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Mohamed BOUROUISSA

Mohamed Bourouissa : "Il y avait un vrai désir de laisser une trace de ma génération"

55 min
À retrouver dans l'émission

Photographe de la réalité sociale qui ne cesse de faire émerger de nouveaux récits, Mohamed Bourouissa expose Brutal Family Roots à la Galerie Kamel Mennour du 3 septembre au 3 octobre. Au micro d’Arnaud Laporte, c’est sur son récit à lui que nous plaçons à présent la focale.

Mohamed BOUROUISSA
Mohamed BOUROUISSA Crédits : ADAGP Mohamed Bourouissa / Courtesy the artist and kamel mennour Paris/London

Enfant, il voulait être peintre et recopiait ses dessins animés préférés. C’est pourtant de la photographie qu’il fit plus tard son bastion. Né en 1978 à Blida en Algérie, Mohamed Bourouissa a grandi à Courbevoie dans les Hauts-de-Seine et vit aujourd’hui à Paris. 

Disons que quand j'ai commencé à dessiner, c'était une manière aussi de pouvoir échanger, de pouvoir avoir une reconnaissance de l'autre au travers de l'autre. Je pense avoir très vite compris que l'école et le parcours, j'allais dire classique, m'intéressaient peu et que je me retrouvais pour le moment jusqu'à l'âge de 15-16 ans dans le dessin. C'était dément.

Aujourd'hui armé de son pentax, il observe les « marges » de la société et les pratiques collectives auxquelles il donne corps.  Les émeutes dans les banlieues françaises en 2005 deviennent le lieu de Périphérique (2005-2008, sa première série très remarquée). Contre l’instant décisif, il favorise au contraire la mise en scène et n’hésite pas à hybrider les codes de la peinture d’Histoire avec un ton plus documentaire qu’il hérite de Jamel Shabazz. Photographe de la réalité sociale, il est aujourd’hui visible au sein de nombreuses expositions personnelles et collectives en France comme à l'étranger.  A propos de sa première rencontre avec la photographie, il raconte ... 

C'est vrai que dans la photographie, je trouvais qu'il y avait une forme d'immédiateté qui m'a tout de suite plu. On avait tout de suite le rapport à l'image, un impact direct avec l'image en faisant tirer cette photographie. Je crois que c'est plutôt la question de laisser une trace photographique et aussi une manière de laisser une trace. Je pense qu’aujourd'hui, c'est vachement dématérialisé. Mais on avait tous ces bacs de photos à la maison de famille où tout le monde avait imprimé avec des négatifs. Et j'ai passé beaucoup de temps quand j'étais petit à regarder ces bacs, à regarder toutes les images.

Eclectique, Bourouissa explore également le dessin, mais aussi la sculpture,  la vidéo et le film. Dans la vidéo Temps mort en 2009, on découvre le résultat d’années d’échanges par téléphones portables avec deux détenus au sein d’un établissement pénitentiaire. Un an plus tard, c’est sur l’activité des vendeurs de cigarettes de contrebande que porte la vidéo Légende (2010) grâce à des caméra cachées qu’il leur a installées. Ses modèles ou interlocuteurs, qu’il met un point d’honneur à impliquer, sont au cœur de son processus créatif. En 2018, il est nommé pour le Prix Marcel Duchamp. Une première exposition institutionnelle lui est consacrée au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, intitulée Urban Riders. Elle s’articule autour du film Horse Day réalisé à Philadelphie où il détourne les codes du western autour de la figure du cow-boy noir.  

J’essaie de tisser des réseaux, des connections, des possibilités. Je cherche à poser des questions, j'essaie de construire des idées, des systèmes de pensées organiques.

Colonisation, libéralisme, mass-médias, banlieues et précarité sont diverses problématiques qu’il met à l’épreuve de ses œuvres. Entre culture urbaine et théories post-coloniales, entre les portraits sociologiques d’Auguste Sander qu’il réactualise et le clip de Booba qu’il réalise, on découvre en creux un portrait saisissant de notre monde contemporain. 

A l’été 2019, c’est au Monoprix d’Arles qu’il décide d’installer sa rétrospective « Libre-Echange », douze ans après sa première reconnaissance en tant que photographe dans le cadre de Voies Off de Arles. Plus que des images, ses photographies sont de véritables situations qui nous révèlent les tensions invisibles au cœur de nos quotidiens. 

L’art politique je ne sais pas ce que c’est ni ce que ça veut dire. Je ne pourrais pas définir ça. Je fais de l’art en tout cas avec les outils et la matière que j’ai. La matière effectivement elle est politique, mais c’est de la matière et on en fait un objet d’art. 

De  quoi est fait l’imaginaire de l’artiste, d’où vient sa vocation, qu’elles sont ses inspirations et ses méthodes de travail, tentative d'approche du processus de création de Mohamed Bourouissa ...

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