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Miguel Bonnefoy

Miguel Bonnefoy : "Le livre n'est jamais fini"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de son dernier roman "Héritage", immersion dans la fabrique artistique de l’écrivain Miguel Bonnefoy au micro d'Arnaud Laporte.

Miguel Bonnefoy
Miguel Bonnefoy Crédits : Patrice Normand Leextra

Héritage est le dernier roman de Miguel Bonnefoy, nominé au prix Goncourt et publié aux éditions Rivages. Un titre bien choisi car c’est de son père, descendant d’une vieille famille jurassienne ayant émigré au XXème siècle au Chili, qu’il tient le sujet de ce dernier roman autant que le goût de l’écriture. Après avoir exploré le Venezuela dans sa littérature, c’est au Chili que Miguel Bonnefoy porte par un souffle romanesque l'histoire de la dynastie des Lonsonier au XXe siècle, de ses drames à ses rêveries. Une épopée où le réalisme magique est empreint d’une grande humanité. 

Pour pouvoir comprendre les situations politiques d'aujourd'hui, il faut comprendre que c'est la longue et lente maturation des choses d'hier. A un niveau généalogique, pour pouvoir savoir soi-même où l’on va, il faut savoir d'où l'on vient. On revient à un système presque rhizomique ou botanique. Pour pouvoir comprendre la couleur du pétale, il faut tout simplement comprendre la terre dans laquelle la tige a poussé. […] L'histoire n'est qu'une longue conséquence.

J'ai encore beaucoup à apprendre et j'ai encore d'autres livres dans mon ventre que j'ai envie de sortir. Ce n'est pas un livre de plus que je publie, c'est souvent un livre de livres de moins dans un grand chemin, jusqu'à arriver peut-être à un livre qui me satisfera entièrement. Mais peut être que ce livre n'arrivera pas parce que j'aurai l'élégance de mourir avant. 

Un artisan du réel

Ecrivant en français sur le Venezuela dont est originaire sa mère, Miguel Bonnefoy est profondément enrichi de sa double culture. Le motif de la tresse est un leitmotiv de son œuvre, tant pour qualifier l’intrication de ses deux cultures entre lesquelles il cherche le parfait dosage, que pour reconnaître les sources culturelles de l’identité vénézuélienne, ou que pour parler de la façon dont ses romans mêlent dans une même source, personnages fictionnels, personnages de l’histoire personnelle ou familiale et figures historiques. 

Il m'a semblé absolument nécessaire que la littérature ou l'écriture soit un peu au service de ce qui était en train de se passer de l'autre côté de l'océan et de parler justement de mon pays, de mes traditions, de mes mœurs, du Venezuela. Et de voir si, avec la langue française pour cheval de Troie, je pouvais attirer l'attention de ceux qui dominent le monde vers ceux qui le subissent. 

Ses premiers écrits sont remarqués dans le cadre de concours d’écriture, sa nouvelle La Maison et le Voleur reçoit le Grand Prix de la Nouvelle de la Sorbonne en 2009.  C’est la même année qu’un éditeur italien, pensant à tort qu’il est un descendant d'Yves Bonnefoy, lui propose de faire traduire son texte inédit Quand on enferma la labyrinthe dans le Minotaure, et de l’éditer. Par la suite, sa nouvelle Icare remporte le Prix du Jeune Ecrivain 2013 et est publiée. A la question de sa croyance en l'idée de vocation, il répond : 

J'y crois parce que même étymologiquement, vocation vient de vocare qui a donné voix et qui vient de l'appel. Donc, la vocation est tout simplement cet appel qu'on peut avoir d'une sorte d'algèbre un peu secrète, d'une géométrie mystérieuse. On ne sait pas vraiment pourquoi et on est happé vers ça, comme le papillon vers la lumière. Et c'est véritablement comme ça que j'ai ressenti l'écriture 

Des mots pour exprimer le monde 

Le premier roman de Miguel Bonnefoy, intitulé Le Voyage d’Octavio, figure parmi les finalistes du Prix Goncourt du Premier roman et est orné de nombreux prix. Il y dresse un fable picaresque d’un paysan vénézuélien analphabète qui tente de s’approprier son histoire et celle de son pays en même temps qu’il tombe amoureux d’une femme nommée Venezuela. Jungle, sorti en 2016, est quant à lui un récit de son ascension de l’Auyan Tepuy (« La Montagne du Diable ») et la descente en rappel de la plus haute cascade du monde, Kerepakupai Vená. L'exploration du passé est un leitmotiv de sa littérature, il nous en dis plus à ce sujet : 

J'essaye tout simplement d'aller en arrière pour savoir quelle est la racine des choses, quelle était la graine et essayer de l'exprimer comme je peux. C'est la raison pour laquelle j'aime tant aller fouiller dans la langue pour trouver des mots qui sont tombés dans les poubelles de l'histoire, qui sont tombés en désuétude, à l'abandon, un peu poussiéreux. Et voir si on peut les rescaper et les lancer à la lumière violente de la modernité. 

En 2018, sort Sucre noir, un roman multiprimé frôlant le conte philosophique où l’on suit l’ambitieux Severeno Bracamonte, parti à la recherche du trésor du pirate Henry Morgan, qui rencontre Serena Otero, héritière d’une prolifique plantation de cannes à sucre, produisant le meilleur rhum de la région, qui rêve d’ailleurs. Si le Venezuela est le décors de ses fictions, il est aussi celui de ses autres activités. Miguel Bonnefoy est en effet professeur de français à l’Alliance française de Caracas et s’occupe de la production d’événements culturels pour la mairie de la capitale vénézuélienne ou des forums cinématographiques de la Foire internationale du livre du Venezuela. 

Son actualité : Roman: Héritage, aux éditions Rivages.

Présentation :
"La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu." Rivages.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • "Tu falta de querer", de la chanteuse Mon Laferte.
  • "Azucar negra", de la chanteuse Celia Cruz.
  • Gilles Lapouge avec Armando Uribe, émission "Agora" du 25 janvier 1979.
  • "Volver", du chanteur Carlos Gardel. 
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