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Philippe Parreno et Daniel Buren

Philippe Parreno : « le film sur Zizou, il est important pour moi, il rejoint la question plastique du portrait »

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Philippe Parreno, plasticien phare de la scène internationale de l’art contemporain, ne cesse de questionner le réel et l’expérience que nous en faisons. Retour, en sa présence et au micro d’Arnaud Laporte, sur son parcours et sur son processus créatif.

Philippe Parreno et Daniel Buren
Philippe Parreno et Daniel Buren Crédits : Archives Kamel Mennour

A l’instar de ses amis et collaborateurs Dominique Gonzales-Foerster, Tino Seghal, Rirkrit Tiravanija, Pierre Huyghe,  Pierre Joseph ou encore Liam Gillick, le célèbre plasticien Philippe Parreno participe d’une pensée dynamique de l’art contemporain. L’artiste nous a habitué par le biais d’une variété de supports à faire de l’art un véritable système d’interactions. Il poursuit aujourd’hui cette entreprise avec son installation inédite en dialogue avec Daniel Buren qui plonge le nouvel espace de la Galerie Kamel Mennour à Paris dans des jeux de couleurs et de lumières. L’occasion de revenir, au micro d’Arnaud Laporte, sur le parcours et l’imaginaire foisonnant de Philippe Parreno en sa présence. 

Vue de l'exposition "DANIEL BUREN PHILIPPE PARRENO Simultanément travaux in situ et en mouvement"
Vue de l'exposition "DANIEL BUREN PHILIPPE PARRENO Simultanément travaux in situ et en mouvement" Crédits : Archives Kamel Mennour

L'art du/en dialogue

Chez Philippe Parreno, l’art est souvent le fruit d’une intelligence collective. C’est sur les bancs de l’école des Beaux-Arts de Grenoble que se forme ce qu’on appelle encore aujourd’hui la « bande de Grenoble ». La ville est alors en pleine effervescence culturelle, notamment avec l’ouverture du Magasin (le centre national d’art contemporain de Grenoble) qui fait office d’accélérateur de particules pour Philippe Parreno mais aussi Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Pierre Joseph et bien d’autres. Après avoir muri son projet, Parreno prend ses quartiers à la capitale et fréquente pendant un an l’Institut des hautes études en arts plastiques porté, entre autres, par Daniel Buren

De ce contexte d’émulation propice aux expérimentations, Philippe Parreno conserve un intérêt pour l’art comme lien social plutôt que comme objet. Une tendance caractéristique de sa génération qui fut bien identifiée par le critique et historien de l’art Nicolas Bourriaud dans son ouvrage L’Esthétique relationnelle en 1998.  

Ça a commencé aux cours de dessins du lycée Emmanuel Mounier. Il y avait un super enseignant. C'est là que j’ai rencontré Pierre Joseph. Ensuite, toute une bande se forme aux Beaux-Arts à l’époque où Jacques Guillot ouvrait Le Magasin à Grenoble. Alors là, j’ai rencontré de nouveau beaucoup de monde, Edouard et Florence Merino, Esther Schipper, avec qui je travaille toujours… Les gens se croisaient là… J’ai aussi rencontré Daniel Buren là. 

J’ai passé beaucoup de temps au Magasin, à installer les expositions et les désinstaller, faire ce qu’on appelle l’accrochage. Peindre les murs, installer les œuvres, les repeindre après… Dans cet espace post-industriel, Jacques Guillot a beaucoup fait pour ma génération et qui nous a fait rencontrer route la chaîne de production de l’art contemporain. 

L’artiste pratique notamment l’art en copyleft, c’est-à-dire qu’il laisse à d’autres le droit de réinventer ses œuvres. Avec Pierre Huyghe, Parreno lance en 1999 son projet Ann Lee, No Ghost Just a Shell qui consiste à racheter les droits d'un personnage de manga pour l’offrir, telle une coquille vide, à d’autres artistes libres de l’activer dans leurs travaux respectifs. Parreno n’a depuis cessé de mêler sa signature à celles des autres, comme en témoigne son opéra Il Tempo del Postino, conçu avec le curateur Hans Ulrich Obrist, et pour lequel une quinzaine d’artistes internationaux, parmi lesquels Matthew Barney et Bjork, furent invités à composer des moments scéniques.

Une exposition influente

Je me souviens « Les Immatériaux » (Pompidou, 1985), une exposition qui a beaucoup marqué les jeune gens que nous étions. Elle était fantastique, pour tout un tas de raisons. Ne serait-ce que son catalogue, qui conviait tous les protagonistes à écrire un texte commun. Pour ça Lyotard (philosophe, commissaire de l’exposition) avait crée un intranet. C’était avant Internet. C’était une exposition qui visait à désorienter, perturber. Elle était non-linéaire, elle n’avait pas de début ni de fin. On y rentrait un peu comme une vache dans un pré. 

Pour beaucoup de raisons, cette exposition a eu beaucoup d’influence pour nous. Et depuis, je me suis toujours dis que ce serait intéressant de donner une suite à cette exposition. Qu’est-ce qu’on pourrait faire aujourd’hui qui si situerait dans la lignée ? Travailler avec un autre philosophe, c’est une hypothèse. On y réfléchit. C’est dire à quel point cette exposition m’a influencé : je suis toujours dedans. 

Le réel en question 

Dès les années 1990, Philippe Parreno est un artiste hybride qui met les formes et les images en mouvements. Il investit la technologie, les nouveaux médias, mais aussi les dispositifs cinématographiques pour questionner les ambigüités et la pluralité du « réel ». Plus qu’une étape de monstration et de valorisation des œuvres, ses expositions jouent parfois le rôle d’œuvre ou de mode d’expression à part entière. Elles permettent à l’artiste de projeter l’art contemporain dans une nouvelle dimension et de questionner notre expérience de l’espace et du temps. 

Matthew Barney, on est de la même génération, disait une chose très belle : « On prend de la vidéo pour mesurer un objet dans le temps ». Et c’est assez juste je trouve cette manière de voir les choses. On n'était pas encore en train de faire du cinéma. Le film était un outil pour percevoir quelque chose de l’ordre du processus temporel d’apparition et de disparition. 

De la même manière qu’il brouille les frontières entre spectacle et exposition, Parreno joue aussi du trouble entre la fiction et le documentaire notamment dans Marilyn, un film énigmatique dans lequel un logiciel se fait le faussaire de la voix de Marilyn Monroe, mais aussi Zidane, un portrait du XXIème siècle qu’il réalise avec Douglas Gordon. 17 caméras ont suivi plein cadre Zidane pendant 90 minutes, le temps d’un match sous les couleurs du Real Madrid. L’artiste s’affranchit du récit factuel du match télévisé pour nous immerger dans la subjectivité d’un protagoniste de l’événement. 

Son actualité : Exposition : DANIEL BUREN PHILIPPE PARRENO Simultanément travaux in situ et en mouvement // du 5 décembre au 27 février Galerie Kamel Mennour.

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