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Laurie Anderson

Laurie Anderson : "La première forme d'art, ce sont les histoires"

40 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la réédition en vinyle de son album Big Science (1982) chez Nonesuch Records, Laurie Anderson revenait en avril 2021, au micro d’Arnaud Laporte, sur sa carrière d’artiste totale et sur les réflexions qui structurent sa production artistique.

Laurie Anderson
Laurie Anderson Crédits : Jim Cass

Laurie Anderson est une artiste performeuse et musicienne américaine. Proche du milieu de l’avant-garde new-yorkaise dans les années 1970, elle se fait connaître du grand public dans les années 1980. 

Des milieux d'avant-garde à une renommée internationale 

Dès son plus jeune âge, Laurie Anderson – qui grandit dans les environs de Chicago – décide de devenir artiste. A 20 ans, elle s’installe donc à New York pour y suivre des études d’histoire de l’art, d’arts plastiques et de sculpture. Au début des années 1970, elle fréquente le milieu de l’avant-garde new-yorkaise. Elle réalise des films expérimentaux et se produit dans le cadre de performances, dans lesquelles la musique tient souvent une place importante. C’est ainsi que son morceau « O Superman » – qui accompagnait à l’origine une de ses performances – devient en 1981 un véritable tube qui lui confère une renommée internationale et la fait connaître au grand public.

A l’époque je ne voulais pas faire un disque. [...] Et puis j’ai fait quelques enregistrements moi-même. On pouvait m’appeler pour me demander un disque, je notais l’adresse et mettais le disque à la poste. […] Et un jour j’ai eu une commande d’un DJ en Angleterre : il m’en a demandé 20 000 pour vendredi et 20 000 pour lundi. […] Ça a commencé comme ça. Je suis très heureuse que ce disque-là revienne en vinyle. Moi j’aime le vinyle : on peut entendre la pièce, le lieu où ça a été enregistré et où les instruments ont joué. 

Une conteuse d'histoires

Depuis les années 1970, Laurie Anderson pratique l’art narratif. L’essence de son activité est en effet de raconter des histoires. Pour cela, elle passe par tous types de formes artistiques : elle a donc composé plusieurs albums, publié des livres, mis au point des instruments de musique et créé des spectacles allant de la performance parlée, à l’opéra multimédia s’appuyant sur des installations complexes et mobilisant créations sonores et visuelles. 

Peut-être que la toute première forme d’art avec laquelle j’ai grandi, c’étaient les histoires. Il fallait parler : "qu’est ce que tu as fait aujourd’hui ? à quoi as-tu pensé aujourd’hui ?" etc. Et si vous n’aviez rien à raconter, il fallait inventer. [...] Les histoires de mon père me faisaient rire : c’était ma participation à ses histoires, mes éclats de rire. Il attirait les gens dans ses histoires, il ne faisait pas simplement le résumé d’une chose ou d’une autre : il vous faisait participer et ça vous restait en mémoire.

Plusieurs éléments structurent toutefois son travail. Le violon, qu’elle transforme et dont elle repousse les limites en tant qu’objet, y tient une place centrale, de même que les nouvelles technologies et la science. La performance scénique et le corps – le sien, conçu comme un terrain d’expérimentation – y jouent également un rôle majeur. Enfin, la réflexion qu’elle mène sur les liens entre les mots et les images, ainsi que sur l’art de la narration traverse l’ensemble de son œuvre.

Oui, pourquoi pas l’appeler "un outil pour comprendre le monde". Mon collaborateur le plus récent est un super calculateur, un ordinateur. Je travaille avec le Machine Learning Institute en Australie du Sud. J’ai été artiste en résidence là-bas. […] Et ce qu’on a enseigné à cet ordinateur, c’est de lire la Bible.

Une artiste totale

Laurie Anderson revendique une position d’artiste permanent. Dans son spectacle United States I-IV (1983) elle associe musique, dessins, photographies, films, dessins animés et textes pour donner vie à une performance de 6 heures centrée sur les Etats-Unis et son rapport à ce pays et ses contradictions ; puis elle en fait un film : Home of the brave (1986). Dans son album The Ugly One with the Jewels and Other Stories (1995), elle déclame au contraire simplement des textes sur fond de chants d’oiseaux et de vibrations. Puis, après avoir été en résidence artistique à la NASA en 2003 et publié plusieurs ouvrages, elle crée pour France Culture en 2006 Rien dans les poches, un journal intime sonore, fait de sons du quotidien, mêlant le beau, le banal, le tragique, le comique. Laurie Anderson est donc à l'origine d'une production artistique nourrie de pacifisme et d'anticapitalisme, qui ne répond à aucune règle et qui ne cesse de se réinventer.

Je ne considère pas cela comme des inventions, mais plutôt comme des interventions. Il y a des tas de raisons pour faire les choses : parfois c’est de la défense, ou de l’ennui, ou de la curiosité, ou parce que j’ai envie de voir quelque chose de beau, des choses qu’on ne comprend pas. Ce n’est pas forcément pour inventer quelque chose. Je n’essaye pas d’être originale. 

Ses collaborations artistiques sont nombreuses : Peter Gabriel, Robert Rauschenberg, Wim Wenders, William S. Burroughs, Brian Eno, Jean-Michel Jarre, Trisha Brown, Philip Glass ou encore bien sûr Lou Reed dont elle a partagé la vie de 1992 jusqu’à sa mort en 2013. En 2007, elle obtient le Prix Dorothy and Lillian Gish pour "sa contribution à la beauté du monde, à la distraction de l’humanité et à la compréhension de la vie".

Son album Big Science (1982) a été réédité en vinyle chez Nonesuch Records, le 9 avril dernier.

Sons diffusés pendant l'émission

  • "O Superman (for Massenet)", Laurie Anderson, Big Science, 1982.
  • Extrait d’un entretien avec William Burroughs de 1970, diffusé sur France Culture dans "Monsieur Seward B" le 21 décembre 1997.
  • "It Tango", Laurie Anderson, Big Science, 1982.
  • "I’ll be your mirror", Velvet Underground, The Velvet Underground and Nico, 1967.
  • Peter Falk et John Cassavetes dans "Etude in black", Columbo, saison 2 épisode 1, 1972.

Rediffusion de l'entretien du 19 avril 2021

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