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Né en 1964 en Tunisie, Pierre Salvadori signe ses comédies d'une grande finesse littéraire, et d'un goût revendiqué de liberté.

Pierre Salvadori : "Je cherche toujours à inventer un langage propre à chaque film"

39 min
À retrouver dans l'émission

En janvier 2021, le scénariste et réalisateur Pierre Salvadori, auteur de comédies au langage érudit et à la grande liberté narrative, revient au micro d'Arnaud Laporte sur son parcours personnel et son processus créatif.

Né en 1964 en Tunisie, Pierre Salvadori signe ses comédies d'une grande finesse littéraire, et d'un goût revendiqué de liberté.
Né en 1964 en Tunisie, Pierre Salvadori signe ses comédies d'une grande finesse littéraire, et d'un goût revendiqué de liberté. Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

D'abord acteur après avoir été fasciné par Al Pacino dans L'Epouvantail de Jerry Schatzberg, Pierre Salvadori a réalisé neuf films en 25 ans, dont chacun contient autant de son expérience personnelle de la difficile quête du bonheur, que d'une maîtrise du genre de la comédie concentrée autour du langage et de la mystification. C'est sur son procédé d'écriture et de réalisation, ainsi que sur les étapes marquantes de son parcours d'artiste, qu'il revenait en janvier 2021 dans un entretien au long cours au micro d'Arnaud Laporte.

Art de la langue, art du mensonge, art de la comédie

Après avoir suivi des cours de cinéma et littérature à Censier ainsi qu'une formation de théâtre chez Jacqueline Chabrier, Pierre Salvadori débute au café-théâtre comme comédien et écrit pour la télévision. En 1989, il se lance dans le grand bain du cinéma et rédige son premier scénario de film, qui deviendra quatre ans plus plus tard "Cible émouvante". Il collabore depuis avec Philippe Martin (Les films Pelléas) qui a produit nombre tous ses films. Les films qui ont suivi, Pierre Salvadori les a toujours co-écrits avec un autre scénariste.

J'ai écrit Cible émouvante seul parce qu'à l'époque j'étais tout seul, mais j'aurais adoré être aidé. Dans tous les cas, la lecture de Comment écrire un scénario ? de Michel Chion a été un déclic, une révélation. Par exemple, comment transmettre une information importante avec toujours de l'ironie, un peu de décalage et de poésie.         

L'accompagnement dans l'écriture, c'est vital. Avoir quelqu'un avec qui réfléchir au film, échanger des idées... Quand j'écris avec Benoît Graffin, par exemple, il m'arrive de ne pas encore avoir de sujet ! Chercher et réfléchir ensemble est un plaisir merveilleux. Autrement, c'est très solitaire, ça peut être éprouvant, glaçant. Et puis, quand vous écrivez avec quelqu'un, c'est presque comme faire une enquête sur cette personne, de se connaître de mieux en mieux et de s'apprécier de plus en plus. C'est une aventure artistique, mais aussi une aventure humaine. 

Les mots ont une place prépondérante dans les films de Salvadori qui parvient à manier un langage recherché tout en le faisant sonner juste dans la bouche de ses acteurs. Le réalisateur revendique un cinéma qui fait de la vérité sa pierre angulaire. Les mots prennent aussi leur place dans le déploiement du mensonge, un ressort narratif qui lui est cher pour faire de ses films des comédies car il permet d’entrer en complicité avec le narrateur et de tirer de ce partage de secret une ironie dramatique. Hors de prix ne tient ainsi qu’à la supercherie et aux apparences, De vrais mensonges amène le thème dès le titre…

La comédie dans la peau

Pierre Salvadori est réputé pour sa grande maîtrise de la comédie. Son efficacité comique ne se refuse rien, même des défis d’inversion des habitudes comme mettre Adèle Haenel dans des situations burlesques, et avoir une Audrey Tautou grave et mélancolique dans le même film. Ayant été acteur, Pierre Salvadori interprète tous les rôles devant ses comédiens, montre tous les déplacements, fait des propositions précises. S’il laisse ses acteurs se les réapproprier, reste néanmoins un certain encadrement, car sa comédie faite de malentendus implique un dispositif millimétré.

L'écriture est une étape décisive pour Pierre Salvadori, notamment car le réalisateur met un point d'honneur a réaliser des films tout public. Ainsi, dans En liberté !, même si les scènes violentes participent à la noirceur du film, il n’hésite pas à les couper pour que le film soit diffusé dans des pays où il a été demandé de les supprimer.

L'écriture, j'en ai besoin. Je suis un cinéaste assez formaliste : inventer une langue propre à un film m'intéresse énormément. Une langue, c'est la mise en scène, et c'est aussi le langage. Je pense le récit en images, mais à partir du moment où il faut dialoguer, j'essaye de le faire avec le plus de raffinement possible.            

Quand j'écrivais En liberté !, je m'étais dit : "Si je pouvais l'écrire en vers, je le ferais". Ce film était une telle affirmation de ma croyance et de mon amour de la fiction que j'aurais pu pousser ma peur du vérisme et du naturalisme jusqu'à écrire de façon encore plus sophistiquée. L'écriture n'empêche pas une certaine forme de réalisme. J'adore me risquer à être littéraire sans que cela se voit trop.            

Rediffusion de l'entretien du 22 janvier 2021

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