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Mathieu Boogaerts

Mathieu Boogaerts : "Je me sens beaucoup plus à l'aise dans le rôle de l'anti héros que du héros"

55 min
À retrouver dans l'émission

Engagé dans une quête d’épure et de dépaysement, Mathieu Boogaerts est un auteur-compositeur-interprète qui a fait de la liberté et de l’indépendance les conditions de son inventivité. Au micro de Lucile Commeaux le temps d’un entretien au long cours, il nous embarque dans ses univers...

Mathieu Boogaerts
Mathieu Boogaerts Crédits : Noémie Reijnen

Mathieu Boogaerts nous a habitué, d’albums en albums, à ses itinérances musicales. Avec En anglais, son dernier opus à retrouver sur le label Tôt ou Tard, ce n’est pas le lieu de création qui change sinon la langue avec laquelle le globe-trotter fait chalouper sa voix. Installé depuis quelques années à Londres, le musicien ose pour la première fois s’approprier la langue locale pour formuler l’intime. L’occasion de revenir, au micro de Lucile Commeaux, sur son parcours, ses méthodes de travail et ses imaginaires.

L'artiste nous en dit plus sur son dernier album, En anglais ...

Chanter avec une langue étrangère, en l'occurrence l'anglais, c'est forcément une maladresse, un truc pas naturel. C'est pour ça que je me suis refusé de prendre un accent anglais. Prendre un accent c'est par définition mentir, ça veut dire accentuer quelque chose. 

Le postulat initial d'une chanson, c'est de formuler mes sentiments. C'est quelque chose d'intime donc il faut que ça sorte naturellement, sans accent, sans masque, sans lunettes. Du coup, faire sonner ces mots anglais et leur trouver un charme, une couleur, ça réduit fortement le champ lexical. 

Bal(l)ades

Musicien autodidacte qui se forme à de nombreux instruments dans la cave de ses parents, en duo avec Matthieu Chedid à l’âge de seulement 16 ans, Mathieu Boogaerts n’a comme qui dirait pas chômé. En 1995, le musicien part au Kenya et en revient avec quelques morceaux. Ce sera Super, un premier album sur lequel figure son tube Ondulé. Les dés sont jetés et voyage et musique en sont les deux faces essentielles. Boogaerts déploie depuis un répertoire aux sensibilités tous azimuts, coloré de reggae, de bossa ou de funk. 

Il y a une chanson clé dans ma vie qui s'appelle Super. Je l'ai écrite à 20 ans. Je me souviens très bien du moment où je me suis dit "Ah, ça y est j'y crois, il faut que cette chanson soit diffusée. J'ai des choses à dire et d'une certaine manière ça a une pertinence dans le paysage". Et depuis ce jour-là, je me suis dit que j'allais être aussi populaire que Jean-Jacques Goldman, par exemple. Je dis ça sans aucune prétention, c'est juste que j'avais le sentiment que mes chansons formulent des sentiments universels de manière concise, originale. 

Je fais la chanson pour qu'elle me plaise à moi, mais je me sens toujours potentiellement populaire. 

Au fil de ses voyages, le musicien accumule des bribes de phrases et de sons. Ainsi a-t-il fini son deuxième album _J_’en ai marre d’être deux aux Comores, composé _2000au Ghana, écrit I Love Youentre New York et les Seychelles, composé Promeneur_ en Ouzbékistan, au Kirghizistan, au Mazakhstan, au Maroc et en République Dominicaine… A chaque album sa géographie.

Je ne sais pas écrire la musique. Le dictaphone fait partie de mon nécessaire de chansonnier. C'est à dire que j'ai une guitare, un stylo, un papier et de quoi enregistrer. 

Quand je joue de la guitare, j'improvise donc je gratouille. Je pèse mon mot, c'est pour faire écho à gribouille, quand sans s'en apercevoir on dessine sur une feuille de papier comme ça, mais sans but. Et en gratouillant, parfois, une fois sur dix, il se passe un truc que je n'ai pas cherché.

Une musique au présent

Au fur et à mesure de ses albums et de ses prestations, l’artiste est parvenu à se débarrasser de l’image de bricolo naïf et lunaire dont on l’avait affublé. Engagé dans une quête simplicité, Mathieu Boogaerts tend vers une forme d’épure. Eliminer, élaguer, supprimer, dépouiller, semblent être ses maîtres mots. Une économie de moyens qui met en avant sa voix chaloupée et permet à sa musique de traverser les décennies et leurs modes sans prendre une ride.  

J'adore le silence. C'est quelque chose de très important dans ma vie et dans ma musique aussi de faire varier silences, bruits, silences, pulsions, silences. 

Je tends vers la concision. J'ai envie que chaque mot soit pesé et vibre avec le suivant, avec le précédent. La chanson doit avoir sa cohérence, sa structure. 

Mathieu Boogaerts est également très présent sur scène, son terrain de jeu privilégié. Après des tournées aux quatre coins du globe, notamment au Japon, il s’implante entre 2009 et 2011 à la Java, une petite salle dans l’Est parisien où il livre tous les mercredis soir des concerts accompagné de son bassiste Zaf Zapha. On a également pu (re)découvrir son répertoire en 2016 lors d’un concert en grande pompe à la Philharmonie de Paris pour célébrer ses vingt ans de carrière. 

Je ne peux assumer de chanter une chanson en face d'une audience, quelle qu'elle soit, que si elle fait profondément écho à des sensations. Je ne vais pas écrire une chanson "J'aime bien les frites avec du ketchup", même si j'aime bien les frites avec du ketchup. Je ne peux pas faire une chanson là-dessus parce que ce n'est pas important pour moi. Chaque chanson est motivée par quelque chose de vraiment profond, pas forcément triste, mais quelque chose de fort. 

Son actualité : Son nouvel album En anglais sort le 26 février sur le label Tôt ou Tard.

Pour découvrir le site de l'artiste cliquez ici

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