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Macha Makeïeff

Macha Makeïeff : "Le théâtre n'est pas qu'à l'intérieur des mots"

56 min
À retrouver dans l'émission

Au micro de Maylis Besserie, Macha Makeïeff revient sur les étapes qui ont jalonné son parcours et qui l’ont conduit à devenir l'artiste multi-discipline et la directrice de théâtre qu'elle est aujourd'hui.

Macha Makeïeff
Macha Makeïeff Crédits : Gérard Julien - AFP

L'artiste haute en couleur Macha Makeïeff signe les costumes du spectacle de Jean Bellorini Le Jeu des Ombres présenté dans le cadre d' "Une Semaine d'art en Avignon" du 23 au 30 octobre. Ce spectacle marque sa troisième collaboration avec le metteur en scène. En effet, elle avait déjà réalisé les costumes pour l’Opéra Rodelinda en 2018 à l’Opéra de Lille et l’Opéra Erismena mise en scène en 2017 au Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence, les deux mis en scène par Bellorini. 

La part plastique du théâtre, c'est là la grande partie de l'expression du théâtre. Ce qui m'a d'abord intéressé au théâtre, c'était comment les choses s'expriment en dehors des mots ou entre les mots. Même aujourd'hui, mettre en scène, ce n'est pas prendre le premier mot et aller jusqu'au dernier. C'est une partition mais le théâtre n'est pas qu'à l'intérieur des mots. Bien sûr, il y a une force poétique, mais la part plastique et le théâtre, pour moi, c'est une seule et même chose. Quand je commence une mise en scène, je commence toujours par ramasser des choses, des couleurs, des bouts et des accessoires. 

J'ai commencé à ramasser des choses enfant. Au fond, j'ai eu le grand privilège de continuer à remplir des sacs et à les transporter pour fabriquer des images. 

Sur tous les champs

Metteuse en scène, dramaturge, essayiste, plasticienne, scénographe d’exposition, décoratrice, costumière, et directrice de La Criée, Théâtre national de Marseille depuis 2011… La liste de ses titres est longue tant Macha Makeïeff est une artiste caméléon à l’œuvre protéiforme.  Après être passée par le Conservatoire d’Art Dramatique, elle part étudier la littérature à Paris. Là-bas, elle rencontre Antoine Vitez qui lui confie sa première mise en scène. Elle rencontre également Jérôme Deschamps avec lequel elle co-dirige depuis 1978  la compagnie « Deschamps & Makeïeff ». Ensemble, ils ont produit plus d’une vingtaine de spectacles dont Les Blouses (1982), C’est Dimanche (1986), Lapin-Chasseur (1989) ou encore Les Pensionnaires (1999). Toujours avec Jérôme Deschamps, elle créé plus tard les "Deschiens", entourés de François Morel, Yolande Moreau et Olivier Saladin, puis co-fonde avec lui et Sophie Tatischeff « Les Films de mon Oncle » voué à la restauration et la diffusion des films de Tati.  A propos de Tati et de son étonnement devant le monde : 

La grande leçon de ces cinéastes-là, comme les Keaton et Tati, c'est qu'ils ont commencé au Music-Hall donc ils savaient tout. Tati connaissait tout de notre petit trafic sur la scène, de la hauteur d'une chaise, du bruit d'un objet, de la façon d'entrer et de regarder le public... Il savait tout ce qui ce qui se passait dans le corps et dans cet espace incroyable qui est le plateau. Et puis après, il a transmuté ça au cinéma. Cette double expérience donne un cinéma irrésistible d'intelligence. 

A propos de la place des femmes dans l'art, elle raconte : 

Bien sûr que les femmes artistes ont toujours existé, mais elles risquaient tout le temps. On a risqué l'effacement psychique, des impasses comme ça. J'aime beaucoup l'entêtement à raconter comme le font les enfants, même si vous les écoutez plus, ils continuent à raconter. Cet entêtement est l'absolue vérité. Même si vous avez le sentiment qu'on ne vous entend pas, il faut continuer à raconter. 

Une oeuvre généreuse 

En 2010, Macha Makeïeff fonde sa propre compagnie de théâtre "Mademoiselle". Elle a mis en scène beaucoup d’opéras comme L’enlèvement au sérail de Mozart, ou La Calisto, de Cavalli. Depuis 2011, elle est à la tête de La Criée, où elle y crée notamment Les Apaches en 2012, Les Ames offensées en 2014 et 2017, et Fuite ! en 2017. En plus de son exposition Trouble-Fête à la Maison Jean Vilar en 2019, Macha Makeïeff présente la pièce Lewis versus Carroll au Festival d’Avignon où elle avait fait ses premiers pas en 1973 au côté de Daniel Mesguich pour la mise en scène. Dans cette pièce, adaptée de l’œuvre de Lewis Carroll, elle interroge le rêve et sa représentation théâtrale. Au service de tous les arts, Macha Makeïeff explore également la littérature. Après L’Amour des choses et Poétique du Désastre, elle continue d’évoquer la genèse de son inspiration et de sa réflexion sur le théâtre avec Zone Céleste publié l’année dernière chez Actes Sud. Elle nous en dis plus sur sa conception du théâtre : 

Le théâtre, c'est quelque chose d'une énergie, c'est la puissance d'un rituel. Et en même temps, c'est accueillir dans l'imaginaire quelqu'un que vous ne connaissez pas, que vous ne connaîtrez pas, qui est là dans la pénombre et vous l'avez déjà accueilli. Il est là, elle est là, et on va se consumer ensemble et on va avancer ensemble grâce à un poète, grâce à des lumières, grâce à des sons. 

J'aime bien le point de contact de deux imaginaires : celui du spectateur, la spectatrice, et la nôtre.

Le théâtre, vous l'attrapez par les mains.

Son actualité : Spectacle : Le Jeu des Ombres, mis en scène par Jean Bellorini, costume de Macha Makeïeff, texte de Valère Novarina, présenté dans le cadre d' "Une Semaine d'art en Avignon" du 23 au 30 octobre

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  • Auteure, metteure en scène, plasticienne, à la direction du théâtre national de Marseille la Criée
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