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Reda Kateb

Reda Kateb : "Je vis mon métier de comédien comme un rite de possession"

55 min
À retrouver dans l'émission

L’acteur Reda Kateb, à l’affiche de la série "Possessions", est au micro de Lucile Commeaux pour un entretien au long court autour de son processus de création et de ses imaginaires.

Reda Kateb
Reda Kateb Crédits : Vered Adir - Haut et Court TV / Quiddity / Canal+

L’acteur Reda Kateb est à l’affiche de la série Possessions créée par Sharaf Magen, filmée en Israël, et réalisée par Thomas Vincent. Nous sommes à Tel-Aviv, Nathalie se marie en grande cérémonie avec Eran, son amoureux. La famille israélienne est là, la famille française aussi. Mais au moment de couper le gâteau, une panne d’électricité survient. La lumière se rallume et Eran gît dans son sang, Nathalie tient toujours le couteau. L’enquête commence alors, menée par Karim, un diplomate français incarné par un Reda Kateb tout en retenu. Une série étonnante, mais surtout envoûtante.

Quand je joue, il y a des moments où je me laisse posséder dans un certain contrôle, puisque je construis en même temps, je suis avec les partenaires. On est dans des rythmes, dans une musique de jeu commune, donc je ne suis pas tout seul à monter sur la table. Si une chose nous a possédé sur cette série, je pense que ce sont vraiment les lieux. En l'occurrence ces décors au bord de la mer Morte, Israël, Ramallah en Palestine. Notre jeu à tous a été beaucoup malaxé, façonné par les lieux dans lesquels on se trouvait. Ce sont des lieux très forts, à la fois avec une grande brutalité et une grande beauté, avec une culture immense qu'on connaît tous, mais beaucoup de frictions, quelque chose de très tendu. 

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Vers les projecteurs

Une histoire familiale lie Reda Kateb aux mots et à la scène. Le désir d’être comédien lui vient tôt, il fait ses premiers pas sur la scène en jouant un petit rôle dans Moha le fou, Moha le sage, un texte de Tahar Ben Jelloun mit en scène par son père lui-même comédien qui lui transmet sa passion. 

J'aimais aller sur le terrain de mon père, avec quelqu'un qui ouvrait le rideau et qui me faisait passer de l'autre côté, du côté de l'imaginaire. J'aimais la lumière basse, le projecteur, l'odeur du théâtre. Je fais de temps en temps des lectures et dernièrement, je suis revenu dans un théâtre. Cette odeur m'a vraiment saisi. Il y a quelque chose de très fort, difficile à décrire, mais un mélange d'eau, de bois, de poussière, quelque chose de très chaud. Ça a commencé par des sensations.

Si l’acteur se forme quelque peu en autodidacte, il doit néanmoins son goût des mots à son grand-oncle, le poète et fondateur de la littérature algérienne moderne Yacine Kateb, qui lui forge une idée de l’artiste qu’il aimerait être. Lors d’une résidence à Roubaix en 2001, Reda Kateb monte Mohamed, prends ta valise, une pièce de Kateb Yacine, avec le fils de ce dernier, Amazigh Kateb du groupe Gnawa Diffusion, puis met en scène Le cadavre encerclé de Yacine Kateb en 2003.  Entre temps, Reda Kateb enchaîne les petits boulots, de projectionniste à clown dans des campings. De ces expérience il tire son court-métrage Pitchoune en 2015, sorte de flash-back tragi-comique montré à Cannes en 2014, mais aussi une capacité à se fondre dans différents rôles en prise avec le réel. 

J'étais un clown de pacotille, un clown qui faisait les anniversaires de temps en temps pour les enfants pour récupérer quelques billets au noir. C'était plus un petit plan d'appoint, mais en même temps j’étais jeté dans l'arène de ces enfants qui souvent étaient un peu délaissés par leurs parents, avec beaucoup de moyens, mais pas beaucoup d'affection autour d'eux. J'ai quand même appris dans cette arène-là.  

En parallèle de ces activités alimentaires, Reda Kateb participe à des courts-métrages et poursuit le théâtre dans la rue, au festival d’Aurillac notamment, mais aussi dans des lycées, des hôpitaux, des maisons d’arrêt et des théâtres. C’est en 2008 que le vent tourne : on aperçoit Reda Kateb en caïd des cités dans la deuxième saison d’Engrenages. Jacques Audiard le remarque et lui offre alors son premier vrai rôle dans Un prophète qui est vu dans le monde entier et attise la curiosité d’Hollywood. Ce rôle est fondateur pour l'artiste, il nous explique ce qu'il a tiré comme enseignements et comme exigences de cette expérience avec Jacques Audiard : 

Ne pas chercher la prise parfaite, de renouveler à chaque fois l'instant présent et de chercher à être au plus juste de ce qu'on a à jouer, de la scène qui est écrite, mais aussi à la titiller un peu, à la trahir, à la chatouiller un peu, à sortir des clous, à ne surtout pas arriver sur un plateau après avoir préparé son texte et son rôle avec un coach, en se disant qu'on est prêt et qu'on sait ce qu'on va faire. De garder finalement à chaque journée de tournage un peu ce moment de vertige où on se demande si les choses vont arriver. Et puis on essaye qu'elles arrivent. 

