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Patrick Tourneboeuf

Patrick Tourneboeuf : "C'est une expérience grisante que de se sentir libre de déclencher au moment où on le souhaite"

55 min
À retrouver dans l'émission

Le photographe Patrick Tourneboeuf signe Azimut et Villes du Monde, deux ouvrages réalisés avec le collectif Tendance Floue dont il est le co-fondateur. Retour, au micro d’Arnaud Laporte, sur le parcours d’un passeur d’images à l’œuvre singulière.

Patrick Tourneboeuf
Patrick Tourneboeuf Crédits : Anna Verstraete

Du super-lynx de son grand-père qu’il utilisait enfant au collectif Tendance Floue dont il est le cofondateur en 1991, en passant par de nombreuses séries menées en solo sur les traces humaines dans l’espace et le patrimoine, le photographe Patrick Tourneboeuf a parcouru un long chemin parsemé d’images et de rencontres.

Il poursuit aujourd’hui ses pérégrinations en compagnie des autres membres de Tendance Floue et signe avec eux Azimut, un ouvrage et une exposition issus tous deux d’une marche photographique de huit mois initiée en mars 2017. Le principe est simple : trente-et-un photographes ont arpenté le territoire français en relais, libres de leur itinéraire, avec pour seule contrainte d’être à l‘heure du rendez-vous fixé à celui ou celle qui lui succède. Un vertige de liberté et une expérience du monde singulière que l’on retrouve également cet automne dans Villes du Monde, un projet éditorial ambitieux proposé aux membres du collectif Tendance Floue pour les campagnes photographiques du City Guide Louis Vuitton de 2013 à 2019. Cette fois, les photographes-marcheurs ont silloné trente métropoles au gré de cinquante-cinq voyages réunissant près de quatre mille images. A travers ces différentes œuvres, Tendance Floue érige la performance photographique en marque de fabrique, toujours au service d’un art en mouvement, voire à contre-courant.

Tendance floue 

C'est en 1991 que Patrick Tourneboeuf co-fonde le collectif Tendance Floue avec quatre autres photographes, rejoints bien vite par six autres en 1996, pour finalement compter seize membres au total aujourd'hui: Pascal Aimar, Thierry Ardouin, Denis Bourges, Gilles Coulon, Olivier Culmann, Ljubiša Danilović, Grégoire Eloy, Mat Jacob, Caty Jan, Yohanne Lamoulère, Philippe Lopparelli, Bertrand Meunier, Meyer, Flore-Aël Surun, Patrick Tourneboeuf et Alain Willaume. Cette structure mutuelle a été créée avec pour projet d’associer le projet collectif avec la problématique de l’affirmation de l’auteur. Elle réunie non seulement les photographes sous une forme coopérative, mais les fédère aussi autour de travaux en commun dans une ambiance ludique et festive. Ils publient ainsi leur premier ouvrage collectif en 1999, intitulé Nous traversons la violence du monde, au sein duquel les photographes affirment leur approche poétique de leur art, dans un ressentit profond à l’égard du monde. Ils sont aujourd'hui primés internationalement pour leurs réalisations à la croisée du social,  du culturel, du documentaire et de l’artistique. 

On va fêter nos 30 ans. C'est une longue aventure commune qui ne dépend que de nous-mêmes, puisqu'en fait, c'est un collectif qui a été créé en 1991. On a quelque chose de très fort, une solidarité, une amitié, un amour. On est tous presque sœurs et frères. On est capitaine, même par vent et tempête. On essaye de tenir la barre, on écope et des fois, il y a des rayons de soleil et on s'arrête sur une plage. Je crois qu'on adore la vie.  

Ce qui est intéressant dans la photographie, comme tous les arts, c'est le travail en deux temps. Il y a celui de réaliser la photo, l'œuvre et celui de la transmettre. La transmission c'est un autre pan qui est très compliqué, dans lequel on est très solidaires au sein de Tendance Floue puisqu'on s'aide énormément de regards, de critique, de partage. 

Tendance Floue s‘affirme également dans le champ de la photographie contemporaine par la singularité de ses signatures qui mènent tous et toutes, à travers des projets très différents, une réflexion sur les pratiques de l’image et ses supports. 

Portrait du Collectif Tendance Floue
Portrait du Collectif Tendance Floue Crédits : Flore-Aël Surun -Tendance Floue

Les lieux communs de l’espace urbain 

En parallèle du collectif Tendance Floue, Patrick Tourneboeuf développe une pratique personnelle de la photographie. Au milieu des années 1990, l’artiste se penche sur les lieux de communs de l’espace urbain pour rendre visible ce que l’on ne voit plus, ce qui nous échappe dans le flux du quotidien.  Périphérique est une de ses premières séries emblématiques de cette approche et donne lieu à un ouvrage paru en 2003 aux éditions Atlantica. On y découvre des photographies du boulevard parisien, espace invisible à force d’être arpenté, qu’il a capturé à l’aide d’une chambre 6x9 posée sur un trépied.

Je disparais du paysage tellement je reste immobile.  

On en dit peut-être des fois plus avec une image fixe qu'avec beaucoup d'images en mouvement.

