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La Ribot : "Je ne vois pas les limites entre les choses"

39 min
À retrouver dans l'émission

En septembre 2020, La Ribot, danseuse et chorégraphe, revenait sur son parcours et ses inspirations à l'occasion de son passage à Paris où elle reprenait pour quelques dates "Gustavia", un spectacle co-écrit et co-interprété avec Mathilde Monnier, sa complice au long cours.

La Ribot
La Ribot Crédits : BAK Gregory Batardon

Douze ans après la création et la première tournée du spectacle en 2008, La Ribot et Mathilde Monnier sonnent le grand retour de Gustavia au Carreau du Temple le 23 et 24 septembre. Après avoir collaboré entre temps sur Please, Please, Please en 2019, les fausses jumelles juchées sur leurs talons hauts nous emportent à nouveau dans leur danse à la fois burlesque et sculpturale.   Un duo audacieux qui explore la représentation du féminin et n’hésite pas à puiser chez Peter Sellers, Tati ou les Marx Brothers tout en rendant hommage au metteur en scène Tadeusz Kantor. Passant du rire aux larmes si ce n’est l’inverse, les corps des spectateurs sont eux aussi mis en mouvement. Elle nous en dis plus à propos du spectacle: 

Il y a quand même des bases claires mais c'est de l'improvisation. Disons que nous avons 5000 femmes dans la tête qui sont organisées par thèmes : les corps, le théâtre, le politique, le social… Dès fois, c'est brutalement difficile et brutalement drôle .

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De quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, d’où vient sa vocation, qu’elles sont ses inspirations et ses méthodes de travail ? Tentative d'approche du processus créatif de Maria Ribot…

De Maria Ribot à La Ribot...

Danseuse, chorégraphe, vidéaste et artiste visuelle renommée qui vit à Genève et se produit à l’international, Maria Ribot est née dans le Madrid du début des années 1960. Dès l’âge de treize ans, elle se forme à la danse classique à Madrid puis se tourne vers la performance et la danse contemporaine au milieu des années 1980. Elle va d’abord à Cannes auprès de Rosella Hightower puis s’envole pour l’Allemagne puis New York. De retour à Madrid, Maria Ribot créé sa première pièce en 1985 intitulée Carita de ángel. L’année suivante, elle fonde le groupe Bocanada Danza avec Blanca Calvo qui est dissout en 1989. Au début des années 90, chorégraphie son premier solo intitulé  Socorro ! Gloria ! qui prends la forme d’une sorte de spectacle de cabaret humoristique : La Ribot est née. 

Tout me mets au travail et je ne vois pas les limites entre les choses. S’il faut prendre une caméra, je comprends très bien, s'il faut couper un truc, je le coupe ... Je ne dis pas que je peux tout faire, je dis juste qu’à ma mesure j'arrive à trouver les choses et faire qu’elles prennent leurs sens et leurs formes.

L'artiste s'est également emparée de l'outil caméra pour Corps-opérateur, Œuvres vidéo (2003-2014) : 

Les  corps-opérateur , c'est cette espèce de façon de voir le monde à travers ces caméras qui sont tellement près du corps, le plus près possible de la danse et le plus près possible à l'expérience de danser et de voir danser.

Une artiste à distinguer

C’est entre 1993 et 1994 qu’elle débute son spectacle et performance emblématique intitulé Pièces distinguées construit sous la forme de vignettes où elle parodie deux stéréotypes féminins, la femme nerveuse et la strip-teaseuse, à l’aide d’accessoires, de costumes et de mouvements connotés. Elle donne ce spectacle en solo dans des théâtres comme des galeries d’art. Se sentant restreinte dans sa création, notamment faute de financement, dans l’Espagne des années 90, elle part vivre à Londres où elle découvre le Live Art. Elle entame là-bas la suite des Pièces distinguées intitulée Más distinguadas. Elle fait de son corps, souvent nu, un véritable objet d’art qu’elle expose et qu’elle vend. En 2000, Still distinguished, sa troisième série de spectacles, est présentée dans des galeries et des théâtres renommés. En 2003, elle conçoit Panoramix, un spectacle qui rassemble et réorganise les trente-quatre Pièces distinguées élaborées précédemment. Le cycle s’est achevé, pour l’instant, avec PARAdistinguadas, un nouvel ensemble de pièces pour cinq danseurs – dont Marie-Caroline Hominal, honorée par les Prix suisses de danse. 

C'est un projet énorme que je voulais faire depuis 1993. Je voulais accumuler une série de pièces, comme des spectacles. Je crois profondément que j'ai vécu dans un pays où il n'y a pas de continuité pour les projets et les idées. En Espagne, on ne peut pas continuer l'échange, il y a toujours un fracas, quelque chose qui se casse. Je crois que ces projets ont été une espèce de volonté de continuer de me projeter. Finalement, c'est le projet qui soutient presque tout l'ensemble de beaucoup de mes travaux. Ca fait maintenant 28 ans, donc c'est un projet très lent et vaste. Il y a beaucoup des ramifications qui appartiennent au monde de la pièce distinguée.

  • Son actualité : Spectacle : Gustavia de et avec La Ribot et Mathilde Monnier les 23 et 24 septembre au Carreau du Temple

Présentation : Avec la fraîcheur d’une jubilation à jouer ensemble proprement contagieuse et la maturité de leur inébranlable exigence, les deux figures de proue de la danse nous emmènent au coeur du dédoublement de personnalité de Gustavia, qui régit les modulations des relations entre les deux protagonistes, tour à tour duo, jumelles, doubles ou divas en compétition. Ce coeur est un non-lieu lugubre et fou, dangereux, dont surgit une critique féministe aiguë des impératifs dictés aux femmes pour « jouer » leur genre de façon satisfaisante – dans la vie quotidienne comme dans la création -, avec un bouquet de requêtes incessantes, normatives, souvent grotesques, parfois contradictoires, voire tout simplement impossibles à réaliser. -Le Carreau du Temple -

A propos de la genèse de l'œuvre, elle raconte :

A un moment donné, on a improvisé l'une pour l'autre. C'était l'exercice le plus sublime et fantastique que j'ai fait de ma vie. C'est à dire qu'une arrivait avec une idée et improvisait pour l'autre. L'exercice était par exemple de la parodier en faisant exactement ce qu'elle avait fait. On a passé des heures et des heures à improviser pour créer un matériau richissime qui nous a énormément nourris. Au bout d'un mois ou presque, on s'est dit que tout ça était partagé et n'appartenait pas à l'une ou à l'autre. A partir de là, on a commencé à doubler, c'est à dire à nous dédoubler. On a dédoublé les matériaux qu'on avait cherché et trouvé, puis on a chacune interprété ces matériaux comme on l'a voulu. C'est ça Gustavia : une femme avec deux têtes, quatre jambes et huit bras ou seize parce que Mathilde, elle, bouge tellement vite que ça paraît être beaucoup plus.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Extrait du Sacre du printemps de Pina Bausch au Palais Garnier en 2017, sur la chaine YT de l’ Opéra national de Paris.
  • "Eco", poème de Joan Brossa dit par Nùria Candela.
  • Extrait de Tadeus Kantor au Journal de 20h d’ Antenne 2, le 07 novembre 1982.
  • Gustavia, extrait mis en ligne sur la chaine YT du CCN montpellier, réalisation : Luc Peter.

Rediffusion de l'entretien du 22 septembre 2020

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