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Lars Eidinger

Lars Eidinger : "Je ne crois pas à l'utopie du quatrième mur"

56 min
À retrouver dans l'émission

Instinctif, puissant et insaisissable, Lars Eidinger est ce qu’on peut appeler une bête de scène. Enfant de la Schaubühne, il est l’acteur de référence de la nouvelle génération berlinoise, au théâtre comme au cinéma. Au micro d’Arnaud Laporte, il nous entraîne dans les coulisses de son art.

Lars Eidinger
Lars Eidinger Crédits : Picture alliance - Getty

De spectacles en film et de film en spectacle, Lars Eidinger cultive son côté imprévisible et conjugue l'art au présent. Acteur shakespearien par excellence, il a marqué les esprits au théâtre par ses grands rôles avec la Schaubühne, notamment Hamlet et Richard III, mais aussi au cinéma. A l’affiche de Petite Sœur de Véronique Reymond et Stéphanie Chuat, on le retrouve sous les traits de Sven, un acteur vedette du théâtre Schaubühne de Berlin lui aussi et jumeau d’une dramaturge allemande jouée par Nina Hoss, qui tombe malade et voit sa sœur remuer ciel et terre pour sauver sa carrière. Un rôle à sa démesure donc, tout en jeux de miroir, qui nous donne l’occasion d’explorer en sa présence sa carrière et ses imaginaires. 

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Le colosse de Berlin

Lars Eidinger le dit, il a toujours eu un don pour le faire le clown. Après avoir fréquenté les bancs de l’Académie des arts dramatiques Emst-Busch, une prestigieuse école héritière de la tradition estallemande, et fait ses premiers pas sur les planches du Deutsches Theater, il réussit à intégrer la Schaubühne. Il nous raconte son audition de fin d'étude qui l'a propulsé :

Toutes les personnes importantes de l'Allemagne étaient là. Je me suis assis sur scène et pendant cinq minutes, je n'ai rien dit. Bien sûr, j'avais le monologue en tête et pendant ce temps-là, je suçais un bonbon. Tout le monde m'avait dit "Ne le fais pas, ils ne sont quand même pas venus de toute l'Allemagne pour te regarder sucer un bonbon". Je suis rentré à la maison et mon répondeur téléphonique était plein d'invitations. J'aurais pu aller jouer sur n'importe quelle scène allemande.

La Schaubühne, antre berlinois de la création contemporaine, est dirigée par le metteur en scène Thomas Ostermeier que Lars Eidinger adule et parvient peu à peu à conquérir par son aura. 

Je pense que c'est dans l'art que j'ai trouvé ma maison.  

Dirigé par Thomas Ostermeier, Lars Eidinger a tour à tour incarné Hamlet dans la pièce éponyme en 2008, Angelo dans Mesure pour Mesure en 2011, mais surtout Richard III en 2015. Eidinger, Ostermeier et Shakespeare réunis forment ensemble un trio royal qui a enflammé le Festival d’Avignon à plusieurs reprises. Le comédien berlinois s’est imposé comme une véritable bête de scène, à la fois mythologique et rock’n’roll, qui méprise le quatrième mur. Il a fait de l’improvisation son maître mot et prend un malin plaisir à déstabiliser voire invectiver son public. 

Quand on fait de l'improvisation, on ne sait pas où on va. Ça peut se terminer en désastre, mais il faut prendre le risque car ça peut devenir extraordinaire.

Le réalisme ne m'intéresse pas du tout. La qualité de l'art c'est justement le fait qu'il ne soit pas obligé de s'orienter et de s'appuyer sur le réalisme. L'art est beaucoup plus libre que cela. J'aime bien être beaucoup plus expressifs sur scène que ce que je ne suis en réalité dans la vie courante.  

On a également pu le découvrir  dans Tartuffe de Molière dans une mise en scène de Michael Thalheimer ou encore dans Je préfère que ce soit Goya qui m'empêche de fermer l'œil plutôt que n'importe quel enfoiré de Rodrigo García. 

Sur toutes les scènes

En parallèle des planches, Lars Eidinger fréquente les plateaux de cinéma et de télévision depuis 2003. Il s’est imposé sur les écrans comme l’acteur de référence de la nouvelle vague berlinoise, un titre qu’il ne dément pas.  Toutefois, il tempère :

Avant, je pensais qu'il fallait s'imposer et être le meilleur. C'est peut être aussi le secret derrière mon succès. Et puis, maintenant, je crois qu'il s'agit de développer la culture de l'échec. Ça manque terriblement dans notre société, on parle toujours de ceux qui gagnent mais on n'a pas le droit d'oublier que ceux qui échouent représentent la majorité. On est tous des perdants, et on ne sait pas comment gérer ça.

Le anti-héros est bien plus important. On attend de nous la force de nous imposer. Mais je crois qu'il s'agit de montrer exactement le contraire et de se montrer faible. 

Côté cinéma allemand, il est plébiscité par de nombreux réalisateurs. Son rôle d’architecte en crise dans Alle Anderen de Maren Ade en 2009, une tragédie amoureuse qui renverse les codes en prenant l’homme comme objet insaisissable du désir féminin, l’a révélé à l’écran. Côté cinéma européen et international, on a pu le voir dans Sils Maria et Personal Shopper d’Olivier Assayas ; mais aussi High Life de Claire Denis avec Juliette Binoche et Proxima d’Alice Winocour aux côtés d’Eva Green. 

Ancien pilier des fêtes iconoclastes de la Baracke, lieu fondé en 1996 par Ostermeier devant le Deutsches Theater, Lars Eidinger se produit aujourd’hui en DJ dans des nuits qu’il appelle Autistic Disco. 

La musique pop a toujours été une référence importante. Je pense que la musique démarre là où la parole va manquer. Elle va au-delà et permet de convoyer les émotions, de les transmettre encore plus directement. Et je m'en sers. 

Son actualité : 

  • Film: Petite Sœur de Stéphanie Chuat & Véronique Reymond, sortie le 6 octobre. Avec Nina Hoss, Thomas Ostermeier, Marthe Keller et Jens Albinus. 

Son diffusé pendant l'émission :

  • “Laughing Potatoes In A Microwave” de Lars Eidinger, sur l'album "I’ll breck ya legg" (2017) / Label : K7!
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