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Monique Frydman

Monique Frydman : "La peinture est un langage qui s'origine à Lascaux"

55 min
À retrouver dans l'émission

Entre figuration et abstraction, la peinture de Monique Frydman fait la part belle à la couleur qu’elle met en vibration avec la ligne. Au micro d’Arnaud Laporte le temps d’un entretien au long cours, elle nous entraîne dans le laboratoire de son œuvre.

Monique Frydman
Monique Frydman Crédits : Catherine Panchout - Corbis - Getty

Chez Monique Frydman, la peinture n’est jamais dépassée, mais au contraire sans cesse renouvelée. A la lisière entre abstraction et figuration, ses œuvres expérimentent la souplesse, la vibration, la transparence, et réinventent le dialogue entre la ligne et la couleur. On peut aujourd’hui redécouvrir les œuvres fondatrices du début de sa carrière dans son exposition My perfect body à la Galerie Dutko à Paris du 22 septembre au 30 Octobre 2021, ainsi que dans l’exposition Collective “BAZAINE, BALTHUS, ROTHKO…Les Enfants de Bonnard” qui ouvrira le 30 octobre au Musée Bonnard - Le Cannet. Son travail est également à retrouver dans son livre "Chronique des jours fêlés - 12 avril/31 mai 2020" qui paraît aux Edition du Regard. 

Au cours de l'entretien, Monique Frydman explique la genèse de son exposition My perfect body à la Galerie Dutko à Paris :

Ce sont quand même des dessins qui sont restés dans des cartons pendant très longtemps puisqu'ils ont été faits en 1976-1977. Pendant le confinement, avec mon assistante qui est une jeune femme, nous avons décidé de les ranger. Et c'est elle qui a absolument insisté pour que ses œuvres soient montrées. L'impact intergénérationnel m'a beaucoup bouleversée. Je ne m'y attendais pas du tout. 

Le regard peut se poser beaucoup plus librement sur des corps de femmes peints par une femme.

Vue de l'exposition "My perfect body" de Monique Frydman à la Galerie Dutko à Paris.
Vue de l'exposition "My perfect body" de Monique Frydman à la Galerie Dutko à Paris. Crédits : Jérémie Beylard

La peinture chevillée au corps

Formée à l’École supérieure des beaux-arts de Toulouse puis a l’atelier de peinture de l’ENSBA à Paris, Monique Frydman s’est depuis imposée comme une figure majeure de la peinture. Un choix de médium pas si évident au début de son parcours dans les années 1960, à une période marquée par le refoulement de la peinture par BMTP (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) et Supports/Surfaces, mais aussi le besoin de justifier le sens de la peinture à l’heure de la contestation politique de Mai 68. 

La question était comment peut-on servir le peuple à travers l'art? Et je pense qu'il est arrivé à un moment où cette question m'a complètement censurée. Il y avait quand même un climat très ouvert de discussion et de partage mais en même temps des ayatollahs du conceptuel. Je n'avais pas forcément conscience à ce moment-là qu'ils avaient rejeté la question de la peinture comme jouissance. Je n'avais pas ce sentiment que la peinture pouvait toucher autre chose que l'idéologie. Mais ce que moi j'ai vécu, c'est que j'allais à l'atelier et il ne se passait plus rien. 

Après une interruption de dix ans consacrée au militantisme et à l’enseignement du dessin, Monique Frydman reprend finalement le chemin de l’atelier avec un mantra : repartir de soi. Pour exister en tant que femme-peintre dans un paysage artistique majoritairement masculin, elle fait d’abord le choix d’une plongée dans l’intime du corps. 

Il fallait qu'il y ait une reconquête de moi-même. Ça passait par une grande forme de liberté en ce qui concernait la représentation de la sexualité féminine, du sexe et des corps démembrés. Ils avaient une grande puissance mais n'étaient pas conformes à l'esthétique du féminin. Il fallait renverser la table. 

Plus jamais l'idéologie ne prendra le pas sur moi.

De ses corps et torses dessinés compulsivement durant cette première période à ses séries abstraites de couleurs et ses travaux avec la tarlatane, l’artiste n’a de cesse de faire de la peinture une langue vivante, curieuse et poétique à la fois. Elle est pour elle un chemin de connaissance du réel et de son identité de peintre. 

Une réinvention permanente 

Le travail de Monique Frydman ne se structure pas selon une évolution linéaire, mais plutôt en boucles de séries qui dialoguent entre elles, se complètent, se répondent, voire se contredisent. Tour à tour, l’artiste introduit du papier de soie, se confronte aux grands formats sur toile de lin, travaille la vibration de la ligne et de la couleur dans de grandes séries abstraites, procède par frottage, ou encore intègre de la dentelle dans ses compositions. 

Quand je travaille la couleur, en même temps, je travaille le trait. 

Je travaille depuis un certain nombre d'années avec des blocs de pastels qui sont comme des pierres de couleurs, et je travaille sur une toile légèrement humide avec une colle qui fait que le frottement de cette craie s'imprègne dans la toile tout en conservant la fraîcheur de la poudre de pastel. C'est extrêmement sensuel comme rapport à la couleur.

A la peinture, au pigment volatile ou au crayon pastel, la peintre conjugue souvent des matériaux qui révèlent à la fois le geste et l’empreinte, comme la corde ou la ficelle. Sa méthode de travail se diversifie en permanence et laisse une grande place à l’improvisation. 

Monique Frydman nourrit ses peintures de ses multiples voyages, tantôt en Inde, tantôt en Australie, tantôt au Japon, mais aussi à Lascaux. Elle témoigne de sa fascination lors de sa visite de la Grotte de Lascaux :

Il y a une espèce de compréhension et d'empathie, peut être imaginaires et peut être complètement fantasmées, pour celui ou celle (parce qu'on n'en sait rien) qui a tracé ces lignes de charbon de bois sur les aspérités de la grotte et qui a rendu l'âme de l'animal complètement vibrante et présente à travers ces millénaires. C'est absolument bouleversant. On ressent la main de l'individu, femme ou homme, qui a fait ce dessin. 

L’attention qu’elle porte aux enseignements de ces pairs, notamment Cézanne, Rothko, Pollock, de Kooning, Matisse, mais aussi Sassetta et Le Greco, impulse également de nouvelles dynamiques dans son travail. 

Ses actualités : 

  • Exposition My perfect body, du 22 septembre au 30 Octobre 2021 à la Galerie Dutko à Paris. 
  • Exposition collective “BAZAINE, BALTHUS, ROTHKO…Les Enfants de Bonnard” du 30 octobre 2021 au 30 janvier 2022 - Musée Bonnard - Le Cannet.  
  • Sortie du livre "Chronique des jours fêlés - 12 avril/31 mai 2020" - Editions du Regard

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Extrait de la conférence de Jacques Lacan à l’Université de Louvain, en 1972.
  • « Monk's Dream » de Thelonious Monk, sur l’album « Monk's Dream » en 1962 @Columbia
  • Interview de Matisse par Georges Charbonnier pour l'émission Couleurs de ce temps, RDF, le 12/01/1951. 
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