Patrick Tourneboeuf poursuit sa recherche sur l’urbanisation et sur les traces de la présence humaine dans sa série Nulle Part pour laquelle il est grandement remarqué.  Un travail photographique sur les stations balnéaires des côtes européennes vidées de leurs occupants l’hiver venu qui dessine en creux un discours critique sur la société de loisirs et les défigurations qu’elle occasionne sur le paysage. La prédilection accordée par le photographe à ces espaces aux bords du monde se vérifie ensuite tout au long de sa carrière.  A travers ces différents travaux, Patrick Tourneboeuf conjugue rigueur plastique et propos politico-social au sein d’une photographie en filiation directe avec celles de la FSA et du couple Becher. 

Il y a une double lecture. On voit une belle image et si on commence à gratter, on rentre dans une problématique liée à un regard critique sur la société, sur la manière dont on consomme le bord de mer, sur la manière dont on ne regarde plus ne serait-ce que les monuments aux morts. On va au-delà de la représentation. On s'inscrit effectivement avec cette distance qui nous permet d'être photographe et de laisser à autrui l'envie d’accaparer le contenu en ayant une terminologie différente. Et effectivement, des fois, c'est un acte politique car c’est une manière de dénoncer mais aussi une manière de témoigner. 

Traquer les stigmates de l’Histoire 

A partir de 2003, Patrick Tourneboeuf met son exploration des lieux au service d’une enquête sur les stigmates de l’Histoire qu’il fixe sur la pellicule. Après avoir effectué déjà deux voyages à Berlin, l’un pour arpenter le mur, l’autre après sa disparition, l’artiste revient sur ses pas en 2003-2004 et réalise une série intitulée La Cicatrice sur les traces du mur de Berlin. 

Il poursuit ensuite son entreprise avec la série Stèles consacrée aux monuments aux morts qui ponctuent chaque village français, La mémoire du jour J sur les plages du débarquement de Normandie ou encore Monolith sur les blockhaus du littoral. Le photographe fait ainsi œuvre de la conception du paysage mémoire, une notion clé du dialogue entre la photographie et le paysage dans les années 1990.  La mer et les océans occupent une grande place dans ses différentes séries, il nous en dis-plus à ce sujet :

La mer est difficile à photographier puisqu'il s'agit d'un horizon. Mais c'est ça aussi qui est fascinant. On peut la photographier de plusieurs manières : en étant dans la mer comme la photographie sous-marine, ce qui n'est pas mon cas, mais on peut aussi la photographie en étant à ras de la mer ou en tout cas au niveau de l'eau. [...] Pour ma part, je m'intéresse, d'ailleurs comme le reste de mon travail, à la bordure, en référence à Olivier Rolin ou surtout Paul Virilio. Ce qui est intéressant, c'est de voir de la terre à l'horizon, la perspective de l'océan, de l'Atlantique, la Méditerranée ou je ne sais trop quelle mer. Et moi, je suis plus axé sur ce côté terrestre vers l'au-delà.  

Les commandes d’institutions publiques

Intéressé depuis ses débuts par le patrimoine et ses métamorphoses, Patrick Tourneboeuf a photographié beaucoup d’institutions patrimoniales dans le cadre de commandes ou de missions. Ainsi, Patrick Tourneboeuf a pu poser sa chambre photographique aux Bouffes du Nord, à la Manufacture de Sèvres, dans les Gares SCNF, au Théâtre de l’Odéon, au Château de Voltaire, à l’Opéra de Paris, au Musée du Quai Branly, au Grand Palais, au Château de Versailles et dans bien d’autres institutions. 

Le cadre amène énormément de choses. Il permet de définir à la fois le lieu, l'histoire peut être par quelques détails dans le cadre, comme un tableau ou quelque chose qui fait que tout d'un coup, la composition est une forme d'attirance. Tout ça fait partie de notre quotidien. Tous les photographes au sein de Tendance Floue, ou d'ailleurs, ont ça en tête. Une photographie ne se réfléchit pas sans composition ou en tout cas sans essayer de happer soit une lumière soit évidemment l'action. Elle s'accompagne d'un espace qui l'entoure.  

Il adjoint également à ces commandes des projets personnels comme celui sur les Archives Nationales qui donne lieu à une exposition et la parution de Le Temps Suspendu en 2006. En 2010, Patrick Tourneboeuf signe Monumental, un livre de ses photographies sur les lieux de mémoire qu’il rassemble en une narration qui questionne les ambigüités de la représentation du réel. Il poursuit toujours ce projet et participe en parallèle à de nombreuses missions. 

Ses actualités

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Le chant des mouettes,Charon Bernard - Ambiances Radio France / Bahamas.
  • Générique du début de “Les vacances de Monsieur Hulot” de Alain Romans.
  • Paul Virilio qui répond à Francis Rambert en 2011 pour un Colloque organisé par la Cité de l’architecture & du patrimoine. 
  • Miles Davis, "Ascenseur pour l'échafaud", le générique du film de Louis Malle. 
  • Renée Gailhoustet au micro d'Emmanuel Laurentin en 2011 pour l'émission La Fabrique de l'Histoire, titrée "Histoire des Intérieurs : entretien avec Renée Gailhoustet".
  • Franck Royon Le Mée, "N°2. Marmelade d'Oranges" - Barry Shrader
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