et aux intrigues à multiple rebondissements, elle préfère une mise en scène minimaliste et fidèle au quotidien. Cette sobriété vaut également pour la fabrication de ses œuvres, tournées à la pellicule et empreintes d’une économie de moyen.

Le cinéma de Kelly Reichardt se place également dans la continuité du cinéma contre-culturel des années 1970 car il déploie une histoire critique des Etats-Unis. Ses œuvres mettent en visibilité l’envers des grandes mythologies américaines et questionnent leurs mémoires et leur survivances. Ses anti-western sont notamment traversés et travaillés par la question amérindienne comme en témoigne son dernier opus First Cow

Ses actualités  : 

  • Film : “First Cow” en salles le 20 octobre.
  • Rétrospective “Kelly Reichardt : l’Amérique retraversée” du 14 au 24 octobre au Centre Pompidou à Paris.

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Générique du film “The unbelievable truth” d'Hal Hartley, par Jim Coleman.
  • Bande annonce de "The River of Grass" de Kelly Reichardt.
  • “The dragon song” de Bonnie Prince Billy.
  • Bande annonce de "First Cow" de Kelly Reichardt
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