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Nathalie Quintane

Nathalie Quintane : "On peut travailler avec les enfants, avec les adolescents et avec les adultes sans évaluer"

39 min
À retrouver dans l'émission

En janvier 2021, l'auteure Nathalie Quintane se racontait au micro d’Arnaud Laporte à l'occasion de la parution de son récit Un Hamster à l'Ecole, toujours disponible aux éditions La Fabrique.

Nathalie Quintane
Nathalie Quintane Crédits : Hélène Bamberger

Beaucoup la connaissent comme auteure. Certains diraient poète, mais se reconnaît-elle dans ce terme ? Quoiqu’il en soit, Nathalie Quintane est aussi enseignante. Dans son livre Un Hamster à l’école aux éditions La Fabrique, elle retrace à sa manière, c’est-à-dire aux frontières du récit, de l’essai, de la poésie et de l’exercice autobiographique, un parcours dans l’Éducation nationale : de la maternelle à aujourd’hui, Quintane "y a passé" environ cinquante ans.  Au micro d'Arnaud Laporte, elle nous en dit plus sur cet ouvrage : 

Il y a un côté très dialogué et tout ce qui venait à propos de l'école est arrivé dans ce livre-là, c'est à dire mes propres notations sensibles, mais aussi celles des autres. Comme je suis enseignante, les gens viennent me parler de leur passé scolaire, des choses qu'ils ne comprennent pas pour leurs propres enfants, ce qui est de plus en plus fréquent. C'est un livre très instable comme ça, au niveau de l'énonciation, fragile peut-être, et en même temps attaquant, critique. Mais je crois que ce que j'ai essayé de faire, c'est de ne pas faire un pamphlet surtout, donc de faire attention en priorité aux événements sensibles, sans chercher à dégommer quoi que ce soit ni qui que ce soit vraiment.  

Ce n'est pas un livre polyphonique, c'est un livre qui est hanté. Le narrateur/narratrice n'est pas vraiment genré.e Dans ce que je fais. Il.elle est complètement possédé.e au fur et à mesure par d'autres voix que la sienne ou que les miennes. Puisque, en réalité, ce n'est pas seulement la voix de l'enseignante ou de l'adulte mature que je suis aujourd'hui, c'est aussi la voix de l'adolescent que j'ai été, la voix de la jeune enseignante. Toutes ces voix-là s'ajoutent les unes aux autres et quelquefois se juxtaposent.  

Depuis, l'autrice a co-dirigé avec Jean-Pierre Cometti l’ouvrage collectif L’art et l’Argent (éditions Amsterdam). Son nouveau livre, La Cavalière, paraîtra en octobre chez POL

Le fond et la forme

"Je ne suis pas nombreuse mais je suis décidée." Les fans de Nathalie Quintane connaissent les mots par lesquels elle se présente sur le site de l’éditeur de la plupart de ses livres (P.O.L.). Une phrase qui dit beaucoup à propos de cette auteure qui traduit sa révolte dans un travail exigeant, inventif et souvent drôle sur le langage.  

C'est en partant de l'expérience sensible, d'objets, parfois de regards, de gestes, que démarre l'anecdote très souvent. Et des anecdotes que j'ai souvent racontées en fait avant, sans penser à les écrire. 

Je pense sincèrement que la plupart des poètes qui sont publiés aujourd'hui, dont Manuel Joseph ou d'autres qui sont publiés en particulier chez P.O.L ou Al Dante, pourraient être lus à l’école. Je ne vois pas pourquoi on pourrait lire Baudelaire ou Mallarmé sans trop de problèmes et pas ceux-là.  

Dans le fond comme dans la forme, Quintane bouscule les codes, interroge et fait de la politique. L’auteure semble indiquer que nos manières de vivre et de penser, donc de faire des phrases, se ressemblent.  Son travail mêle réflexions personnelles, jeux avec la langue et observations sociologiques. Ses œuvres sont bâties sur des digressions, de récits dans le récit, d’annotations… À l’écriture, elle marie parfois des créations de sons ou de vidéos. 

Quintane, sur plusieurs fronts 

Ses livres sont aussi là pour décortiquer et détricoter. Ce qu’elle refuse : écrire « des textes à effet social nul ». Ce qui explique aussi, sans doute, les sujets dont elle s’empare, ou plutôt les moments auxquels elle répond : Tomates a été écrit à l’aune de "l’affaire Tarnac", Un œil en moins est né après l’observation du mouvement Nuit Debout, Les Enfants vont bien à l’aune des violences faites aux réfugiés en France. 

Comment rendre compte formellement de la violence qui est faite à ces réfugiés ? C'est très compliqué et j'essaye. P.O.L, la maison d’édition dans laquelle je publie, me permet d'essayer de rendre compte de cette violence et je me suis dit que le cut a tous les sens du terme pouvait rendre compte de ça.

L'écriture et l'enseignement sont deux terrains de jeux que Nathalie Quintane n'hésite pas à faire dialoguer. Engagée dans son métier d'enseignante, elle nous donne sa vision de "son" école idéale: 

Je sais très bien qu'on peut travailler avec les enfants, avec les adolescents et avec les adultes sans évaluer. C'est simplement une certaine culture, mais la culture et les habitudes ne demandent qu'à changer. Simplement, on est très loin de cette éventualité. Elle avait été certainement discutée par des pédagogues ouverts, tolérants, émancipés, critiques, etc. mais c'est une vieille histoire dont on n'a retenu que des fragments et que des bouts, sans la cohérence globale des projets pédagogiques qu'ils avaient. Et pour qu'il y ait justement le passage à autre chose et un projet beaucoup plus cohérent, beaucoup plus global en réalité, l'Education nationale ou l'enseignement seul ne peut pas changer. Il faudrait que la Société générale commence à changer, commence à bouger. 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Un extrait de l'album de Stéphane Bérard et Vanessa Morisset, “Titouan aura l'covid”, disponible sur bandcamp
  • Morceau “Pétain, Darlan c'était le bon temps” des Olivensteins.
  • Extrait du témoignage de Mélanie Ngoye-Gaham dans le film de David Dufresne Un pays qui se tient sage.

Rediffusion de l'entretien du 14 janvier 2021

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