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Maud Geffray

Maud Geffray : "Je démarre toujours par une ligne mélodique"

55 min
À retrouver dans l'émission

La compositrice, DJ et musicienne Maud Geffray, célèbre pour sa voix onirique et son énergie brutale, signe un nouvel EP intitulé "Free Fall". Influences, processus de création et imaginaires : elle nous emmène dans les coulisses de sa création au micro d’Arnaud Laporte.

Maud Geffray
Maud Geffray Crédits : Mounir Taïeb

Reine de la pop électronique, moitié de Scratch Massive, Maud Geffray se partage entre performances techno, disques oniriques et musiques de films. Elle poursuit sa démonstration en solo avec Free Fall, un nouvel EP qui a paru sur le label Warriorecords. Au micro d’Arnaud Laporte le temps d’un entretien au long cours, retour sur le parcours et le processus créatif d’une musicienne, compositrice et DJ exigeante.

Maud Geffray nous raconte son processus créatif et ses ambitions pour ce nouvel EP ...

Je suis partie d'un travail que j'avais fait pour la musique du spectacle de Xavier Veilhan l'année dernière. Et puis, on a toujours des rushs, des choses qui nous restent. Le premier morceau, je me suis dit "Je pars de ça, je vais prendre un bout de cette musique de spectacle que j'avais fait". Tout s'est déroulé ensuite sur ces trois titres.  

J'aime bien les scénarios. Alors là, ce sont trois titres avec une ouverture un peu brutale, mais en même temps qui devient très romantique au milieu du morceau, de façon assez surprenante. Un deuxième morceau un peu plus dark, mais quand même une sorte de transe. Et puis, à la fin, une ouverture qui est plus plaisante. 

Un oiseau de nuit

Adolescente à Saint-Nazaire, Maud Geffray s'initie aux raves-parties et avec elles à la musique électro. Davantage que la découverte d’une musique, c’est pour elle la découverte d’un monde …

Ce n’est même pas un monde, c'est le monde. C'est à dire que Saint-Nazaire est une petite ville portuaire, j'étais encore au lycée et puis, d'un coup, je me retrouve projetée avec des gens qui sont de tous les horizons. Ça brasse énormément de gens et donc il y a un intérêt commun pour cette musique et pour l'esprit que ça va drainer. J'ai eu l'impression que ça m'ouvrait complètement à d'autres territoires. 

C’est au cours d'une rave qu’elle rencontre également Sébastien Chenut, son duo de Scratch Massive avec lequel elle se produit depuis 1999. L’histoire débute par une paire de maxis sortie sur le petit label Euterpe, puis se poursuit encore aujourd’hui avec plusieurs albums studios. Ensemble, les deux acolytes enflamment les clubs par leur techno mélodieuse qui flirt avec la pop, à la fois mélancolique et rageuse. 

Le travail, je l'ai commencé avec Sébastien qui maîtrisait la technique. Quand on fait de la musique électronique, il y a quand même beaucoup d'histoires de technique entre les instruments et l'ordinateur. Il faut quand même gérer un peu tout ça. Et je pense que ce qui le rassurait, lui, c'était justement que j'avais des connaissances musicales et qu'à nous deux, on échangeait là-dessus. C'était nourrissant et pour l'un et pour l'autre. Et puis, en même temps, ça donne un socle.

Quand Sébastien est parti vivre à Los Angeles, je me suis retrouvée un peu seule aux commandes d'un bateau que je trouvais difficile à gouverner. Je me disais qu'il allait falloir apprendre des choses que j'avais peut-être laissé un peu de côté parce qu'il les gérait. Donc seule, c'est un peu se jeter dans le vide parce qu’on n’a personne à côté pour nous dire c'est bien ou ce n’est pas bien.  

Depuis 2015, la reine de la synthwave trace ainsi sa route en solo. On lui doit notamment un premier EP solo baptisé 1994, sorte de bande originale d’un court-métrage de neuf minutes composé d'images d'une rave en bord de plage entre Quiberon et Carnac tournées en 1994, mais aussi Polaar en 2017, un album à la fois nerveux et organique sur lequel elle pose sa voix évanescente. Sur scène, on la retrouve ponctuellement en tant que DJ des soirées Wet for me, organisées par le collectif féministe et lesbien Barbi(e)turix7.

Je démarre toujours par une ligne mélodique. Et j'aime bien les structures, mine de rien un couplet refrain. Souvent, j'ai quand même cette petite envie toujours un peu pop au fond de mes morceaux. 

Une artiste éclectique 

Philip Glass tient une place prépondérante dans l’éveil musical mais aussi les dernières œuvres de Maud Geffray. Avec la harpiste néerlandaise Lavinia Meijer, elle a notamment proposé une réinterprétation libre de l’opéra Einstein on the Beach de Glass et de sa pièce de théâtre The Photographer d’abord sous forme de show itinérant, puis sous forme de pièce musicale intitulée Still Life composée pour synthétiseurs et harpe. De quoi poser un regard neuf sur l’œuvre d’un compositeur qui a tant apporté au monde de l’électro.  Maud Geffray nous raconte la genèse de ces projets autour de Philip Glass : 

Ce qui m'est venu en tête tout de suite, c'était « The Photographers » qui était pour moi son tube. Je pensais que c'était le plus beau et puis je me suis rendue compte que plein de gens ne connaissaient pas alors que c'est vraiment un de ceux que je trouve les plus évidents. Et puis, j'avais envie de m'attaquer aussi à « Einstein Beach », qui a au contraire un format extrêmement long d'opéra qui doit durer cinq heures et avec des voix en plus. J'aime bien travailler les voix, donc je trouvais ça bien qu'il y en ait. Par chance, les harmonies se mêlaient plutôt pas mal entre les deux. J'ai essayé, puis j'ai trouvé que ça collait bien et qu'il y avait moyen de faire des passerelles. Et puis voilà, je me suis lancée. 

Le visuel joue également un grand rôle dans le travail de Maud Geffray. Formée à la musique de films durant ses études de cinéma, elle a signé avec Scratch Massive trois bandes originales pour Zoé Cassavetes (Broken English en 2007, Day out of Days en 2016 et Junior en 2017), qui a à son tour réalisé les images de certains de leurs clips, notamment Like You Said et Paris. En solo, Maud Geffray poursuit ce dialogue entre les disciplines. En témoignent la bande originale qu’elle signe pour le film-documentaire Southern Belle de Nicolas Peduzzi ou encore son documentaire musical « Kaamos » né d’une excursion avec le cinéaste Jamie Harley au nord de la Finlande.

J'aime un peu toutes les formes de cinéma, le cinéma de la Nouvelle Vague, le cinéma américain, le cinéma français... Je mange beaucoup de films et je m'en approche aussi dans le travail. J'aime bien bosser avec des gens qui font de l'image, du cinéma ou parfois même sur des clips, des échanges, des mélanges qui sont moins nets que cinéma et musique de film. 

Son actualité : Son nouvel EP Free Fall a paru sur le label Warriorecords

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