En prise avec le réel

Quelque peu emprisonné dans des personnages stéréotypés dues à ses origines, l’acteur parvient néanmoins à s’extirper de cette étiquette avec son rôle d’étudiant en sociologie dans Gare du Nord de Claire Simon (2013), puis de Karim dans Les Garçons et Guillaume, à table ! (2013), mais surtout de l’interne Abdel dans Hippocrate (2014). 

Des malfrats délavés, des petites frappes mal écrites, etc... Je me suis offert le luxe d’en refuser beaucoup. Aujourd'hui, je serais prêt à refaire un malfrat s'il est bien écrit. Mais c'est vrai qu'il y avait un moment où il fallait éviter cette étiquette parce que si vous en faites trois, quatre et surtout des mauvais, il y a des chances pour que la porte se referme très vite.  

Avec Hippocrate, qui lui vaut le César du meilleur second rôle, Reda Kateb explore les conséquences de la colonisation française, un motif qui revient également dans Loin des hommes de David Oelhoffen où il se confronte à Viggo Mortensen, mais aussi dans Qui vive de Marianne Tardieu. Depuis, Reda Kateb a incarné successivement un tireur d'élite dans La Résistance de l'air, un chauffeur de taxi malmené dans Lost River, un voyou attentionné dans L'Astragale, un faux coupable dans Arrêtez-moi là, ou encore un vieux routard de l'humanitaire pris de doute dans Les Chevaliers blancs. La consécration intervient véritablement en 2017 avec son interprétation de Django Reinhardt dans le biopic éponyme d’Etienne Comar, pour lequel il a appris la guitare pendant une année. Récemment, il fut notamment salué pour son rôle dans Hors normes d'Olivier Nakache et Éric Toledano en 2019. 

En tant qu'interprète, j'aime participer à un regard juste sur des gens qu'on n'a pas l'habitude de voir. 

Reda Kateb nous raconte sa préparation pour son rôle du guitariste manouche Django Reinhardt :

J'ai senti une vraie responsabilité, le projet m'a beaucoup impressionné. C'est un rôle que j'ai préparé pendant une année. Il y a eu la guitare, mais il y a eu aussi les rencontres avec des gens de la communauté manouche dans l'est de la France, des liens qui se sont tissés. Ces questions que je pouvais me poser d'ordre éthique, ils les ont balayées par leur confiance en m'appelant Django au bout d'une heure qu'on passait ensemble. Pour eux, c'était clair, ils m'ont donné leur idole. Les tziganes n'ont pas de rapports de propriété avec les choses, mais apparemment pas avec leur héros non plus. J'adore la préparation, le temps de ne pas être dans la performance, mais de pouvoir être dans le projet, dans la rêverie, de se laisser aller à rêver à un projet activement. Ensuite, pour le tournage, il n'était plus temps de se poser des questions. Il fallait jouer les scènes et y croire et faire confiance à ce travail de préparation qui avait été fait. 

Fasciné par la musique Gnawa qu’il a découvert par son cousin Amazigh Kateb, le fils de Kateb Yacine, qui a un groupe qui s'appelle Gnawa Diffusion, il raconte sa rencontre avec cette musique :  

Je suis allé au Maroc, j'ai rencontré des musiciens et je me suis aperçu que derrière cette musique, il y avait des rites de possession, il y avait une musique thérapeutique, il y avait des soirées qui duraient toute la nuit dans lesquelles il y a des successions de transes et de différentes possessions dans lesquelles j'ai pu être invité. Ça m'a totalement fasciné. La musique elle-même m'a appelé vraiment de manière physique. Je la relis beaucoup à mon métier de comédien. Je vis mon métier de comédien comme un rite de possession. 

Son actualité : Acteur dans la série Possessions, diffusion en exclusivité sur Canal à partir du 2 novembre (les lundis à 21 heure, deux épisodes par soirée), disponible en intégralité dès le premier jour sur myCANAL / Canal à la demande. 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Bande annonce de la série Possessions.
  • Extrait du film Un prophète de Jacques Audiard, 2009.
  • Extrait de Jean Gabin dans Le jour se lève de Marcel Carné, 1939.
  • Songe d'automne de Django Reinhardt, sur l’album “Electrified Django" en 1947. 
  • Sadya Sadi de Hamid el Kasri, extrait du disque “Soirées gnawa” , 2010, Neurasys remaster. 
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